Aux Bouquins Garnis

19 juillet 2018

Dans la forêt- Jean Hegland

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"J'ai vécu dans une forêt de chênes toute ma vie, et il ne m'est jamais venu à l'idée que je pouvais manger un gland"

Nell et sa soeur Eva s'apprêtent à vivre un étrange Noël. Leurs parents sont morts, les jeunes filles vivent seules, dans une propriété aux abords de la forêt, sans électricité, sans essence, sans contact extérieur autre que des échos assourdis (certains partent à l'Est où la situation serait meilleure, sans savoir ce qu'ils vont y trouver) sans tout ce que la civilisation a pu apporter jadis en terme de confort. De confort, il n'est plus question car dehors, c'est le chaos,  les motifs du dérèglement restent flous, mais Eva et Nell sont passées en mode survie. Leur existence désormais consiste à se restreindre, se soigner avec les moyens du bord, économiser, cultiver ce que la terre peut encore fournir pour se nourrir, attendre, espérer un retour prochain à "la normale", très hypothétique...

Ce roman post-apocalyptique, passionnant de bout en bout, m'a évidemment rappelé" Le mur invisible" (merveille des merveilles) sauf qu'on a affaire à deux protagonistes, ce qui ne rend pas la stuation forcément plus facile. Elles sont si différentes, Eva et Nell...

Nell, la narratrice, dont nous découvrons le journal, se destinait à de brillantes études, sa soeur ne rêvait que de danse. Les rêves sont remisés pour l'une et l'autre et dans l'épreuve, elles vont apprendre à se connaître, à s'affronter parfois, à résister, à vivre autrement...

La forêt, terrifiante et fascinante, joue un rôle central dans ce long parcours initiatique. Le temps est véritablement suspendu lorsqu'on lit ce livre : à l'instar des deux soeurs, le lecteur est totalement happé par la forêt, par ce drame à la fois brutal et cotonneux, et ne peut s'en extraire qu'au prix d'immenses efforts. 

j'ai été soufflée par la beauté de ce roman poignant, par la portée du message qu'il véhicule (il a été écrit en 1996 et ses accents visionnaires font froid dans le dos...). Jean Hegland nous invite à réfléchir sur le monde qui nous entoure, ce que nous en faisons, ce qu'il pourrait advenir si nous n'y prenons garde. Sous- jacente et essentielle, se pose la question de la civilisation de demain : si tout était à reconstruire, il est impératif de penser un modèle autre, moins vorace, plus respectueux de la nature, notre ressource première dont nous usons et abusons jusqu'à l'extinction probable.

Une vraie merveille ! 

"Je n’ai jamais vraiment su comment nous consommions. C’est comme si nous ne sommes tous qu’un ventre affamé, comme si l’être humain n’est qu’un paquet de besoins qui épuisent le monde. Pas étonnant qu’il y ait des guerres, que la terre et l’eau soient polluées. Pas étonnant que l’économie se soit effondrée"

 

 

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11 juillet 2018

Gourmandises des vacances- Granola maison au quinoa

J'adore les petits déjeuners et je teste parfois des choses pour améliorer l'ordinaire du matin. Je vous parlerai sûrement un jour d'un bowl à la framboise déjà essayé et approuvé deux ou trois fois, mais aujourd'hui j'ai envie de vous présenter le granola maison préparé hier soir pendant  France-Belgique (ben oui, pour évacuer la tension des grandes rencontres, je prépare des granolas pendant les matchs... chacun ses lubies)

C'est un granola tiré du dernier Cuisine actuelle (numéro 332). J'ai adapté les proportions ( bizarres) proposées par le magazine.

Pour un super granola nourrissant et qui croustille, il vous faut :

50 g de quinoa cuit

100 g de flocons d'avoine

6 cuillères à soupe de miel ( là, y'a comme un truc qui bloque dans ma tête... au delà de deux cuillères de miel, je bugue...une et demi ici c'est largement suffisant !)

