9782070355532

Souvenez-vous, je vous parlais ici de ma redécouverte de ce roman, grâce au blogoclub. La première partie, magnifique, fut un choc pour moi, tristement abonnée aux déceptions littéraires depuis un certain temps... 

Et la suite, bien que différente, fut du même tonneau. Un grand souffle historique balaie les chapitres suivants et j'ai été embarquée. Comme dit Fransoaz, que je me permets de citer, "l'évidence émotionnelle" est telle, que le livre est tout simplement impossible à lâcher, jusqu'à la fin, complètement inattendue (en tout cas pour moi !), intelligente, subtile, tout quoi. J'adore. ça fait longtemps qu'un livre n'avait pas suscité autant d'enthousiasme chez moi, et bou diou, ça fait du bien. Mais revenons à nos moutons, c'est à dire Robbie et Cécilia.  

Robbie est victime d'une terrible injustice. Tandis que la police l'embarque, Cécilia lui jure son amour et sa confiance, et la première partie, bouleversante, s'achève ainsi. 

On retrouve Robbie, cinq ans plus tard sur le front, à Dunkerque, après de longues années de prison. Le mensonge, la guerre, ont séparé physiquement les amoureux mais tous deux n'ont pas cessé de s'aimer, comme en témoignent les lettres qu'ils échangent. Dans l'une d'elle, Cécilia évoque la possibilité pour Robbie d'être réhabilité, si Briony revenait sur ses fausses déclarations. L'espoir renaît, mais sans possibilité de pardon. La faute de Briony est bien trop grave...

Celle-ci est devenue infirmière-stagiaire, et tente d'expier son criminel mensonge en soulageant les souffrances des blessés et des mourants tombés au front. Ces deux parties sont riches en descriptions saisissantes, en scènes mémorables : Robbie tentant de sauver une mère et son enfant d'une attaque de bombes, ou Briony au chevet d'un jeune mourant, dont l'esprit est déjà parti... Et puis il y a les émotions et les sentiments des personnages, si finement retranscrits et l'intrigue relancée par des éléments nouveaux auxquels on ne s'attend pas. Enfin, là encore, il s'agit de moi : j'ai été bluffée et plus encore par la pirouette de la conclusion, bien des années plus tard... Chapeau. C'est jubilatoire d'être baladé ainsi... 

Expiation est un grand roman et Ian McEwan un grand écrivain. 

Comment un écrivain peut-il se racheter, alors que doué du pouvoir absolu de décider de la fin, il est également Dieu? Il n'a personne, ni entité ni forme supérieure à qui en appeler, avec qui se réconcilier ou qui puisse lui pardonner. il n'existe rien en dehors de lui. En imagination, il a fixé les limites et les termes. Pas d'expiation pour Dieu ni pour les écrivains, même s'ils sont athées. Cela a toujours été une tâche impossible, et là résidait justement l'intérêt. L'entreprendre, voilà l'enjeu."

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