Aux Bouquins Garnis

22 juillet 2017

Pardonnable, impardonnable- Valérie Tong Cuong

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      "Il suffit de si peu de choses pour que nos vies bifurquent"

Je découvre Valérie Tong Cuong avec cent ans de retard  ce roman qui a fait beaucoup parler lors de sa sortie. Je l'ai aimé et j'ai été déçue. C'est le grand paradoxe de ma vie de lectrice, je l'assume ! Je peux aimer un livre et m'agacer aussi, avoir envie de le balancer par la fenêtre, tout en guettant anxieusement la fin et ne pas le lâcher...

Milo est un jeune garçon de douze ans, entouré d'une famille aimante. Sympathique, adorable, très attendu par ses parents, Milo a aussi une grand-mère et une tante qui lui vouent une tendre affection. Le terrible accident de vélo dont il est victime le plonge un temps dans le coma. Cet événement dramatique fait craquer le vernis d'un clan uni en apparence mais qui soudain va se déchirer. Entre le père Lino, la mère Celeste, la grand-mère Jeanne et la tante Marguerite pèsent de lourds secrets, des haines tenaces, des rancoeurs mal digérées, beaucoup d'amour aussi, cela va sans dire... L'accident de Milo est le catalyseur qui menace de faire exploser la famille.

L'histoire est dès le départ prenante, divisée en plusieurs saisons :" le temps de la colère" ouvre le livre qui se termine sur "le temps du pardon", après être passé par plusieurs étapes telles que l'amertume, la vengeance... l'écriture de Valérie Tong Cuong est fluide et élégante. Je suis heureuse de démarrer un livre qui j'en suis sûre va me plaire. J'aime assez les romans qui donnent la parole aux différents protagonistes. Le procédé est certes archi utilisé mais pour ma part, pas de problème, j'aime bien. J'ai cependant une doléance : je veux pouvoir distinguer les personnages qui s'expriment. Ici, la grand-mère parle comme Lino, qui parle comme Celeste, qui parle comme Marguerite...  je faisais la même réflexion lors de ma lecture précédente. J'aurais apprécié que la grand-mère cette peau de vache ait un vocabulaire plus fleuri, mais c'est juste un fantasme de lectrice...

Ici, tout le monde parle de la même façon et les drames s'accumulent. C'est en effet passionnant, ça sonne juste, Valérie Tuong Cong est à la lisière du mélo mais ne franchit pas la ligne. Pas tout de suite. Et puis voilà, soudain c'est trop. On y est dans le mélo. Le mélo élégant, certes, mais le mélo quand même. Je fais une overdose de turpitudes, de violences intra-familiales... les drames qui se succèdent me semblent peu crédibles, de même que le beau docteur brésilien amoureux qui se mêle de ce qui ne le regarde pas (bonjour l'éthique), les méchancetés de la grand-mère peau de vache qui ont leur explication bien entendu, mais niveau crédibilité, je suis dérangée...Trop c'est trop. Je n'abandonne pas ma lecture pour autant, le roman malgré ses faiblesses, se lit bien et j'ai envie de savoir comment tout cela va se conclure. Eh bien là aussi, déception. Dans les livres, les pots cassés se réparent à une vitesse... C'est très dommage, car même s'il s'agit de littérature, j'ai besoin d'adhérer un tout petit peu à ce que je lis. 

Une lecture en demi-teinte. Comme c'est rageant. Mais n'étant pas rancunière, je tenterai peut-être un autre roman de Valérie Tuong Cong avant de déclarer définitivement forfait. 

"Nous voyons ce que nous voulons voir. Ou plutôt, nous voyons ce que nous sommes capables de supporter. Le reste, on le modifie, on l'efface."

