images-1Chouette, un recueil de nouvelles. Vous qui me lisez, peut-être avez-vous remarqué que c'est un genre que j'affectionne particulièrement. Cette fois, c'est un recueil de Peter Stamm que l'on m'a gentiment prêtée  (même si la personne n'a aucune chance de passer par ici, je lui dis encore une fois merci!) et qui m'a tenu toute la semaine, pour des raisons diverses et variées, la principale étant une certaine lenteur dans le rythme de ces dix textes. Je me suis donc adaptée. :-)

Plus sérieusement, mon sentiment sur ce recueil est en demi-teinte, tout comme les personnages de ce recueil. Ce sont des gens ordinaires, un brin mélancoliques, qui prennent le bus, le train, partent en vacances, se perdent (volontairement) dans la forêt, donnent des cours de piano... des hommes, des femmes, vieux, jeunes, malades ou en bonne santé, seuls souvent, en couple parfois mais seuls quand même. Un peu (un tout petit peu ) à la marge. Peter Stamm nous décrit leurs vies, leurs gestes, leurs déplacements, dans une langue simple, sans chichis, dans un cadre situé autour du lac de Constance mais qui au final n'a pas grande importance (il est à peine mentionné) Ces gens pourraient tout aussi bien vivre ailleurs...

Rien que de l'ordinaire, semble t-il. Sauf que ce n'est pas tout à fait ça. Dans ces nouvelles, le lecteur travaille. A lui d'être attentif, de saisir le petit "je ne sais quoi" qui fait basculer... Il faut lire entre les lignes, voir"au-delà du lac"... Quelque chose se passe, on n'est pas loin de l'étrange parfois. Dans la première nouvelle, Les estivants, ma préférée, on y est carrément. Un homme séjourne dans un hôtel. Il rencontre une femme. Dans cet hôtel, le client est livré à lui-même. Il mange des raviolis en boîte pendant tout son séjour et il les mange froids, parce qu'il n'y a pas de courant...

"Elle ne faisait ni le ménage, ni la vaisselle, même mon lit je devais le faire moi-même. Son seul travail consistait à ouvrir des boîtes de conserve et à mettre la table. Une seule fois, j'ai fait la remarque qu'on m'en donnait vraiment peu pour mon argent. Le visage d'Anna s'est rembruni. Elle m'a dit que je ferais mieux de m'interroger sur ma propre façon de percevoir les femmes plutôt que sur celle de Gorki. ça n'a rien à voir, ai-je rétorqué, le moins à quoi on puisse s'attendre dans un hôtel, c'est tout de même d'avoir l'eau et l'électricité. On vous en donne beaucoup plus, a répliqué Ana sèchement."

Dans une autre nouvelle, également très réussie, un couple se trouve confronté à la mort d'une façon inattendue (La force des choses). Autre couple, autre texte : Une femme est dans le coma et son mari lui rend visite, jusqu'au jour où... (La valise) Les situations sont bien campées, ancrées dans le quotidien. Ces gens que décrit Stamm, c'est vous, c'est moi, en tout cas ça pourrait l'être. 

Quelques belles nouvelles donc. De la force sous l'apparente platitude. Du tragique même. Dommage, toutes ne m'ont pas convaincue. Sans doute parce que les deux premières nouvelles sont mes préférées et que le reste m'a du coup semblé un peu en dessous... Certains textes m'ont laissé froide, d'autres carrément perplexe (Dans la forêt). Je n'y ai pas trouvé le "petit je ne sais quoi" dont je parlais plus haut, et pourtant j'ai cherché... d'où ma critique un peu mitigée sur l'ensemble de ce recueil. Bon... ma curiosité a quand même été suffisamment titillée pour que je revienne vers Peter Stamm, un de ces jours.