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"Je veux qu'on soit sincère, et qu'en homme d'honneur
On ne lâche aucun mot qui ne vienne du coeur." 

 Avant la naissance de Poupouce, j'allais souvent au théâtre. J'adorais. J'adore toujours, mais les occasions se font forcément beaucoup plus rares. 

Avec mon p'tit mari, on s'est donc offert la Comédie-Française, car puisque les occasions de sortir sont peu nombreuses, autant qu'elles soient bonnes :) Alors Molière, et la Comédie-Française, rien que ça... Et puis la salle Richelieu, refaite à neuf, c'est quelque chose. Nous étions en plus remarquablement bien placés, en corbeille, en hauteur, le pied intégral ;)

"Le Misanthrope" n'est pas la pièce la plus facile de Molière, ni la plus drôle. La mise en scène, les costumes (contemporains, ça surprend un peu) le décor qui se résume à quelques sièges, un piano, des escaliers, l'éclairage mimimal, sont à l'image d'Alceste, un austère personnage en guerre contre le monde et l'hypocrisie qu'il exècre. Hélas pour lui, il est amoureux de Célimène qui est son contraire, une coquette à la langue fourchue, aimant être entourée de galants dont elle dit pis que pendre. Alceste est au supplice de la voir se pavaner, dire du mal des uns et des autres, mais il ne peut se passer d'elle : "La raison n'est pas ce qui règle l'amour" dit-il à son ami Philinte qui s'étonne de cette attirance et tente de le raisonner.

C'était magnifique, forcément. Les acteurs sont formidables, c'est une évidence que de le dire. J'ai d'ailleurs retrouvé avec joie Eric Genovese dans le rôle de Philinte. Son rôle du Tartuffe (sexy en diable !) il y a quelques années sur les mêmes planches m'a durablement marquée (ahem...)

Le seul petit bémol concerne Célimène, dont j'ai trouvé l'interprétation un peu plate au départ, pas assez enlevée, pas tout à fait en en accord avec son personnage, surtout dans la fameuse scène jubilatoire où Célimène dézingue à tout va. Son jeu s'améliore dans la deuxième partie de la pièce, où la comédienne apparaît cheveux lâchés, vêtue d'une robe orange. Le contraste avec le gris et et le noir qui l'entourent est saisissant. Quant au décor déjà dépouillé, il n'en reste plus grand chose à la fin, à part le piano. Les masques tombent, les éléments accessoires du décor disparaissent, Célimène voit ses soupirants, victimes à leur tour de sa méchanceté, se retourner contre elle. Les personnages sont enfin mis à nus, et repartiront chacun de leur côté, Célimène ayant refusé de renoncer au monde pour suivre Alceste "dans le désert". Le désespoir du misanthrope, repoussé par tous, même par son ami Philinte, est à la fois pathétique et vraiment touchant.

On rit très peu, au final, si ce n'est au moment où Oronte débite son sonnet ridicule et attend des compliments d'Alceste qui ne viendront évidemment pas. "Le Misanthrope" est une pièce sombre, un peu inquiétante (Alceste n'est pas loin de la folie...) pas du tout datée en ce qui concerne son thème : le diktat des faux-semblants, des apparences, et l'impossibilité pour celui qui le décide d'être sincère sans se faire beaucoup d'ennemis... La mise en scène très moderne de Clément Hervieu-Léger colle parfaitement à l'actualité de ce difficile mais merveilleux texte, dont on oublie presque qu'il est en vers ! Le talent et l'aisance des comédiens y sont évidemment pour beaucoup.

Le Misanthrope, jusqu'au 23 mars 2015, durée 2h45 avec entracte

La Comédie-Française, salle Richelieu

 Cela n'a rien à voir, mais ce billet est le premier que je tape depuis un ordinateur tout beau tout neuf, l'ancien refusant depuis des mois la lettre r, le chiffre 4, l'astérisque, et l'apostrophe (rien que ça !) et m'obligeant à des copiés-collés systématiques et invraisemblables... faut-il que je l'aime, ce blog, pour avoir continué à pondre des billets dans ces conditions... Allez, je vous autorise à vous moquer ;)