2 cuillères à soupe d'huile de colza (une cuillère à soupe d'huile de tournesol pour moi)

100 g d'amandes concassées (100 g de noix de cajou concassées non salées, je n'avais plus d'amandes et les noix de cajou c'est top)

50 g de graines de courge (une poignée pour moi)

1 cuillère à café de cannelle ( une pincée d'épices à pain d'épices pour moi)

1 pincée de sel.

Faites cuire le quinoa suivant les indications du paquet, égouttez-le, laissez-le un petit peu refroidir. 

Mélangez le miel, l'huile, les flocons, le quinoa, les graines de courge, les noix de cajou, l'épice à pain d'épices, le sel, dans un grand bol. Etalez ensuite sur une plaque recouverte de papier sulfurisé et enfournez trente minutes en remuant toutes les dix minutes (préchauffage th.5, 150°C)

Laissez refroidir, mettez dans un bol, ajoutez pépites de chocolat et fruits secs si ça vous chante.

Je déguste le granola (celui-là et d'autres que j'ai testés) mélangé à du yaourt grec ou un fromage blanc. J'aime bien l'idée de mettre du quinoa, mais la prochaine fois, j'augmenterai les doses, on ne le sent pas assez.

Le granola se conserve bien, dans un pot en verre hermétique.

                               

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08 juillet 2018

Gourmandises des vacances- Comme un marmitako de thon ;)

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Je dis "comme" un marmitako pour éviter que les puristes ne me tombent dessus ! J'ai emprunté cette merveille de goût et de couleurs à mon amie Ninie (toujours elle :). Ce marmitako est un plat qui fait la fierté des habitants du pays basque je reste donc prudente quant à l'appellation "marmitako"pas envie de me faire engueuler  J'ai préparé cette cocotte à ma façon et c'était excellent ! Une sauce à se lécher les doigts, un poisson frais et savoureux...

Je ne mange pour ainsi dire jamais de thon rouge, mais depuis que Ninie a publié cette recette il y a quelque temps de ça, elle me trottait dans la tête. Pas si simple de trouver du thon frais sur le marché de ma ville, j'ai dû m'éloigner un peu (quelque part dans le 92, ils vendent du thon...) Et j'ai trouvé :)

Voici le détail :

Sauce tomates, poivrons:
- 250g de tomates concassées (conserve)
- 3 gousses d'ail 
- 1 oignon
- 1 poivron vert et 1 poivron rouge (une barquette de petits poivrons colorés)
- 2 cuillère à soupe de concentré de tomates
- 2 feuilles de laurier
- 2 brins de thym
- Persil (pas mis)
- 3 cuillères à soupe d'huile d'olive
- Sel, poivre

Garniture:
- 800g de pommes de terre ( une belle poignée de petites pommes de terre primeur cuites avec leur peau)
- 750g de thon frais (ici 500g de thon frais et 300g de dos de cabillaud) 500 g de thon rouge frais pour moi
- 60cl de fumet de poisson
- Persil plat (pas mis)

Préparez la sauce:
Pelez et hachez l'ail et l'oignon.

Lavez pelez et épépinez les poivrons.  Coupez-les  en dés.

Versez l'huile d'olive dans une cocotte puis faites revenir l'ail, l'oignon et les poivrons pendant 5 minutes sans laisser colorer. Ajoutez les tomates concassées, le concentré, le laurier, le thym et le persil. Salez, poivrez. Portez à ébullition puis laissez cuire à feu doux pendant 20 minutes.

Pelez et lavez les pommes de terre. Coupez-les en dés. Si comme moi vous utilisez des petites pommes de terre primeur, lavez-les mais ne pelez pas. Ne les coupez pas non plus.
Faites-les cuire 10 minutes au micro-ondes ou dans un panier vapeur.

Faites réchauffer la sauce et ajoutez le fumet de poisson.

Rincez, épongez et coupez le thon en morceaux.
Ajoutez le thon dans la cocotte avec les pommes de terre. Prolongez la cuisson de 10 minutes puis laissez reposer 5 minutes à couvert. Parsemez de persil ciselé et servir aussitôt.