 

 

 

 

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12 juillet 2017

Les filles de l'ouragan- Joyce Maynard

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"C'était une des choses que j'aimais dans le dessin, le fait que-sur du papier- on pouvait rêver de tout, les seules limites étant celles de son imagination, ce qui dans mon cas, signifiait pas de limites du tout"

Il y a quelques jours, je me suis dis "allez hop... Joyce Maynard". Et j'ai choisi de lire et d'acheter "Les Filles de l'ouragan" alors qu'"Un long week-end" est dans ma PAL depuis au moins deux ans. Cherchez l'erreur...:/

 Ruth Plank et Dana Dickerson ont toutes les deux étaient conçues un soir de tempête. Nées le même jour, elles sont des "soeurs anniversaire". Les Plank sont des fermiers, ils ont toute une tripotée de filles et Ruth, artiste dans l'âme, est un peu le mouton gris du clan. Elle est grande, ne ressemble pas le moins du monde à ses soeurs, encore moins à sa mère qui lui manifeste un intérêt distant. Ruth cherche sa place au sein d'une famille où malgré l'affection du père, elle se sent étrangère.

Dana est au contraire la scientifique de la famille Dickerson. Ses parents se soucient peu d'elle. Son frère Ray est beau, sensible et lointain. Sa mère Val est artiste peintre, son père George, toujours par monts et par vaux, est sans cesse à la poursuite de la bonne idée qui le fera devenir riche. Les liens entre les deux familles sont maintenus par Connie Plank, avec une curieuse obstination. Cadeaux à Noël, visites annuelles et brèves pour lesquelles on parcourt des kilomètres. Ruth et Dana si elles sont nées le même jour, n'ont pourtant pas grand chose en commun, du moins en apparence...

J'ai bien failli abandonner ce livre, tant la première partie consacrée à l'enfance des deux filles m'a semblé longue et sans entrain. La narration qui donne en alternance la voix à Ruth et à Dana, ne permet pas de les différencier : l'écriture est uniforme et la traduction un peu pataude par moments. J'ai parfois confondu Ruth et Dana, m'obligeant à revenir en début de chapitre pour vérifier de qui il était question. Et puis la sauce qui menaçait de tourner a fini par prendre, à grands coups de "séquences émotion" dont Joyce Maynard ne se prive pas. L'amour, lorsqu'il débarque dans le roman, se révèle absolu, exclusif, d'une sensualité débordante. Les personnages aiment et souffrent, et leurs souffrances sont parmi les pires que l'on puisse imaginer. Maladie de l'être aimé, séparations déchirantes... tout y passe. Au final, je me suis laissée embarquer et j'ai bien apprécié cette histoire de femmes marquées par la tempête, qui traversent avec courage les nombreux orages de la vie. 

A lire, sans en attendre autre chose qu'un agréable moment de lecture !

"Vous passez la moitié d’un siècle à penser que vous êtes une certaine personne et il s’avère que vous ne l’êtes pas. A moins que celle que vous avez toujours été se révèle soudain à vous, que quantité de choses prennent un sens qu’elles n’avaient pas auparavant et que d’autres dont vous étiez sûre perdent leur signification"

 

 

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08 juillet 2017

Trois jours et une vie (version audio) - Pierre Lemaitre

 

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"Il est anéanti par la dimension de la catastrophe. Sa vie, en quelques secondes, a changé de direction. Il est un assassin.
Ces deux images ne vont pas ensemble, on ne peut pas avoir douze ans et être un assassin."

Quel bonheur de retrouver Pierre Lemaitre en version audio :) Je déborde carrément d'enthousiasme concernant son dernier roman et la lecture qu'en fait Philippe Torreton est tout à fait exceptionnelle...

Je résume très brièvement l'intrigue à la fois simple et géniale, fondée non pas sur la résolution d'un meurtre, dont le lecteur connaît très vite les tenants et aboutissants, mais sur la psychologie du coupable, que l'on suit de l'enfance à l'âge adulte.

 Habitant de la commune de Beauval, le petit Rémi Desmedt disparaît quelques jours avant la tempête de 1999. Il est tué accidentellement par un garçon de douze ans, Antoine Courtin, que Rémi aimait pourtant beaucoup. Furieux après le père de Rémi qui s'est débarrassé de son chien blessé sans état d'âme, Antoine s'en prend au petit garçon lui donne un mauvais coup qui sera fatal. 

Commence alors pour Antoine une existence rongée par la culpabilité, la honte, la terreur de finir ses jours en prison. Et c'est absolument passionnant, que dire de plus? Pierre Lemaitre est un solide et merveilleux écrivain, qui décrit avec subtilité, une justesse incroyable, les affres par lesquelles passe son héros tout au long de sa vie. Antoine, malgré l'horreur de son acte, on ne peut que s'y attacher. Tout au long de ma lecture, je me suis surprise à le plaindre : comment peut-on vivre avec le poids d'un tel crime sur la conscience?

