51En-UVqLnL                     "Les oiseaux se sont tus".

Le 11 mars 2011, le Japon est frappé par une succession de catastrophes d'une ampleur inégalée : un séisme d'une extrême violence, suivi d'un tsunami meurtrier et de l'explosion d'une centrale nucléaire à Fukushima dont les répercussions cauchemardesques se feront sentir pendant encore très longtemps.

Michaël Ferrier est français, il enseigne et réside au Japon. Il se trouve à Tokyo au moment du cataclysme. Avec sa compagne Jun, Michaël décide de traverser le pays sinistré en camionnette, afin de porter secours aux survivants. Et ce qu'il voit dépasse l'entendement... Il nous livre un récit-choc de son expérience, dont c'est peu dire qu'elle m'a bouleversée. Villages ravagés, populations décimées, amoncellement de cadavres qui pourrissent et dont on ne sait que faire, à l'égal des déchets ... cette lecture demande d'avoir le coeur bien accroché.

 Du ressenti "en direct" du tremblement de terre par l'auteur, en passant par un constat de visu des ravages du séisme et du raz-de-marée, Michaël Ferrier n'en finit pas de se révolter, dans la dernière partie du livre, contre la folie du nucléaire et la lâcheté de ceux qui en font l'apologie, ceux dont le cynisme et l'arrogance condamnent la population à une "demi-vie", celle d'après la catastrophe : rien ne sera plus jamais comme avant, on le sait, mais il faut faire comme si...

Ce "récit d'un désastre" est une merveille : le terme peut sembler déplacé compte tenu de la gravité du sujet, mais je ne peux le qualifier autrement. L'écriture de Michaël Ferrier est d'une beauté renversante, (j'ai souligné et souligné comme une dingue...) transcendant l'horreur pour la sublimer. Les odeurs, les sons, le silence même... sont décrits avec un lyrisme, une sensibilité poétique inouïs sans pour autant s'éloigner de la réalité glaçante dont Ferrier est le témoin. Précis comme un documentaire, surtout dans sa dernière partie, beau comme un poème, "Fukushima" nous envoie avec la violence d'un coup de poing l'ampleur d'une tragédie désormais hors de contrôle et dont nous sommes tous victimes.

Un lecture essentielle.

"Il ne sert à rien de regarder sa montre lors d'un séisme. Le tremblement de terre est aussi un tremblement du temps : le temps n'est plus enserré dans le cadran métallique et les mailles de la trotteuse, il a pris une existence propre. Il n'obéit plus à rien".

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"La ville est calme. A aucun moment, elle n'a cédé à la panique. Cette immense capitale verticale, entièrement construite sur une faille, a des maisons de papier et des nerfs d'acier."

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"Ecrire dans le désastre".

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"Dans un désastre, les courbes disparaissent, toute la rondeur du monde, sa douceur et son embonpoint, n'en reste plus que le tranchant."

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Merci à Laure pour cette lecture commune en ce triste anniversaire.