J'ai préparé ma sauce hier soir, et un peu avant de déjeuner aujourd'hui, j'ai rajouté mon fumet, mes patates tout juste cuites et mon poisson. On est revenus de la piscine et il n'y avait presque plus qu'à mettre les pieds under the table :))

Bon dimanche (on crève de chaud...) !

                         

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04 juillet 2018

La vie parfaite- Silvia Avallone

       

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    "Adele avait appris que les soucis des hommes sont mille fois plus sérieux que ceux des femmes"

A Bologne, Dora, la trentaine, handicapée, est mariée à Fabio. Elle rêve d'un enfant et ce désir inassouvi la torture, menace son couple et sa santé mentale. Pendant ce temps, Adele, presque dix-huit ans, va mettre au monde une petite fille, qu'elle s'apprête à confier à l'adoption. Cette décision déchirante semble s'imposer d'elle-même, tant la vie d'Adele est difficile et son avenir bouché... Entre un père en prison et une mère larguée, aigrie, sans le sou, Adele galère et continue d'aimer Manuel, le père de sa petite fille. Manuel, un voyou malmené par la vie, qui rêve de grandeur et n'est pas franchement prêt à assumer sa paternité. Et puis, il y a Zeno, le voisin, le bon élève, l'écrivain secret, amoureux d'Adele, en charge de sa mère malade. A Bologne, au centre et dans les quartiers populaires, on peut toujours en rêver, de cette vie parfaite, à défaut de la vivre... 

 L'an dernier j'ai lu et apprécié D'acier de Silvia Avallone, avec quelques bémols néanmoins. Mon amie Pousse m'a gentiment offert "La vie parfaite" et je m'y suis plongée avec plaisir.

La lecture fut plaisante : Silvia Avallone a une écriture très vivante, elle sait raconter une histoire, faire rebondir les situations (celle-là nous promet un joli twist que je n'attendais pas) construire des personnages très contemporains, pleins de fougue et de passion (on est en Italie, normal). Adele, Zeno et les autres sont empêtrés dans les difficultés, le déterminisme social est souvent en leur défaveur, mais ils ont de l'énergie à revendre. Et  surtout, ils aiment, ils sont fous d'amour, et l'amour les tient debout. 

J'émets toutefois les mêmes critiques que pour "D'acier". Je n'ai pas toujours cru à ce que je lisais. Il faut dire que la mule est quand même bien chargée :  dans "La vie parfaite", on trouve à peu près tout les drames possibles et imaginables : des crimes (même un parricide) des parents toxiques, obèses ou alcooliques ou les trois à la fois, des accidents terribles, du handicap, de la stérilité, des violences conjugales... Je n'ai pas trouvé les personnages très crédibles (cette Dora, franchement, on n'a pas du tout envie de lui confier un enfant. Elle est complètement folle, on a juste envie de partir en courant en la voyant arriver, quant à Manuel, il a lu Dostoïevski et avec mes a priori bien pourris, je n'y crois pas une seconde) ils sont encore une fois trop beaux ou trop laids, trop amochés par la vie, ne me demandez pas pourquoi, mais ça me gêne. Si tout est permis dans la fiction, il faut quand même que le lecteur croit un minimum à ce qui lui est raconté... 

Dommage, car ce livre dit des choses très belles et très justes sur la maternité, le désir d'enfants, le parcours semé d'embûches de l'adoption, (Dora, qui n'est que souffrance pendant tout le roman m'aurait davantage touchée, si elle avait été plus nuancée, moins hystérique: l'arrachage de cheveux des femmes enceintes qu'elle croise, non vraiment...) il décrit de façon très précise et réaliste la vie des familles dans les cités, il se lit bien et facilement, du coup je suis frustrée, d'autant qu'il semble faire l'unanimité. Hélène par exemple l'a beaucoup aimé et elle n'est pas la seule.

Un grand merci à toi, Pousse, pour ce cadeau de fin d'année :)

"Diplômé avec les félicitations du jury [...] il s'était toujours vu comme un progressiste aux idées larges. Mais cette idée d'un enfant qui ne serait pas le sien le taraudait. LE SIEN. Sans oublier l'empreinte génétique. Cette chose primordiale, le sang. Sauvage, furieuse, tyrannique. Le sperme, la transmission héréditaire. Les bijoux de famille qui fonctionnent. Le pouvoir de procréer, marquer un corps, transmettre ton nom et te transmettre, engendrer quelqu'un qui te continuera.
C'était réactionnaire, stupide, primitif, mais c'était ce qu'il ressentait."

