Vers-la-beaute

 

 "Il ne parlait jamais de lui et arborait sans cesse une mine de fin novembre."

Antoine Duris est enseignant aux Beaux-Arts à Lyon. Il exerce son métier avec passion et nul n'était préparé à le voir brusquement tout quitter pour devenir gardien de salle au Musée d'Orsay. Face aux tableaux, en particulier ceux de Modigliani, il semble retrouver un peu de sérénité. Antoine a vécu une rupture et d'autres choses, bien plus traumatisantes, que l'on découvrira peu à peu, qui pourraient expliquer son besoin de beauté pour continuer à vivre...

Ah là là, ce David Foenkinos est décidément épatant. Après Deux soeurs , navet formidable et désopilant, je n'étais pas fâchée au point de renoncer à le lire définitivement. Je ne suis pas rancunière et cet auteur m'a rendue  heureuse bien des fois ("La délicatesse", "Nos séparations"...)

C'est que le bonhomme est capable du pire (précédemment cité) comme du meilleur : "Vers la beauté" appartient clairement à la seconde catégorie. Voilà un livre à la fois doux et âpre, lumineux et sombre, avec toujours, cet humour déséspéré à la Foenkiki, et ce sens de la formule très personnel qui fait sourire mais pique aussi un peu les yeux... Le personnage d'Antoine, et encore plus celui de la jeune artiste Camille, dont les histoires sont liées par un drame dont je ne dirai rien  m'ont singulièrement touchée. Il y a de la force et de la profondeur dans ce livre-là, une délicatesse que j'ai eu plaisir à retrouver et qui était une des raisons pour lesquelles j'aimais David Foenkinos à ses débuts. Ce côté lunaire et doux. Sauf qu'ici, tout n'est pas doux, loin s'en faut. La réalité qu'ils tentent de fuir se rappelle aux personnages avec une brutalité inhabituelle chez Foenkinos.

En bref, ce roman sur l'art, la beauté vécue comme une nécessité, l'amour et les gens qui souffrent et s'en sortent (ou pas), est un petit bijou.

"De sa position assise, il allait découvrir la sociologie humaine. Certains ne disaient pas"j'ai visité le Musée d'Orsay" mais "j'ai fait Orsay", un verbe qui trahit une sorte de nécessité sociale; pratiquement une liste de courses. Ces touristes n'hésitaient pas à employer la même expression pour  les pays :"J'ai fait le Japon l'été dernier..." Ainsi, on fait les lieux maintenant. Et quand on va à Cracovie, on fait Auschwitz."