Autour d'Antoine évoluent divers personnages qui chacun auront un rôle à jouer dans son parcours. Sa mère, dépeinte comme une femme esseulée et rigide, les camarades de classe dont la treès jolie et très creuse Emilie, Théo, le fils du maire et redoutable affabulateur, la famille Desmedt si durement éprouvée, le charcutier, à la laideur si singulière... autant de personnages admirables et nécessaires, car chez Pierre Lemaitre, tout ce qui est mis en place, les choses et les gens, sert le récit. Les tempêtes qui ravagent Beauval à l'aube de l'année 2000, en plus d'être formidablement décrites, auront aussi leur utilité dans l'histoire...

"Trois jours et une vie" est un superbe roman avec une fin qui cloue le lecteur sur place, magnifié par le talent de Philippe Torreton. Sa voix belle et profonde, l'émotion dans le timbre, jamais surjouée, toujours juste et bien placée, ont fait de ce moment de lecture un régal exceptionnel.

De nombreux moments forts pendant cette "écouture" : la messe de minuit, dite par un curé à la sauce Torreton : ça vaut le coup d'oreille ! Je soulignerai aussi le long passage où Antoine, épouvanté par son crime, tente de se débarrasser du corps de Rémi et traverse la forêt en transportant le cadavre sur son dos : un grand moment de littérature, glaçant, éprouvant... pendant lequel j'étais suspendue à mon fil (d'écouteurs :)

J'ai lu/écouté ce livre pendant une semaine, il m'a accompagnée partout, à chaque fois que l'écoute était possible : cinq minutes, un quart d'heure, une heure dans les bons moments... Le pouvoir de Pierre Lemaître associé à Philippe Torreton est dans l'addiction qu'ils provoquent. Je suis ravie de mon addiction :)

Un grand bravo à tous les deux !

" La vie doit toujours reprendre le dessus, elle adorait cette expression. Cela signifiait que la vie devait continuer de couler, non pas telle qu'elle était mais telle qu'on la désirait. La réalité n'était qu'une question de volonté, il ne servait à rien de se laisser envahir par des tracas inutiles, le plus sûr pour les éloigner était de les ignorer, c'était une méthode imparable, toute son existence montrait qu'elle fonctionnait à merveille."

 

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03 juillet 2017

Un ano con Almodovar# 10- En chair et en os

 

Le  film démarre par une incroyable scène d'accouchement... dans un bus. La naissance de Victor, à Madrid, sous Franco, est le point de départ d'une vie ponctuée d'événements tragiques. Contrairement à la prédiction du ministre des transports "tout ne va pas bien rouler pour lui".

Victor est un jeune homme naïf. Il tombe amoureux d'Helena, une blonde explosive et droguée, et se persuade que cette relation d'une nuit, la première pour lui, est faite pour durer. Il se rend chez la jeune femme, mais Helena attend son dealer. Elle veut chasser Victor dont elle n'a que faire et ils se disputent violemment. Deux policiers, David et Sancho, alertés par une voisine, interviennent. David est blessé grièvement d'une balle de revolver et restera paralysé. Helena l'épouse, tandis que Victor est incarcéré, accusé d'avoir tiré sur le policier. A sa sortie de prison, six ans plus tard, Victor est mûr pour la vengeance...

"En chair et en os" est un très bon film, à l'intrigue efficace, rondement mené (même pas deux heures et c'est plié) où comme à son habitude, Almodovar tisse avec brio une toile entre ses personnages. Au départ, ils n'étaient pas le moins du monde amenés à se rencontrer. Helena est une fille de riche, la mère de Victor est sans doute une prostituée (interprétée par Penelope Cruz) ayant épargné de l'argent tout au long de sa vie pour son fils. Deux mondes qui se téléscopent avec une rare violence : la violence du rejet, puis de la passion, qui finira par emporter Helena et Victor. Dans le même temps, l'amour a fait place à la haine entre Clara et son mari Sancho, et celui-ci entend la garder par la violence... "tant que je t'aime tu ne partiras pas" jure-t-il en la giflant.