 

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01 juillet 2018

Gourmandises du dimanche- Mousse aux fraises

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Après la terrine vint le dessert... Depuis sa publication chez Papilles et Pupilles, j'avais envie de tester cette mousse de fraises légère et rose, sans additif ni conservateur ni colorant, juste le rose des fraises, des oeufs, du mascarpone et du sucre...

A la lecture des commentaires des testeurs sur le blog de Anne, j'avais peur de ne pas obtenir ce que je désirais : une vraie mousse, avec des petites bulles, comme sur la photo, une mousse qui tienne dans l'assiette, pas une crème avec du liquide au fond du saladier. Bref, je me suis pas mal torturée. Pour une question de timing, il aurait été plus simple de préparer ce dessert la veille, mais là... je prenais le risque d'avoir le fameux liquide et quelque chose qui ne ressemblerait pas à une mousse. Trop tôt, la mousse ne tient pas, trop tard, elle n'a pas le temps de prendre...

J'ai donc tenté le matin tôt pour le midi. Debout à 7h, porte de la cuisine fermée car à cette heure-ci le dimanche, tout le monde roupille chez moi. Porte fermée car on a besoin de mixer et le mixeur, ça fait du bruit.

Mais revenons à nos petits fruits, qu'il faut rincer et équeuter, mixer et mettre de côté. Un coup de mixeur plongeant et hop, voilà une belle purée de fraises prête à l'emploi (350g). Vous y ajoutez du sucre (80g), et vous mélangez délicatement les fraises sucrées avec le mascarpone (250g).

Je ne suis absolument pas payée pour faire de la pub pour la marque Galbani, je préfère le préciser, mais tout de même, je vous le dis, c'est la marque idéale pour ce genre de préparation. Le mascarpone est ferme, goûteux et ne rejette pas d'eau. Donc vous mélangez le mascarpone avec les fraises, le plus délicatement possible. C'est pas évident, car le mascarpone est un fromage épais. Donc pour la délicatesse... Disons qu'avec une fourchette, vous essayez, sans trop de brutalité, d'écraser le mascarpone et de le mêler intimement à la purée de fraises. L'opération peut prendre quelques minutes. C'est dimanche, rien ne presse. Ensuite, vous zestez un citron et vous mélangez à nouveau.

Ensuite, vous allez monter quatre blancs en neige très fermes. Avec le robot c'est facile. A terme, vous aurez une montagne de blancs. Quand ça monte, ça prend du volume, donc prévoyez un grand saladier. Vous allez mélanger tout doucement les blancs neigeux avec la purée de fraises, doucement, doucement, en faisant des huit, en prenant votre temps (on est toujours dimanche...) pour ne pas casser ces blancs magnifiques. Une fois que le mélange est harmonieux, vous le glissez dans votre frigo jusqu'au repas.

Quatre ou cinq heures après, oh joie ! Vous allez pouvoir déguster une mousse dans de jolies coupes, une mousse qui tient ses promesses de nuage, de fermeté et de douceur. Point de liquide au fond du saladier. Anne parsème la mousse de feuilles de basilic au moment du service, je n'en avais pas. Je n'ai jamais de basilic d'avance, il pourrit trop vite. Tant pis, c'était formidable quand même.

Comme il restait beaucoup de mousse, malgré notre gourmandise, nous l'avons terminée le soir. Elle était toujours bonne et ferme mais un peu de liquide est tout de même apparu. Rien de grave. Il faut juste la consommer rapidement. De toute façon les oeufs crus, ça ne souffre pas d'attendre.

