390000111-inviteHier soir, j'étais au théâtre Antoine avec mes copines pour une représentation de la pièce « Inconnu à cette adresse » adaptée du somptueux petit bouquin de Kressman Taylor. Pour ceux qui le ne connaissent pas, il s'agit d'une correspondance entre deux hommes unis par une profonde amitié. Max vit en Amérique, Martin en Allemagne. L'un est juif, l'autre pas. L'arrivée d'Hitler au pouvoir va peu à peu modifier leur relation, lorsque Martin se laisse peu à peu contaminer par la folie antisémite du Furher...

Ceci n'est qu'un minuscule résumé de ce chef-d'oeuvre incontournable, de ceux qui vous font dresser les cheveux sur la tête et vous donnent envie de pleurer. Le mettre en scène n'est pas une mince affaire, me suis-je dit en réservant les places.

La pièce que j'ai vue hier soir, jouée par Bruno Solo et Samuel Lebihan, était pourtant largement à la hauteur du texte... même si à mon grand étonnement, il n'y avait ni Thierry Lhermitte ni Patrick Timsit sur scène, comme on le croyait. Je suis abonnée à ce genre de surprise, on dirait. Sauf que cette fois, c'est moi qui avais mal regardé... Lhermitte/Timsit, c'était en mars. Ouvre les yeux, Béa, c'est écrit en lettres minuscules, là, tout en bas, sur l'affiche... 

Passée cette déception, (j'ai fait "gloubs" quand même, je me suis dit « je suis maudite, c'est jamais les acteurs que j'veux qui sont sur scène, pourquoi pourquoi ça n'arrive qu'à moi ») j'ai vite été captée par l'interprétation remarquable des comédiens.

La mise en scène est très sobre. Elle met en lumière tour à tour les deux protagonistes et les échanges joyeux du début prennent, lettre après lettre, la tournure effrayante que l'on sait... de Bruno Solo (Max), atterré, désespéré, puis froidement déterminé ou Samuel Lebihan (Martin), sourd aux appels de son ami, hagard, fanatique, je ne saurais vous dire lequel m'a le plus emportée. Des frissons, comme à la lecture du livre, j'en ai eu beaucoup, ce qui fait largement oublier les quelques petites hésitations de Samuel Lebihan sur le texte. (mais oui Solange je t'assure, on les oublie, les crachotements aussi ...) Moi quand j'aime, je pardonne tout. Je voudrais également souligner la portée de ce texte qui date de 1938, à l'heure où une certaine personne totalise presque 20% d'adhésion à une élection nationale- et où les néo-nazis font leur entrée -très tranquillement je trouve-, au parlement grec…

 Un seul regret : la pièce est trop courte ( à peine plus d'une heure) et les spectateurs parisiens sont décidément bien froids. J'ai dû réfréner mon envie de grimper sur les fauteuils pour applaudir à deux mains, ça aurait fait désordre, au milieu des quelques« clap clap » polis...


Je propose cette pièce pour le challenge "En scène !" de Bladelor.

 

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