David, quant à lui, ne supporte pas l'idée de perdre Helena et se dit prêt à supporter une relation basée sur la culpabilité : Helena ayant été l'enjeu de l'intervention qui l'a rendu paraplégique, elle ne peut le quitter. David est même prêt à tuer celui qui lui prendra sa femme...

 Helena, Victor, David, Sancho, Clara... lorsque le destin les met (ou les remet) en présence par un jeu de hasard et de circonstances dont le réalisateur a le secret, la collision est brutale, adoucie par de rares moments de grâce : un match de football qui fait émerger une complicité masculine sincère mais furtive, des relations sexuelles épisodiques d'une sensualité époustouflante... ces instants forts cèdent très vite la place à la méfiance, à la menace, au rejet de l'autre. Clara qui repousse Sancho est rejetée par Victor, Victor par Helena, Helena ne peut repousser David mais son "insultante sincérité", son inaptitude au mensonge sont malgré tout répulsives. Cette confusion de sentiments mal digérés, exprimés par les coups, les armes (le pistolet dont on use et abuse) ou une sexualité dévastatrice (" faire jouir jusqu'à fendre en deux","devenir le meilleur baiseur du monde" par vengeance) ne peut que finir en drame, nuancé toutefois par la superbe boucle finale : un accouchement heureux dans un taxi, à Madrid, où "l'on n'a plus peur depuis longtemps ..." Chez Almodovar, tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir, et on le sait, il affectionne les naissances, les miracles, les notes d'espoir au coeur de la tragédie. Ici, l'arrivée de l'enfant symbolise la nouvelle Espagne, celle de la liberté retrouvée... symbole appuyé par la dernière phrase du film citée ci-dessus, un peu trop appuyé sans doute, mais qu'importe. Almodovar, s'il pouvait, soulignerait de deux traits rouges ce qui lui semble important : non pas qu'il prenne pour le spectateur pour un crétin, mais il a une prédilection pour les images fortes. Et moi, c'est aussi pour cette raison que je l'aime, mon Almodo, pour son côté éléphant traversant un couloir... ça ébranle, et surtout ça laisse des traces.

D'un point de vue formel, "En chair et en os" est malgré tout plus sobre que certains films d'Almodovar. Bien sûr, on retrouve toujours le procédé du film dans le film, où les jambes désarticulées d'un mannequin préfigurent les jambes désormais inertes de David. "En chair et en os"  joue pourtant beaucoup moins sur le registre de l'extravagance. Les personnages sont moins hauts en couleur, ils s'assagissent au fil du temps, tempèrent le feu qui couve. La blonde Helena, à la coiffure "pétard", se transforme en épouse modèle et dévouée à la cause des enfants malheureux : cheveux bruns, vêtements simples et sans recherche particulière. Elle est elle-même, du moins le croit-elle. L'utilisation du masque du loup, derrière lequel se cache Victor un court instant, est intéressant car on comprend que les retrouvailles entre les deux protagonistes seront bouleversantes, et pas uniquement pour eux-mêmes. Chacun des personnages du film finira par "tomber le masque"avec les conséquences que l'on devine.

Il y aurait encore beaucoup d'autres choses à dire sur ce très beau film noir et intense, je vous invite à lire le billet détaillé de ma copine Pousse ici même. Je précise qu'Almodovar s'est inspiré librement pour ce film d'un roman de Ruth Rendell "L'homme à la tortue". Je ne l'ai pas lu, mais pourquoi pas...

Notre année Almodovar se poursuit le mois prochain avec Volver :) 

 

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29 juin 2017

Tristesse de la terre- Eric Vuillard

 

 

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        "Et maintenant Sitting Bull est seul dans l'arène ; la grande chose qu'il aimait est restée en arrière, très loin, Et, ici, dans les gradins, ils ne sont venus que pour ça, tout le monde est venu voir ça, simplement ça : la solitude."

Après le grand bonheur que m'a procuré la lecture de "Quatorze juillet", j'ai eu envie de poursuivre avec Eric Vuillard. Son écriture est tout simplement incroyable et "Tristesse de la terre" étonnant de bout en bout. Une bien belle surprise.

