41sbtWDkqLL"Il a perdu ses filles, mais il a également perdu le souvenir de les avoir perdues"

Ann, professeur de piano et de chant, est mariée à Wade. Ils s'aiment, mais Wade est atteint de démence sénile, un mal dont son père souffrait aussi. Il perd peu à peu la mémoire, devient parfois violent et tend à oublier le drame effroyable survenu lors de son précédent mariage. Un acte monstrueux commis par Jenny, sa première femme, condamnée depuis à la prison à perpétuité. Des circonstances de ce drame, on sait peu de choses : la mémoire de Wade qui flanche rend les souvenirs obscurs et fantasmés par Ann, obsédée par la reconstitution des événements de cette terrible journée de1995.

Idaho est un livre étrange, long et prégnant: la narration, éclatée, navigue entre 1995, année du drame, 2006, 2009, 2025... et fait intervenir différents protagonistes, plus ou moins proches de Wade et Jenny, témoins passifs de la fameuse journée, nous ramène aux premières années du couple, la naissance des enfants, June et May, la prison pour Jenny, son amitié avec Elizabeth- personnage incroyable- sa compagne de cellule.

J'ai aimé cette lecture, percutante et sombre, poétique (on n'est pas loin du nature writing par moments, la nature et les grands espaces enneigés occupent une large place dans le récit ) très bien écrite, malgré quelques bizarreries de traduction, mais je n'en ferai pas un coup de coeur. Trop de questions sans réponses, trop de personnages annexes qui m'ont éloignée du coeur de l'histoire : la raison du drame, l'explication... une toute petite... même pas. Ou alors je ne l'ai pas vue. Je suis restée dans le flou -volonté de l'auteure sans doute, en écho à la mémoire flottante de Wade- et du coup parfois, un peu à l'extérieur. Le talent certain d'Emily Ruskovich fait que l'on ne se perd pas, en dépit des fluctuations temporelles, tout est en place, les dates, les lieux... même si j'ai tiqué à un moment précis, car malgré mes efforts, je n'ai pas réussi à faire le lien avec ce qui m'était racontée et l'ensemble du roman. Je vais relire une énième fois le chapitre en question et invite les lecteurs de ce livre à me contacter en privé pour qu'on cause :)

Enfin, ce qui importe, c'est de lire ce roman en prenant son temps, avec attention, pour pouvoir l'apprécier à sa juste mesure. Quelques scènes sont saisissantes (Wade, sa femme et ses chiens...) et j'ai particulièrement aimé les passages évoquant l'enfance, les jeux, les chamailleries et l'amour-haine entre les deux soeurs, qui sont de toute beauté.

"Le sens, c’est comme la musique : ça accroche, ça dérive. Ça part, ça revient. Les refrains, les phrases, les noms de bateaux qui passent. Ça me trotte dans la tête, ça me trotte dans la tête. La façon dont les histoires s’attachent à des mots, dont les mots s’attachent à des rythmes vulnérables, à des mélodies impressionnables (...) La musique s’accroche comme la peur, comme l’amour"

 

Cuné a énormément aimé. Ma copine Pousse a trouvé elle aussi de grandes qualités à ce premier roman.