Bon dimanche sous le soleil et rendez-vous chez Syl avant la fermeture des portes de la cuisine pour l'été :)

             

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27 juin 2018

Le lambeau- Philippe Lançon

                                                                  

                                  "Je ne vivais ni le temps perdu, ni le temps retrouvé, je vivais le temps interrompu"

 

XVMdbd6cdcc-631f-11e8-9efd-4933e144f167-200x300Le 7 janvier 2015, les frères K... surgissent dans la salle de rédaction du journal Charlie Hebdo, mitraillant tout ce qui bouge : Charb, Cabu, Wolinski, Tignous, Bernard Maris, Honoré tombent sous les balles. Philippe Lançon en reçoit une en pleine face, elle lui explose la mâchoire.

Deux ans après l'attaque meurtrière, le journaliste raconte dans "Le Lambeau" ces quelques minutes terrifiantes, où gisant au milieu des cadavres de ses camarades, il se pense mort. "Le lambeau", c'est aussi le récit d'un chemin de croix, d'opérations lourdes, de soins et de rééducations effroyablement douloureux, entre la Pitié-Salpêtrière et les Invalides, de va-et-vient entre le bloc opératoire et la chambre pendant deux longues années.

Quel livre ! Je commencerai par dire que j'aurais sincèrement préféré que Philippe Lançon n'ait pas eu à l'écrire mais voilà... Je ne vais pas être très originale non plus en affirmant qu'on tient là un chef-d'oeuvre, un futur Goncourt peut-être. Tant pis pour l'originalité, ce livre est d'une telle force que les commentaires, le mien comme les autres, sont de toute façon un peu vains...

Outre ces indéniables qualités littéraires - la plume de Philippe Lançon est magistrale - "Le lambeau" est le récit d'une incroyable expérience, celle qui consiste à aller creuser au plus profond de soi-même pour en faire jaillir le ressenti, s'en approcher au plus près, bien au delà d'une juste description des événements par celui qui les a vécus et en portent les marques dans sa chair. Cette expérience passe par une sorte de dédoublement : il y a le Phillippe d'avant et celui qui est à terre, qui ne comprend pas ce qui se passe mais réalise peu à peu que tout cela n'a hélas rien d'une "farce". Ces moments du livre sont absolument saisissants, mais la suite l'est tout autant. Le récit de la lente ressurection de Philippe Lançon, devenu en seulement deux minutes une "gueule cassée", ce récit sans haine, sans un gramme de pathos, courageux et digne, de sa vie au milieu des soignants, le courage et l'amour de ses proches, la sollicitude exigeante de Chloé "sa" chirurgienne - qui a beaucoup plu à notre ancien président en visite, l'anecdote est stupéfiante- , tout cela  bouleverse. Son amour des livres (certains, dont "mort de ma grand-mère" de Proust, sont devenus des compagnons de bloc...), de l'art qui sauve de tout même du pire,  m'a remué profondément.

"Le Lambeau" est un livre choc, un livre dur, de ceux qui vous hantent longtemps après lecture. J'avais par prudence téléchargé un petit extrait. J'ai n'ai pas pu m'en contenter et je l'ai lu en entier, hélas pas comme il l'aurait mérité, c'est-à-dire en apnée, sans rien ni personne autour de moi pour perturber ma rencontre avec Philippe Lançon. On se sent un peu coupable de lire un témoignage de cet acabit entre un épisode de Maya l'Abeille avec fiston, un repas à préparer, des tracas divers et variés. Petits tracas qui rendent évidemment très modeste au regard du 7 janvier... mais on fait ce qu'on peut.

Philippe Lançon m'a donc accompagnée quelques jours et quand je ne le lisais pas, je pensais à lui. Beaucoup. A son calvaire, à son épatant courage, à sa volonté farouche de vivre, malgré les tuyaux, la douleur, les moments de découragement, les longs couloirs de l'hôpital qu'il ne quitte plus pendant de longs mois. Il y aura un avant et un après ce livre pour moi, c'est certain.

"Et ce sont les violents qui l'emportent" ce sont les paroles de Saint Mathieu (11.12) prononcées par Michel Houellebecq lorsqu'il croise Philippe Lançon le temps d'une soirée. Il a tout faux.

Au bout du tunnel, il y a heureusement la vie... et la littérature, ce livre en est la preuve éclatante.