Malgré un sous-titre explicite : "une histoire de Buffalo Bill Cody", j'étais convaincue de lire le récit de vie d'une indienne, allez savoir pourquoi. Je trouve très belle la photo ornant la couverture du livre et j'avais envie d'en savoir plus sur cette jeune femme, au regard pensif et triste. C'est sans doute cela... mon désir de lectrice a pris le pas sur l'intitulé pourtant clair et il me semblait qu'Eric Vuillard avait évoqué ce personnage à La grande Librairie. Je me trompe peut-être. 

En réalité, c'est bien de Buffalo Bill dont il s'agit, un Buffalo Bill dont je découvre à la lecture bien d'autres choses que le fameux aventurier de l'ouest de mes souvenirs de gamine. J'ignorais que ce personnage de légende était le fondateur de la ville de Cody et à l'origine du divertissement de masse : il fut en effet le créateur du "Wild West Show", un célèbre spectacle qui remporta un formidable succès auprès du public de l'époque, avant de tomber en désuétude, balayé par d'autres spectacles plus modernes.

L'intérêt de "Tristesse de la terre" n'est pas simplement biographique. La vie de Buffalo, bien que passionnante, l'est tout autant que la découverte par le lecteur de la tragédie dissimulée derrière le divertissement et  l'injonction de l'auteur à la prise de conscience devant le traitement ignoble réservé aux indiens exterminés -terrible chapitre consacré au massacre de Wounded Knee, j'ignorais tout de cet épisode- humiliés, maltraités, condamnés à interpréter et donc à revivre devant un public hilare et vindicatif les batailles qui décimèrent leur peuple... 

Eric Vuillard a l'art et la manière de narrer les choses, de mêler en beauté les registres de langue. Sa voix tout à fait singulière m'avait déjà ravie lors de ma précédente lecture. Ici, il intercale à son récit d'authentiques photos extrêmement parlantes (indiens, soldats, portraits saisissants de Buffalo...) et choisit un mode de narration non chronologique. Il mêle les épisodes à la biographie proprement dite, propose une réflexion sur" l'essence du spectacle" et surtout, saisit le lecteur par le col, l'interroge, l'invite à réfléchir, le provoque même : "à présent, regardons. Oui, regardons de tous nos yeux, de toutes nos forces. (...) Et maintenant imaginons un instant- oh seulement un court instant- que tout ce que nous avons là autour de nous, nos maisons, nos meubles, nos frusques, notre nom même, nos souvenirs (...) tout, absolument tout pourrait nous être retiré, pris, sifflé." 

 J'aime vraiment beaucoup cet auteur, l'empathie dont il fait montre envers les sujets qu'il traite, ici le peuple indien martyrisé -ailleurs les petites gens qui renverseront la monarchie et tomberont dans l'oubli- le récit éprouvant et si fort de la fameuse bataille qui le réduisit à néant, l'émotion pure, la dimension quelque peu hugolienne de sa pensée- oui je pense à Victor Hugo quand Vuillard interpelle le lecteur, il a de cette éloquence, de cette fougue que j'aime tant chez mon cher Victor- la force du style, à la fois brutal et poétique... Tout cela m'incite à vous conseiller de le lire au plus vite.

"Les baïonnettes déchiraient les bras, ripaient sur les crânes. On braillait des ordres impossibles à entendre. Les canons tiraient sur les tentes, au hasard. Les châlits s’écroulaient, carbonisés. On courait de toutes parts. Des chariots s’effondraient sous le poids des corps. Puis les canons se mirent à tirer en direction de la plaine afin d’atteindre les fuyards.
Soudain, il n’y eut plus un bruit. Ça faisait comme un drap dans le vent. Les soldats baissèrent leurs fusils. Que se passait-il ? Le silence avait quelque chose d’effarant. Les soldats se regardaient, interdits"

 

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25 juin 2017

Gourmandises du dimanche- Pastilla au poulet

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L'anniversaire de mon p'tit mari fut fêté en pleine cagnat parisienne (la photo ci-dessus, c'est le désert marocain, comprenez l'allusion) 35 ou 36°C à l'extérieur, 40 dans ma cuisine... Pas très envie de boeuf bourguignon, c'est bizarre, non? Pourtant j'aime beaucoup ça... 

