9782070355532

J'ai une curieuse histoire avec ce livre. Je l'ai acheté il y a longtemps, et n'ai jamais dépassé le stade de la première partie. Pourtant, j'aimais ce que je lisais. J'ai abandonné brusquement ma lecture, sans raison aucune ( un p'tit coup de mou, je vois que ça). Impardonnable erreur. Le challenge du blogoclub me permet aujourd'hui de me racheter de cette très grande faute. Je parlerai ici de la première moitié du roman que je viens de redécouvrir. La suite est en cours... Ce billet sera donc en deux parties :)

 Nous sommes en août 1935. Malgré la canicule qui frappe l'Angleterre cet été là, rien ne semble devoir entamer les ardeurs romanesques et littéraires de Briony Tallis, âgée de 13 ans. Elle sera écrivain, un point c'est tout. Capricieuse, curieuse, et dotée d'une imagination débordante, sa marotte apparaît bien innocente au début du roman. Une sympathique petite fofolle, cette Briony. Chez les Tallis, il y a aussi la soeur aînée, la belle Cécilia, le frère Léon qui a quitté le nid, et les petits cousins et cousine que les Tallis père et mère hébergent provisoirement. Et puis, il y a aussi et surtout Robbie Turner, le fils de la femme de ménage, que Jack Tallis a pris sous son aile et dont il finance les études. 

Un épisode singulier que je ne raconterai pas -ce serait dommage, il est trop magnifique, je l'ai lu deux fois par pur plaisir- va faire prendre conscience à Robbie et Cecilia qu'ils s'aiment et se désirent follement. Briony assiste à la scène de sa fenêtre et l'interprète de travers. Troublée par ce qu'elle croit avoir vu, elle se met à imaginer des choses, à penser que Robbie est le mal en personne. Et la catastrophe qu'elle ne manquera pas de déclencher aura des conséquences terribles.

Impardonnable erreur que d'avoir abandonné ce roman, disais-je au début de ce billet. Je confirme. Les 249 pages (version poche) que je viens d'avaler sont tout simplement... waow...

 C'est simple, la perfection est à tous les étages : les personnages d'abord. D'une très grande finesse psychologique, ils sont tous remarquables. C'est un régal que de suivre les atermoiements de Briony emportée par ses rêves d'écriture, son goût de l'ordre, son impulsivité, mais les autres protagonistes ne sont pas en reste : la bouillonnante Cécilia, la falote et migraineuse Emily, les terribles et attachants jumeaux... Subtils, intelligents, complexes... Waow, waow, waow. ça c'est du personnage de roman ma bonne dame, ou je ne m'y connais pas (et j'm'y connais)

L'intrigue. Ah, l'intrigue... Magistralement orchestrée, McEwan prend le temps de mettre en place tous les éléments, soigne son décor, fait progresser le drame lentement mais sûrement. C'est un peu long, diront certains grincheux , moi je dis que c'est parfait. La tragédie qui s'annonce prend d'autant plus d'ampleur qu'on la devine inéluctable. L'imagination farfelue de Briony, on le sent venir, va faire mal, très mal. Soudain on ne sourit plus de ses divagations. ça monte, ça monte... jusqu'à la fin, implacable, de cette première partie, qui laisse sans voix.

Et l'écriture de McEwan... Elle est d'une précision, d'une élégance exquises. Une écriture de romancier pur jus, comme je les aime, qui décrit certes abondamment, mais donne vie à ce qu'il décrit. Je ne suis pas étonnée qu'"Expiation" ait été adapté au cinéma. Ce livre est un film ! Que de scènes admirables ! Celle de la bibliothèque, d'une sensualité ébouriffante, ou encore celle du combat de Briony contre les orties, tellement drôle... et il y en a d'autres. Le final est particulièrement bouleversant. 

Je terminerai ce billet en évoquant la question du pouvoir de la fiction que soulève cette première partie. Sans bornes, mal maîtrisée, l'imagination peut s'avérer funeste, c'est ce que montre McEwan au travers du personnage de Briony.

"Expiation", avec son intrigue au cordeau, son écriture ciselée où chaque mot compte,  me semble un merveilleux contre-exemple à cette démonstration.  

Suite au prochain épisode...

 

"Fermement campée sur ses jambes, Briony se débarrassa de son ancien moi, année après année, en treize coups. (...) Les orties voltigeaient par-dessus son épaule gauche et s'abattaient à ses pieds. La mince extrémité de la badine produisait un son binaire en cisaillant l'air. Fi-ni ! Lui faisait-elle dire. ça suffit ! Bien fait pour vous !

Bientôt ce fut l'action elle-même qui retomba, et son compte-rendu journalistique qu'elle corrigeait au rythme de ses coups. Personne n'était capable de faire mieux que Bryona Tallis, qui représentait son pays l'an prochain aux jeux Olympiques de Berlin où elle était certaine de décrocher l'or. Les gens l'observaient attentivement et s'émerveillaient de sa technique, de ce qu'elle préférât rester pieds nus, ce qui améliorait son équilibre (...) Dans l'herbe un sillon irrégulier d'orties hachées indiquait sa progression, tout comme de douloureuses cloques blanches sur ses pieds et ses chevilles. (...)

Le prix de cette rêvasserie oublieuse était toujours l'instant du réveil, le réajustement avec ce qui avait précédé et qui n'en paraissait que pire. Sa rêverie, naguère luxe de détails plausibles, était devenue une sottise passagère au regard de la masse compacte du réel. Il était difficile de rentrer."

 

Et voilà ma première participation au blogoclub, sans qui je n'aurais peut-être jamais relu ce livre :)

48024500_p

 

 

 

Cliquez sur les prénoms pour lire les billets de Sylire, Val, Fransoaz, Lisa, Gambadou, Hélène

Claudialucia a lu Les Fiancés de Manzoni, sur le thème des amours contrariées