"Victime, moi? Un journaliste peut être blessé ou tué en reportage, mais victime il ne peut pas l'être. Un journaliste peut être une cible. Il n'est pas un sujet. Il n'est pas préservé de l'histoire qu'il couvre, mais il peut devenir le coeur de l'histoire elle-même. C'est une plante qui pousse dans l'angle mort de l'événement."

 

 

 

 

 

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24 juin 2018

Gourmandises du dimanche- Terrine au saumon et légumes verts

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Pour fêter l'anniversaire de mon mari, j'ai eu envie de faire quelque chose de bon et beau ! Et frais, car nous sommes en été ! La prochaine fois, je vous parlerai du dessert excellent et simplissime mais aujourd'hui, je vous propose le plat. Une terrine de saumon et légumes verts repérée chez mon amie Ninie. Sur la table, elle a fait son petit effet et la dégustation fut fameuse !

A préparer la veille, à entreposer au frais et à démouler juste avant de passer à table :) Rien de très compliqué dans cette jolie terrine, mais un peu d'organisation et de concentration sont nécessaires pour ne pas louper les différentes étapes. Je vous donne les proportions pour une terrine moyenne, Pour avoir la taille au dessus,  je vous invite à passer chez Ninie :) 

 

Ingrédients :


- 300g de saumon fumé 
- 100g de petits pois surgelés 
- 1/2 concombre (bio si possible car on conserve la peau)
- 4 feuilles de gélatine  

-10cl de crème liquide entière 

- 2 avocats
- 1 citron
- 300g de fromage frais type St-Môret
- Sel, poivre
- Aneth

Préparation 

Faites cuire les petits pois dans de l'eau salée pendant cinq minutes. Egouttez-les soigneusement.
Lavez le concombre et coupez- le en fines rondelles en conservant la peau.  Déposez-les sur du papier absorbant. J'aurais dû utiliser ma mandoline, malgré tous mes soins, les tranches de concombre n'étaient pas assez fines. Pas grave, c'est la faute à la flemme.

Mettez les feuilles de gélatine à ramollir dans un récipient rempli d'eau froide.
Portez la crème à ébullition. Hors du feu, faites fondre la gélatine essorée entre les doigts.

Mixez la chair des avocats avec le jus de citron. ( Un coup de mixeur plongeant, là encore la flemme de sortir le robot... parce qu'après il faut le laver c'est long et ça m'embête, le mixeur plongeant, c'est très bien pour ce que j'aie). Salez, poivrez et incorporez la moitié de la crème puis la moitié des petits pois.

Fouettez le reste de crème avec le fromage. Salez, poivrez et ajoutez le reste des petits pois.

Tapissez un moule à cake de film alimentaire (en mouillant légèrement le moule, le film adhère facilement).
Recouvrez le fond de concombre, puis la moitié de la préparation au fromage, la moitié du saumon, la crème à l'avocat, le reste de saumon puis le reste de fromage.

Filmez et placez au réfrigérateur pour 12 heures.

Démoulez et parsemez d'aneth.

 Chez Syl, on est presque en vacances mais pas encore tout à fait :)

 

                   

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20 juin 2018

Fief- David Lopez

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"Jonas dans la vie t'es comme dans le ring, tu fais que d'esquiver"

Je me suis précipitée sur le Iivre Inter juste après la remise du prix, saluée par la présidente du jury Leila Slimani (elle je l'adore, elle pourrait me conseiller de lire le bottin, je crois que je lui ferais confiance, après "Chanson Douce", sachez que ma vie n'a plus tout à fait été la même...).