Trève de bêtises, j'ai hésité mais il m'a bien fallu cuisiner autre chose qu'une salade de pâtes ou de riz ce soir là : mon p'tit mari, c'est mon p'tit mari. Et son anniversaire, c'est une fois par an. Donc, après moult questionnements, j'ai préparé une pastilla de poulet très simple et très chic à la fois, qui cuit vite et bien. La recette et les ingrédients m'ont été fournis par Illico Fresco, une fois de plus. Le service et les produits sont de qualité, j'en suis très contente. Je ne gagne rien à vous dire ça, je précise que je paye mon abonnement, mais quand c'est bien il faut le dire !

Pour une jolie pastilla pas très grande, il vous faut :

Des feuilles de brick, deux ou trois gros filets de poulet, 3 carottes, de la coriandre (persil plat pour moi), un bel oignon, huile d'olive ou beurre fondu, eau de cuisson ( 100 ml)

Préchauffez votre four à 210°C.

Faites revenir les carottes épluchées et coupées en fines rondelles et l'oignon émincé dans un filet d'huile d'olive (un gros filet), dans une poêle ou une sauteuse. Ajoutez l'eau de cuisson et laissez cuire jusqu'à ce que le mélange soit tendre et qu'il n'y ait plus d'eau, à feu moyen. Réservez.

Parallèlement, coupez le poulet en morceaux fins et passez-le dans la même poêle ou sauteuse, pas trop longtemps car il va continuer à cuire dans le four ensuite. Pour ma part, j'ai choisi de le hacher avant de le faire revenir, j'ai un beau hachoir à viande de la mort qui tue, c'est pas pour le regarder dans le blanc des yeux. Mais faites comme bon vous semble. 

Ajoutez le mélange carottes/ oignon au poulet, plus du persil ou de la coriandre, au goût.

Dans un plat creux et rond, tapissé de papier sufurisé, déposez trois feuilles de brick l'une sur l'autre, puis la moitié de la farce. Par dessus, rajoutez une feuille de brick, puis le reste de la farce, terminez par trois feuilles de brick l'une sur l'autre. C'est très joli, on dirait une fleur. Fermez de façon hermétique (je n'y suis pas arrivée, nous n'en sommes pas morts et la farce est restée bien gentiment à sa place, sauf au moment du découpage, elle s'est un peu enfuie, mais on l'a vite rattrapée) badigeonnez de beurre fondu ou d'huile d'olive et passez au four 10 ou 15 min. La belle fleur doit être dorée et croustillante.

Voilà ! C'était pas mal, vraiment :)

Passez un bon dimanche et avant de partir en balade ou faire la sieste, allez donc jeter un oeil admiratif sur les créations des marmitonnes, c'est chez Syl que ça se passe, comme toujours.

 

                                                 

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20 juin 2017

Chanson Douce- Leila Slimani (version audio, lu par Clotilde Courau)

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"On se sent seul auprès des enfants. Ils se fichent des contours de notre monde. Ils en devinent la dureté, la noirceur mais ne veulent rien savoir" 

 J'ai longtemps hésité à lire "Chanson Douce", pour deux raisons : la première relève de la vieille rancune pour une histoire de Prix Goncourt qui a échappé en 2016 à mon chouchou Gaël Faye pour revenir à Leïla Slimani... c'est bête mais c'est comme ça. J'ai la rancune facile et idiote moi. La seconde raison est moins tordue : j'ai tellement aimé "Dans le jardin de l'ogre" que j'avais peur d'être déçue. C'est bien connu, les Prix Goncourt déçoivent parfois et les seconds romans souvent. 

J'ai donc attendu et me suis finalement laissée tenter par une offre de lecture audio : "Chanson douce" proposée par Audible, lue par Clotilde Courau. J'ai drôlement bien fait : "Chanson Douce" est une terrible gifle, extrêmement addictive. Il plonge le lecteur (l'auditeur) au coeur de l'âme tourmentée de Louise, nounou embauchée par Myriam et Paul, un couple de bobos parisiens, pour s'occuper de leurs deux jeunes enfants : Milla et Adam. Louise est la nounou idéale, efficace, d'une propreté rigoureuse, économe, bonne cuisinière, raconteuse de jolies histoires, entièrement dévouée à ses employeurs et à leurs petits. Elles les aiment tellement, ces petits- et ils le lui rendent bien- qu'elle finira par les tuer.

