"Ils savaient s'ennuyer ensemble"

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Dorothée et Théodore (appréciez l'anagramme) sont jeunes et amoureux. Elle enseigne l'histoire-géographie et prépare en parallèle une thèse sur Guy Mollet, il travaille dans l'informatique, de façon plus ou moins aléatoire. Ils décident de vivre en couple, à Paris, et affrontent ensemble toutes sortes de situations à la fois ordinaires et cruciales. Comment manger? Quelles activités pratiquer pour faire bouger son corps? Tango? Ping-pong? Quelles séries regarder? Quels amis fréquenter? Faire ou ne pas faire d'enfants? Alexandre Postel nous invite à suivre le couple et ses non-péripéties pendant quelques 220 pages, à savoir une dizaine d'années. 

 Dit comme cela, "Les deux pigeons" pourraient faire s'envoler le lecteur. Et pourtant... j'ai adoré ce livre, tellement drôle, tellement actuel, tellement touchant. C'est que nos oiseaux sont l'exact reflet d'une époque, taraudée de questions existentielles et imprégnée d'un désenchantement certain. Ce qui frappe dans les expériences  que vivent Dorothée et Théodore, c'est qu'elles demeurent inabouties: ils tentent des choses, pratiquent jusqu'à l'excès et abandonnent au moindre obstacle, (écriture, sport, sexualité effrenée..) au plus petit coup de mou. Ce sont des velléitaires, qui se cherchent sans cesse et vont jusqu'à mettre leur couple à l'épreuve dans la dispute, qui leur donnent l'impression de vivre enfin.

Alexandre Postel a la plume malicieuse, cinglante et d'une précision à toute épreuve. Bon sang quelle écriture !  A la lisière du documentaire, "Les deux pigeons" parvient malgré tout à rendre attachant ce couple d'aujourd'hui, qui nous ressemble forcément un petit peu. Un bémol toutefois : La fin est bof bof, dommage. On abandonne Dorothée et Théodore, ou plutôt ils nous abandonnent beaucoup trop sèchement et le roman n'aurait pas souffert d'une centaine de pages supplémentaires. Et pourquoi pas une suite?

Merci ma Julie, je te ramène enfin ton livre :)

 " Resterait-elle donc, dans la taxinomie des gynécologues, une nullipare? N'auraient-ils jamais la joie de nommer un être, de croiser son regard, de le voir croître, parler, penser, de lui lire des histoires? Leurs Noëls seraient-ils toujours un peu plus tristes que ceux des autres?"