"C'est bien gentil de s'amuser tout le temps... mais moi, j'aimerais que tu grandisses un peu ! "

 

QuartierLointainint_18112006

Hiroshi, un cadre de 48 ans, père de famille, a tendance à picoler après les heures de bureau. Alors qu'il doit rentrer à Tokyo après une réunion, il prend involontairement un train pour sa ville natale. Ses pas le conduisent vers la tombe de sa mère et il s'évanouit. A son réveil, Hiroshi a de nouveau 14 ans. Il s'affole, ne comprend pas, se persuade qu'il rêve mais doit pourtant revivre cette période adolescente au cours de laquelle son père a quitté le foyer sans explication. Cet étrange phénomène de regression va permettre à Hiroshi de comprendre les raisons de ce départ brutal et peut-être de l'empêcher...

Mazette ! Quelle splendeur que ce roman graphique ! Tellement splendide que le Japon de Taniguchi m'a poursuivie dans mon sommeil, je ne mens pas !

Les dessins sont comme toujours, d'une finesse d'expression incomparable, enrichis d'une foule de détails que mon oeil peu exercé a eu du mal à capter dans sa totalité. C'est d'ailleurs mon unique frustation concernant cet album. Le graphisme en noir et blanc, qui restitue comme dans un film le Japon, ses traditions ( la grand-mère penchée sur son métier à tisser... son doux visage, marqué par le temps mais toujours si serein...) ses commerces, ses ruelles, ses écoles, tout cela mériterait une lecture patiente. Je me suis efforcée de ne pas avaler le roman d'un seul coup mais mon avidité naturelle a hélas pris le dessus. j'ai donc certainement zappé plein de petites choses, du terrien mais aussi de l'impalpable (merci ma Claire, j'emprunte tes mots utilisés dans d'autres circonstances, mais qui collent parfaitement à mon ressenti)...

Et puis ce scénario, tellement bien ficelé, haletant, qui ne laisse rien au hasard... Emotion, suspense, poésie, gourmandise (les personnages dînent, déjeunent, c'est gustativement évocateur et les plats sont explicités dans les notes en bas de page) questions philosophiques abordées simplement mais avec profondeur sur le temps qui passe et qu'on ne rattrape plus, sauf peut-être quand on a la grâce et l'imaginaire d'un Taniguchi... tout y est. Un chef-d'oeuvre.

                 

ql3