 Le roman commence par cette phrase terrible :" le bébé est mort".

L'intérêt de "Chanson douce" n'est pas son suspense. Un crime atroce a été commis, de cela on est informés dès le départ. Le roman s'intéresse bien plus à l'effroyable solitude d'une femme qui n'a jamais eu les moyens de ses ambitions, que la vie a toujours malmenée. L'aveuglement coupable de ceux qui la côtoient a sans doute conduit au drame que l'on sait. Myriam et Paul sentent bien quelque chose ne va pas chez Louise, un peu plus chaque jour, ils l'évoquent parfois, trouvent son attitude étrange, mais le confort domestique que sa présence apporte au couple balaie les scrupules et les interrogations, jusqu'au meurtre. Le voile est alors levé sur la personnalité détraquée de la nounou.

L'écriture est au scalpel, cinglante et juste, pas un mot de trop dans ce récit glaçant. Si Myriam et Paul, malgré un malaise diffus, sont incapables de décoder les signes annonciateurs du drame, le lecteur/auditeur attentif saura répérer les moments où le désespoir de Louise, le délabrement de son existence (symbolisée entre autre par la cabine de douche qui s'effondre et pourrit), son errance sans le moindre point de chute, sont tellement forts que la mort devient la seule issue possible.

J'ai adoré ce livre, cela va sans dire, et je voudrais souligner l'impeccable lecture qu'en fait Clotilde Courau. Entre douceur et tension, gravité mais sans excès, sa voix parfaitement posée, (pas monotone comme j'ai pu lire ici ou là, je dis bien posée !) si agréable à entendre, magnifie le roman de Leila Slimani. D'un livre excellent elle fait un chef-d'oeuvre qu'on a bien du mal à lâcher. Je suis ravie de mon choix ! Merci à elle d'avoir su porter aussi bien les mots de l'auteure.

"Paul et Myriam sont séduits par Louise, par ses traits lisses, son sourire franc, ses lèvres qui ne tremblent pas. Elle semble imperturbable. Elle a le regard d'une femme qui peut tout entendre et tout pardonner. Son visage est comme une mer paisible, dont personne ne pourrait soupçonner les abysses" 

 

 

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16 juin 2017

Etats d'esprit du vendredi :) Le come-back !

                                                                                            

                                          

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Après quelques semaines d'absence, revoili revoilou mes Etats d'Esprit, toujours sur une excellente idée de la ravissante Zenopia et du très beau Postman

 

Fatigue : chaleur éreintante, je bois de l'eau dans un mini gobelet (tous les quarts d'heure à peu près)

Humeur :  médiocre, avec quelques pointes vers le haut tout de même (quand je vais dans le bureau d'à côté prendre un coup de ventilateur)

 Estomac : une jolie tarte maison hier soir, à la tomate et à la crème de basilic. Sinon rien de bien intéressant, par cette chaleur  

Condition physique : moyenne. Fait chaud.

Esprit : aspire à la détente, au zen, au  stress free zone...peut toujours rêver

 Boulot: comment dire? Ambiance électrique, sentiment de ne servir à rien, vivement la fin

Culture : plein de choses : "Le bureau des légendes" saison 1, très bonne série qui mérite qu'on s'accroche, on la découvre sur le tard mais c'est pas grave, "57 rue de Varenne" politique fiction excellente  (ici), "Chanson douce" de Leila Slimani, version audio lue par Clotilde Coureau, très addictif. Libé tous les jours pour ouvrir mon esprit au moooooonde.

Penser à : manger des carottes, c'est bon pour le teint

Avis perso : dégagez-le c'est un fou.

message perso : dégage, tu es fou

Amitié : inébranlable, du moins j'espère

love : bientôt son anniversaire, il est beau et fort

Loulou : est très rigolo, adore les bisous dans la nuquemange des glaces, a chaud, a du mal à s'endormir, fait des misères à son Tchoupi

Divers : vers (je sais je l'ai déjà fait). Vivement  la neige. L'affaire Grégory 33 ans après.