"Fief", c'est l'histoire, ou la non-histoire, de Jonas et sa bande de potes, lourdingues mais pas méchants, qui végètent dans une banlieue pas si sinistre, mais ou l'on s'ennuie ferme, où rien ne se passe, où l'on ne fait surtout rien pour échapper à cette léthargie, accentuée par les vapeurs du joint qu'on fume à longueur de journée, journées ponctuées parfois de quelques matchs de boxe que l'on ne gagne pas- Jonas a du talent, il pourrait... mais il est sans cesse dans l'esquive, sa vie se résume à fuir-  d'interminables parties de cartes, de tentatives avortées pour "pécho".  "Fief" pourrait être un livre déprimant sur la déshérence d'une génération sans avenir, il échappe à cela, grâce à une langue savoureuse et drôle, une oralité somme toute très travaillée qui m'a plutôt séduite. Certains passages sont épatants, comme le récit du Candide de Voltaire à la sauce banlieue (j'ai ri, c'est vraiment excellent) ou la fameuse dictée sur un texte de Céline, morceau de bravoure, hilarant, à lire et à relire. J'ai beaucoup surligné car le texte fourmille de petites phrases percutantes. Ces beaux moments sont hélas plombés par des descriptions minutieuses et hyper réalistes-mortellement ennuyeuses- des combats de boxe (une plaie à lire, j'ai failli lâcher pour de bon) et autres scènes enlisées dans une durée mollassonne. L'ennui des personnages est contagieux : si le but de David Lopez  était d'ennuyer le lecteur pour lui faire comprendre ce que vivent ces jeunes et susciter l'empathie, il a parfaitement réussi. Sans empathie toutefois pour moi, je ne suis pas vraiment parvenue à m'attacher à Jonas et ses amis. Il m'a manqué quelque chose. 

 Je ne regrette pourtant pas ma lecture, à la fois enthousiasmante et... profondément barbante. Très atypique, ce "Fief" dont je comprends qu'il puisse intriguer, révulser ou qu'on l'adore, tout simplement. Je me situe entre tout ça. Une lecture en dents de scie, que j'ai menée jusqu'au bout, non sans peine.

 "C'est quoi ton style de meuf à toi je lui demande. Tout ce qui est à un guichet il répond. Pourquoi? Parce que au moins là elle est coincée la meuf"

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17 juin 2018

Gourmandises du dimanche- Cake trop bon à la tomate

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Cette semaine, j'ai poursuivi mes investigations "tomateuses" avec ce cake proposé par Patchouka qui est un véritable coup de coeur !

Un cake à la tomate, oui, mais pas seulement dedans. Les tomates sont un peu enfoncées dans la pâte, juste avant cuisson, elles rôtissent sur le dessus, c'est trop trop bon. Simple et excellent. Je crois que Julie Andrieu est à l'origine de la recette.

 Les ingrédients :

250g de farine

1 sachet de levure chimique

3 œufs

100 ml de lait entier (demi-écrémé pour moi)

100 ml d'huile d'olive

100g de tomates confites

2 boules de mozzarella di buffala

1 grappe de tomates cerises (pas grappe pour moi, mais une belle poignée)

basilic (pas mis)

sel / poivre

Préchauffez votre four à 180°C (Th. 6). J'ai augmenté à 200°C en fin de cuisson pour avoir des tomates bien frippées.

 Dans un grand saladier, mélangez la farine avec la levure chimique. Ajoutez ensuite les œufs, le lait, l'huile, le sel et le poivre. Mélanger vigoureusement jusqu'à obtenir une pâte homogène.

Ajoutez ensuite les tomates confites en morceaux, le basilic préalablement haché (je m'en suis passé) et mélangez à nouveau.

 Versez la moitié de cette préparation dans un moule à cake (préalablement beurré si nécessaire, le mien était en silicone). Ajouter les  deux boules de mozzarella coupées en deux chacune. Puis versez le reste de la pâte. Comme j'avais mal lu la recette, j'ai coupé des bouts de mozarella. Pour avoir un joli effet de tranche blanche au milieu du cake, mieux vaut faire comme Patchouka.

Posez une grappe entière de tomates cerises (ou plein de petites tomates cerises, à moitié enfoncées dans la pâte) sur le dessus et enfournez pour 40 minutes à 180°C ( une heure pour moi et j'ai laissé ensuite un moment dans le four éteint) Le cake doit gonfler et dorer. Vérifiez la cuisson à la pointe d'un couteau : elle doit ressortir humide mais propre. Mangez-le tiède.

 Vraiment top, ce cake !

