Ainsi naissent"Il m'est arrivé quelque chose d'affreux quand j'étais petite"

C'est en farfouillant sur le net, à la recherche de plumes féminines fantastiques et SF, que j'ai découvert l'américaine Lisa Tuttle, qui serait" l'un des écrivains majeurs du fantastique contemporain". Et zou, je me suis offert dans la foulée son recueil de nouvelles "Ainsi naissent les fantômes" dont la blogosphère dit le plus grand bien. Sept nouvelles dont la femme est le coeur. La femme et le sexe, la femme et l'amour, la femme et la mort... 

Je ressors de cette lecture un peu troublée mais pas autant que je l'espérais. La faute à Internet et à la masse de critiques élogieuses publiées sur ce recueil. La barre était sans doute trop haute...

Dans ces nouvelles, Lisa Tuttle place ses héroïnes dans des situations inextricables. Ce sont des prisonnières. "Rêves captifs" met en scène une jeune fille séquestrée. Elle s'échappe de la plus mystérieuse des façons et... Je ne peux en dire plus, cette nouvelle terrible est à mon avis la meilleure du recueil, et le reste m'a semblé un peu en dessous. La prison dans laquelle se trouvent ces femmes est aussi symbolique, elles sont prisonnières du temps qui leur échappe ("Une heure en plus"), d'un amant qui les pousse aux extrêmes, ("Ma pathologie"), d'un sortilège ( "La fiancée du dragon")... L'étrange est introduit de façon subtile, dans un quotidien des plus ordinaires. La nouvelle "Une heure en plus" illustre très bien cet enfermement dans une vie de famille accaparante. Pour s'en extraire et bénéficier d'une heure pour écrire, il faut à la narratrice un lieu pour s'isoler, arrêter le temps, inventer un lieu qui n'existe pas... 

Les sujets sont originaux, la plume sensible et limpide. Lisa Tuttle s'y entend pour créer des ambiances inquiétantes et introduire peu à peu l'angoisse et la folie. Entre cauchemar et réalité, tout est mis en place pour un basculement subtil mais implacable dans l'horreur... (Lire "Ma pathologie" pour être dégoûté à tout jamais de la maternité...) 

Je ne sais pas trop pourquoi je n'ai pas été totalement emballée par ces nouvelles, pourtant de qualité. Faut croire qu'il en faut plus pour me faire peur... Joyce Carol Oates, pour ne citer qu'elle, m'impressionne cent fois plus avec ses textes courts, vénéneux et flippants au possible. J'ose dire que je n'ai pas ici éprouvé le Grand Frisson attendu. Lisa Tuttle a un univers, c'est certain, qui ne trouve sans doute pas sa pleine mesure dans ce recueil, dont aucune nouvelle ne me laissera une impression durable (hormis "Rêves captifs" qui ouvre le recueil, vraiment remarquable). C'est peut-être là que ça pêche... une émotion forte qui perdure après la lecture et qui ici est absente. J'en ressors tout de même avec l'envie de lire d'autres textes de cette auteure, ma curiosité étant aiguisée, histoire de ne pas rester sur une impression un peu moyenne.

"Le langage (...) un virus dormant transmis par les gènes qui infiltrait l'une après l'autre les cellules du cerveau (...) qui se propageait à travers l'esprit puis en infectait d'autres au moyen de la parole, sans épargner qui que ce soit. Puis qui mutait vers d'autres formes, vers l'écriture, suscitant des effets secondaires comme les histoires, les livres, les auteurs, les imprimeries, les écoles, les blibliothèques, à travers le besoin naturel et aveugle de survivre et de se reproduire."

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