Courses : j'attends ma box

Sortie : Honfleur en famille, ce week-end

Envie de : de m'allonger dans l'herbe, de perdre des kilos, de revoir ma pote Elisabeth, d'avoir des avis positifs et constructifs sur mes dernières nouvelles  

Zic : no stress

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15 juin 2017

Un roman anglais- Stéphanie Hochet

 

"Ce qui se passe dans la tête de sa femme lui est totalement étranger. Il n'a jamais bien compris le fonctionnement des femmes. Une femme, qu'est-ce que c'est au juste ? Un homme inversé ? Inversé de quelle façon ?"

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Non ce blog n'est pas désormais consacré au chorizo et à l'andouillette ... Il reste littéraire, même si les chroniques se sont faites plus rares ces derniers temps. Je lis, je lis et je n'écris pas, faute de temps, mes impressions. Retour aux livres aujourd'hui avec un beau roman de Stéphanie Hochet.

"Un roman anglais" raconte l'histoire d'Anna, une jeune femme mariée à Edward, féru d'horlogerie et fier de son savoir. Ils ont un petit garçon, Jack. Anna est traductrice et pour mieux se consacrer à ses travaux littéraires, elle engage une nounou, George... qui s'avère être un jeune homme, sensible, délicat et plein d'attention envers le jeune Jack. George s'attire la confiance et l'amour de l'enfant, mais aussi de sa maman, au grand dam d'Edward, rongé par une jalousie dissimulée derrière un sourire de façade. En cette période troublée que traverse l'Angleterre -nous sommes en 1917, la guerre fait rage-, le trouble envahit également cette famille, en particulier Anna, déchirée entre son amour maternel et son irrépressible désir d'émancipation, loin d'un mari qui n'aspire qu'à une vie à la mécanique monotone et bien huilée, à l'image de ses montres. 

J'ai aimé ce livre mais je ne parlerai pas de coup de foudre. L'intérêt survient progressivement, les premières pages, à l'écriture soignée, un peu terne, se lisant avec application mais sans passion. L'envol se fait pourtant à un moment précis du récit que je révèlerai pas. La lecture devient soudain bouleversante, l'écriture elle-même perd son côté compassé et témoigne de l'affolement, de la frénésie qui traversent tout à coup les personnages. Anna, jusque là discrète et soumise, flirtant avec la folie et les pulsions qu'elle tente d'étouffer (avec l'aide du paisible et tendre George) acquiert une incroyable densité, de même qu'Edward, incapable d'imaginer le plus petit dérèglement dans son existence précise comme une horloge suisse. Le grain de sable que représente George va gripper tragiquement le mécanisme...  

"Un roman anglais" est un livre qui se mérite, dont la beauté prend corps au fil des pages. Je recommande chaudement.

       "La guerre et l'horlogerie ont beaucoup à voir l'une avec l'autre. Les aiguilles s'arrêtent dans les montres et les vies sont fauchées. Mourir, c'est voir venir sa dernière heure, une lecture sur un cadran que les proches n'oublient pas"

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11 juin 2017

Gourmandises du dimanche :- riz sauté aux crevettes et salsa tomates pastèque

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Ma recette de ce dimanche n'a rien de très anglais, mais elle n'en est pas moins délicieuse :) 

Elle m'a été proposée par la box Illico Fresco et pour un soir de semaine où nous avions à la fois faim et chaud et pas forcément envie d'une salade, c'était parfait !

Les ingrédients : 1 oignon rouge, des crevettes marinées, une tomate, une belle tranche de pastèque, du riz basmati (environ 200g)

Faire revenir la moitié de l'oignon dans un peu d'huile environ 5 minutes, ajouter le riz, touillez. Ajouter l'eau (couvrir largement) et laisser cuire 10 min à feu moyen.

Pendant ce temps, couper la pastèque en dés, la tomate également, la moitié de l'oignon en tranches très fines. Mélanger, saler. Au frais.

Faire sauter les crevettes trois minutes dans une poêle chaude.

Et voilà c'est tout :)

Dans  un bol, mettre une portion de riz, quelques crevettes et la salsa. Déguster. Se régaler. Rien n'empêche de tout mélanger, mais c'est moins joli à la présentation. 

Vraiment très sympa le chaud-froid et le mélange tomates pastèque se révèle surprenant et rafraîchissant !

Bon dimanche !

                                                   

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Chez Syl, les recettes sont d'Angleterre et d'ailleurs :)

 

 

 

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