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Yspadadden  a lancé une idée que je trouve chouette : publier un billet sur le livre d'un auteur le jour de son anniversaire. (pas celui d'Ys, celui de l'auteur !:)

La série commence par Philippe Roth, qui fête ses 80 ans ce mardi 19 mars. Je ne suis pas sûre de pouvoir fêter tous les anniversaires, question de timing, mais celui de Mr Roth, j'avais bien envie de le célébrer. Santé et longue vie Philip !

Je me suis régalée avec ce recueil de nouvelles génialissime : mon anniversaire à moi est encore loin, mais cette lecture fut une fête tout de même ! Mieux qu'un gros gâteau plein de crème. Ici, on fait plutôt dans la subtilité, l'humour corrosif, (ah, la tante Gladys, les parents Patimkin, je les adore ! Ils m'ont fait grincer des dents mais aussi bien rire) une certaine tendresse aussi, qui rend l'ensemble du recueil vraiment touchant, vraiment à part. Oui, ces nouvelles ont quelque chose de spécial, un univers, un ton tragi-comique, je ne sais pas... 

En tout cas, c'est spécial, vraiment spécial. 

Ce qui intéresse Roth dans ces six textes, ce sont les juifs d'Amérique, leurs choix, leurs contradictions, leurs différences intra-communautaire. Il les connaît bien, il les a sans doute beaucoup observés. Il ne leur fait pas de cadeau. Mais son oeil affûté, sans complaisance, est sans méchanceté pour autant. Elle est là, la tendresse que j'évoquais plus haut, qui n'empêche pas l'ironie parfois mordante, l'humour grinçant... mais voilà, les personnages de ces nouvelles, on s'y attache. L'histoire d'amour de Neil, je l'ai vécue avec lui. Il m'a fait de la peine, évidemment. Quand l'auteur m'attache à ses personnages, la partie est presque gagnée. Je suis une sensible, moi... 

Rien de larmoyant, pourtant. L'émotion est ténue, mais réelle. Je vous l'ai dit, on est dans la subtilité. Jusque dans l'écriture si juste,  si sobre, celle d'un excellent raconteur d'histoires, qui voit tout, comprend tout, gratte où ça fait mal, n'oublie jamais de surprendre. (ça, c'est la cerise sur le gâteau d'anniversaire ! Tant de nouvelles ne me surprennent plus, oui je suis blasée...)

Je ne savais pas que Roth était un si bon novelliste ! Il en a écrit d'autres, des nouvelles? Je vais me renseigner :-)

 Le premier texte donne le ton, même s'il diffère des autres par sa longueur(174 pages). C'est la chronique d'un échec annoncé que nous livre Roth à travers la romance que vit Neil, jeune juif peu fortuné, avec Brenda, la "pauvre petite fille riche". Ils se rencontrent, tombent amoureux, mais leur différence (sociale, religieuse, à l'intérieur d'une même communauté,  c'est le comble !) est trop importante pour que l'amour y résiste. Et puis, il y a la tradition, la famille... Un poids auquel une jeune fille juive échappe difficilement. Mais au fond, Brenda le veut-elle vraiment? :

"Tu peux rentrer chez toi- ton père t'attendra avec deux manteaux et une demi-douzaine de robes.

 -Et ma mère?

-De même.

-Ne dis pas de bêtises. Comment pourrais-je les regarder en face?

-Pourquoi ne pourrais-tu les regarder en face? As-tu fait quelque chose de mal?(...)

- Neil, ils pensent que c'est mal. Ce sont mes parents.

-Mais crois-tu que c'est mal...

-Cela n'a aucune importance."

J'ai aimé toutes les nouvelles du recueil, avec un faible pour "Le défenseur de la foi" et "Eli le fanatique" dans lesquelles les deux personnages principaux, juifs modernes et intégrés (l'un est sergent dans l'armée, le second est avocat) sont rappelés malgré eux à leur judaïté. Le sergent est manipulé par un juif qui cherche à obtenir des faveurs en faisant jouer la connivence, l'avocat est mandaté par les habitants d'une petite ville pour empêcher l'ouverture d'une école juive. Ce sont deux belles tempêtes sous un crâne que décrit Roth et dans les deux cas, la chute est formidable et vous prend à la gorge. Du grand art.

Un recueil que je recommande, forcément. C'est sûr, je n'attendrai pas le prochain anniversaire de Roth pour le lire à nouveau. 

Retrouvez les anniversaires à fêter chez Ys 

Happy-Birthday