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             "Peut-être ai-je par moments le cerveau qui boite légèrement"

 

Paul Sneijder a survécu à un terrible accident d'ascenseur, qui a coûté la vie à sa fille qu'il adorait, née d'un premier mariage. Après le drame, tout devient différent. Paul se met à s'intéresser de près aux ascenseurs auxquels il n'avait jamais prêté d'attention particulière, au point d'envisager un voyage à Dubaï, où se trouve l'ascenseur le plus rapide du monde, et il prend un nouveau départ professionnel en devenant promeneur de chiens. Cette activité plaisante, au grand air, semble lui faire du bien. Mais l'épouse de Paul, une créature méchante et tyrannique, lui répète comme un mantra qu"il doit voir quelqu'un". Elle ne peut accepter ce qu'elle considère comme des bizarreries, pas plus que les affreux jumeaux de Paul, conçus avec sa deuxième femme, et que Paul n'a jamais aimés. Ce père éprouvé par la perte tragique de sa fille a hélas zéro affinité avec ses fils, qu'on a juste envie de passer par la fenêtre dès qu'ils ouvrent la bouche...

Comme j'ai adoré ce livre ! Paul Sneidjer est assurément un cas : il présente en effet toutes les caractéristiques du personnage de roman auquel on s'attache infiniment, qui nous fait rire autant que pleurer et ceci n'est pas une formule : j'ai vraiment ri de bon coeur à la lecture des péripéties de Paul (le concours de chiens est un très grand moment de littérature et d'hilarité) et j'ai aussi eu le coeur serré comme rarement.

Paul est un être à part, bien mal entouré après la catastrophe qui le frappe, et chaque coup qu'il reçoit m'a fait frémir d'indignation." Laissez-le tranquille, mais laissez-le donc tranquille ! Qu'est-ce-que ça peut vous faire, s'il a envie de promener des chiens? Il a perdu la seule personne qu'il aimait, fichez-lui la paix..." Ce sont les pensées qui m'ont traversé l'esprit tout au long de la lecture. Et cette fin... elle m'a glacée. Inattendue. Terrible.

Cela relève du génie, de pouvoir jouer aussi subtilement avec les émotions, de faire rire et d'émouvoir aussi fort dans le même temps. Et je ne vous parle pas de cette écriture, merveilleuse, à la fois élégante, recherchée et imagée. C'est si profond et si vrai qu'on se croirait aux côtés de Paul, accroché à son bras pendant qu'il balade ses chiens, respirant le même air que lui, lui chuchotant à l'oreille :"Je t'aime, Paul Sneijder. Tu es, d'ors et déjà, le personnage de roman de l'année, celui que je mettrai tout en haut dans mon traditionnel best-of au mois de décembre. ça m'étonnerait que tu aies un concurrent, mon Paul, en 2020. Ou alors je serai une lectrice vraiment chanceuse. Tu m'as vraiment touchée au coeur" (un trou en plus...)

Gros gros coup de coeur que ce roman, sans la moindre réserve, sans le plus petit bémol, un coup de coeur franc et massif, un coup de foudre qui me fait me demander pourquoi j'ai négligé de lire Jean Paul Dubois pendant toutes ces années. Il y a longtemps, j'avais adoré "Un vie française" et après... plus rien. Je vais rattraper le temps perdu. Merveilleuse perspective ! :)

 " J'étais sorti du coma. Et maintenant je remarchais en compagnie de mes chiens. Quelque chose était en train de se produire. Une imperceptible modification. Quoi qu'en pense ma femme, je retrouvais peu à peu mes esprits. Tous les soirs, à ma table, je travaillais, je lisais, je cherchais.
Un accident servait aussi à ça. À comprendre l'origine du malheur. (...) Je veux dire juger de son rôle, de sa fonction sociale et de son importance réelle. Ne pas se laisser abuser par du camouflage"

                                     

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