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"Tu n'a jamais rien compris à ton père"

Les "Bouquins Garnis" aiment prendre des risques. Je viens de terminer mon premier manga (au fait on dit un manga ou une manga?Voyez mon degré d'ignorance...) après avoir longuement tourné autour et interrogé ma copine Laure (risques calculés) qui m'a conseillé un Taniguchi pour commencer.

J'ai donc emprunté à la médiathèque "Le journal de mon père". Un ouvrage splendide, qui a fait disparaître tous mes préjugés sur les personnages de mangas aux yeux énormes et aux traits anguleux... (lecteurs nés dans les années 70-80, vous savez sans doute de quoi je parle) Eh non, les mangas ne racontent pas uniquement des histoires de créatures bizarres qui se trucident dans d'atroces combats... Avec "Le journal de mon père", on accède à une autre dimension, celle de l'émotion, de la délicatesse, de la subtile complexité des sentiments, tout cela illustré par un dessin magnifique, tout en noir et blanc, d'une précision extraordinaire. Une merveille, je pèse mes mots. Regardez cette belle couverture, elle annonce déjà la couleur...

"Le journal de mon père" raconte l'histoire de Yoichi. Marié, il vit à Tokyo et revient dans sa ville natale à l'annonce de la mort de son père, dont il s'était éloigné depuis de longues années. Yoichi n'a jamais compris ni accepté le départ brutal de sa mère qui les a abandonnés sa soeur et lui lorsqu'il était enfant, puis le remariage de son père avec une femme qui n'avait pourtant rien d'une marâtre. Yiochi prend ses distances avec sa famille, mijotant un départ anticipé de la maison...

A l'occasion de son retour à Tottori, lors de la veillée funèbre,Yoichi revisite son histoire, au travers des récits familiaux et de ses propres souvenirs... de sa petite enfance, jouant dans le salon de coiffure de son père, au terrible incendie qui ravage Tottori et renforce la mésentente entre ses parents,en passant par l'adolescence où Yoichi tente d'oublier son désarroi en se lançant à corps perdu dans le sport, c'est une toute une vie que Taniguchi dessine. C'est passionnant et instructif. On apprend beaucoup sur le Japon, sur les us et coutumes nippones : un bonheur pour les yeux que ces dessins aux allures de gravures soignées, si minutieuses, et ces visages... tellement doux et expressifs. Hormis la haute qualité du graphisme, "Le journal de mon père" élabore toute une réflexion sur la famille, sur ce qu'on croit connaître de l'autre. Yoichi s'est certainement trompé sur son père, arc-bouté depuis toujours sur l'image d'un homme distant et peu aimant. Ce qu'il découvrira le changera à jamais. A travers l'histoire de Yoichi, Taniguchi nous enjoint avec délicatesse et sans leçon de morale, à aimer les êtres qui nous sont proches et à regarder au delà des apparences, avant qu'il ne soit trop tard...

Coup de coeur !

                                         

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