Je m'aperçois que si demain on me disait "tu ne mangeras plus jamais de tomates" je me sentirais vraiment trop mal. La tomate, comme le parmesan, le chocolat, les pâtes, c'est la vie. Vive la tomate !

VIVE LA TOMATE ! TOMATE YOU'RE THE BEST !!! C'est dimanche, on s'lâche un peu, clamons haut et fort notre amour pour la tomate qui embellit nos plats, les parfume, les colore, leur donne ce goût unique et irremplaçable. Demandons-nous très sérieusement ce que l'on ferait si la tomate n'existait pas. Un monde sans tomates... je ne peux même pas l'imaginer. Disons-lui merci et qu'on l'aime tout simplement.

TOMATE JE T'AIME.

Sinon, bonne fête à tous les papas, en particulier le mien et celui de mon fiston :) Je vous aime aussi ! :)

 

Chez Syl, ça popotte par ici

               

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14 juin 2018

Les garçons de l'été- Rebecca Lighieri

CVT_Les-garcons-de-lete_1696       "Tout le monde préfère le mensonge à la vérité. Surtout les adultes."

Zachée et Thadée Chastaing sont frères. Ils sont beaux, brillants, sportifs, irrésistibles. Leurs parents les adulent, surtout leur mère, Mylène, aimante mais stricte. Mylène les a élevés, ses deux garçons, pour qu'ils réussissent tout dans la vie. Elle n'en est pas peu fière. Il y a aussi une petite soeur dans la famille, prénommée Ysé. Un peu en retrait, elle a des passions étranges (elle adore les insectes et a un talent certain pour le dessin macabre).

La vie semble aller tout doux pour les Chastaing lorsqu'un terrible accident vient mettre un terme définitif au bonheur du clan : alors qu'il surfe sur l'île de la Réunion, Thadée est attaqué par un requin. Il y perdra une jambe. De retour chez lui, le jeune homme mutilé semble dévoré par l'amertume et la jalousie envers tous ceux qui n'ont pas vécu son drame, en particulier son frère cadet. La part sombre de Thadée qui émerge après l'accident devient chaque jour plus inquiétante et menaçante pour ceux qui l'entourent...

Je n'en raconte pas plus, car il est difficile de résumer sans tout révéler. Je dirai simplement quel dommage ! Oui, quel dommage qu'un livre (roman choral, j'avais pourtant dit plus jamais, je suis bien faible sur ce coup là) aussi prometteur, écriture agréable et fluide, suspense psychologique d'excellente qualité, personnages  bien campés... tourne à ce point à l'eau de boudin.

J'ai aimé ce livre, vraiment beaucoup, jusqu'à environ la moitié. Comme disait un de mes collègues qui m'a conseillé cette lecture : "on est pris dans les filets." C'était le cas au départ. Mais allez savoir pourquoi (enfin, si je sais ... je n'aime pas qu'on me prenne pour une andouille) après un début enthousiasmant, soudain je n'accroche plus. Le jargon du surf dont l'auteure use dès le départ, histoire de poser le contexte, devient envahissant, limite insupportable. La façon dont chaque personnage s'exprime ne permet pas du tout de les distinguer, (roman choral tu sers à rien) l'uniformité du style étant simplement émaillé de quelques vulgarités et argot banlieue pour faire "djeun"... avec les personnages jeunes. Simple, pas cher. Et inutile selon moi.

Mais surtout, surtout, les rebondissements qui fonctionnaient si bien jusque là prennent un tour improbable. Grotesque. Impossible de croire à ce Thadée affublé soudain de toutes les tares, au fonctionnement psychologique de cette petite fille antipathique au possible, à cette vengeance trop bizarre, à cette virée du côté de chez Stephen King (le pauvre...). Et ce final ridicule... les bras m'en sont tombés.

Je ne comprends pas du tout ce qu'a voulu faire Rebecca Lighieri avec ce roman qui aurait pu être formidable. C'est gâché.

      "Si je devais pourrir au fond de mon cercueil et conserver un atome de conscience, je l'emploierais à souhaiter ardemment que mes proches se morfondent et que leur vie soit aussi pourrie que ma mort."

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