5072-cover-dove1-5324c5b09e2b1

" -J'ai tué un dentiste (...) un accident mais quand même.(...)

 -J'ai toujours pensé que la médecine dentaire était un métier dangereux, fit Augustus. On ne peut que s'attirer des embêtements quand on gagne sa vie comme arracheur de dents"

Je termine à l'instant le tome 1 de Lonesome Dove et je suis -sans surprise- éblouie, touchée, enchantée par ce merveileux roman qui se lit comme un rêve, nous emporte loin loin, jusqu'à la frontière mexicaine, il y a plus d'un siècle, nous fait vivre au milieu des cow-boys, des indiens, des chevaux, des serpents à sonnette et surtout nous fait rencontrer Gus Mac Crea et Call Woodrow, deux rangers à la retraite... deux types incroyables, de ceux qui marquent pour longtemps l'esprit d'un lecteur.

Gus et Call, c'est le jour et la nuit : Gus est bavard comme une pie, son camarade beaucoup moins. Le premier aime se la couler douce, le second bosse comme un dingue. Après de longues années à pourchasser les indiens, les deux compères se sont installés à Lonesome Dove, une bourgade où il fait très chaud (on est au Texas) mais où la vie somme toute, est assez paisible, rythmée par les virées au saloon pour Gus : cartes, whiskey, prostituée (au singulier, car il n'y en a qu'une), les longues soirées solitaires pour Call le taiseux, après des journées de travail acharné. Cette routine va prendre fin lorsqu'un troisième larron prénommé Jack Spoon, fait son retour. Il est paresseux, pas très courageux, mais a parfois des idées... et c'est là que commence l'aventure !

Magnifique, je vous dis : une histoire prenante, tellement bien écrite, (traduction aux petits oignons, merci mr Crevier) des personnages comme s'il en pleuvait, plus vrais que nature, qu'on croirait voir et entendre : j'ai une grosse tendresse pour Lorena, la prostituée têtue : quel caractère celle-là ! et le jeune Newt, formidable, si attachant... De l'aventure, de l'émotion, du rire, des larmes... Oui oui, j'ai eu plusieurs fois la gorge serrée : les femmes ne sont pas bien traitées, c'est sûr, elles se réduisent souvent à de la viande pour les messieurs, mais certains hommes ne sont pas à la fête non plus... n'est-ce-pas Dish ? Tu m'as fait de la peine... toi aussi July Johnson, tu es plutôt mal tombé, pourtant, tu es un brave garçon... et puis il y a Gus, le sage et génialissime Gus, qui dit des choses tellement justes et tellement poignantes... j'ai souligné, souligné, par exemple :

"quand on désire trop quelque chose, on risque d'être déçu. Ce qu'il faut, c'est apprendre à apprécier les choses de la vie de tous les jours, comme les lits douillets et le lait battu, ou les hommes bien fringants".

 ou encore :

"Eh bien Call, je crois qu'ils nous ont oubliés comme ils ont oublié la bataille d'Alamo, dit Augustus.

-Pourquoi est-ce qu'on se souviendrait de nous? (...) on n'a pas été dans le coin ces dernières années.

-C'est pas pour cette raison là, c'est juste parce qu'on s'est pas fait tuer (...) Travis, lui, il a perdu sa bataille et il entrera dans les livres d'histoire quand quelqu'un écrira sur Alamo. Si un millier de Comanches nous avaient coincés dans un ravin et nous avaient éliminés  comme les Sioux ont fait avec Custer, on écrirait des chansons sur nous pendant cent ans.(...)ça va être nous les indiens si on est encore là dans vingt ans (...)Vu comment cet endroit se développe, sous peu il y aura plus que des églises et des boutiques. Ensuite, il leur restera plus qu'à encercler les vieux bagarreurs comme nous et à les foutre dans une réserve pour qu'ils effraient pas les vieilles dames (...) Je pense qu'on a gaspillé nos meilleures années à nous battre du mauvais côté."

 Eh oui, Lonesome Dove n'est pas seulement un grand roman d'aventures, il narre aussi la fin d'une époque : les indiens et les bisons se font rares, le monde se fait urbain, les héros vieillissent et n'y trouvent plus leur compte, même si ce monde, ils ont contribué à le créer... Nostalgique, mélancolique, mais jamais sombre ou déprimant, Lonesome Dove est un chef-d'oeuvre incontournable et si j'avais Larry McMurtry en face de moi, je l'embrasserais pour lui dire merci...

Merci aussi à Cuné et Keisha, sans qui je serais passée à côté de ça !

La bonne nouvelle, c'est que le tome 2 m'attend au chaud ;))))