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  "S'il voulait conserver le moindre espoir de se blanchir, il devrait laisser la noirceur entrer en lui"

      Damien North, petit-fils d'Axel North, une personnalité politique et historique, enseigne la philosophie à l'université. C'est un homme discret, effacé, au physique assez terne, dont l'existence est faite d'études et surtout de solitude depuis son veuvage. Damien n'inspire pas la sympathie, ni l'antipathie d'ailleurs. Il indiffère plutôt. Sa vie va pourtant se trouver bouleversée lorsqu'il est accusé de détention d'images pédopornograhiques. Les preuves sont accablantes. Son ordinateur en est truffé. Damien jure qu'il est innocent, mais la machine judiciaire s'emballe et le voilà condamné à de la prison ferme...

C'est le troisième roman d'Alexandre Postel que je lis ("Les deux pigeons" est chroniqué ici) et forte de mon expérience postelienne, je peux affirmer que ce jeune auteur est excellent :) il aborde ici un sujet ultra sensible, en empruntant habilement des chemins de traverse. A aucun moment, le lecteur ne peut deviner comment tout cela va tourner... et c'est vraiment très jubilatoire.

"Un homme effacé" n'est pas un énième et glauque roman sur la pédophilie (j'aurais refermé aussi sec). Ce qui intéresse l'auteur, c'est le parcours psychologique d'un homme accusé à tort d'un crime, la perception qu'en ont les gens (psychiatres, avocat, collègues, famille, voisins...) pendant l'affaire et surtout après, lorsque l'hypocrisie sociale atteint son paroxysme. Quand la vérité éclate, il est déjà trop tard. Le regard et le comportement des autres ont irrémédiablement changé (compassion exacerbée, puis le doute : il a quand même "la tête de l'emploi") et pire que tout,  Damien North en vient à douter de lui-même...

Un très bon roman donc, passionnant, efficace, et last but not least, vraiment très bien écrit. Elégant sans être pompeux, Alexandre Postel a notamment un talent certain pour baptiser ses personnages et dresser des portraits savoureux, comme celui du commissaire Estange " au fond de son visage osseux, sous des sourcils obliques, brûlaient des yeux étroits, enfoncés, bordés de petites rides. Ses lèvres, incurvées par une sorte de rictus qui ressemblait à un sourire, imprégnaient  sa physionomie d'une courtoisie narquoise. (...) North leva les yeux vers le front du commissaire au sommet duquel, entre les golfes largement dégarnis, jaillissait une touffe isolée de cheveux beiges, qui retombait, mousseuse, sur le côté."  Ou du collègue Mortemousse :" son crâne rasé, son occiput boudiné, son nez bulbeux, sa bouche en cul de poule (...) les yeux si froids, si bleus, rendus (...) démesurés par les verres épais des lunettes (...)ces yeux dont l'azur neigeux (...) donnait la sensation d'être nu.". J'aime aussi beaucoup les yeux "bleu juin" d'Anne Langlacé.

Alexandre Postel est un auteur que je vais continuer à suivre.