51Vyfc65tuL"Personne n’a envie de mourir. Tout le monde veut vivre. Seulement, à certaines périodes de notre vie, ça devient juste impossible."

Sarah, bientôt quarante ans, séjourne au Japon. Elle est sur les traces de Nathan, son frère qu'elle adorait et dont la mort (accident ou suicide, on ne sait pas) l'a laissé anéantie. Ce voyage est l'occasion pour Sarah d'une remise en question profonde, sentimentale, professionnelle, un retour sur une vie qui soudain a perdu son sens. Son "si gentil mari", ses enfants qui grandissent et deviennent des étrangers, son travail aussi (elle a été licenciée), tout l'insupporte, lui fait mal ou l'indiffère. Très loin de chez elle, Sarah rencontre Natsume, un ancien policier qui tente d'empêcher les désespérés de se jeter du haut des falaises, et qui a bien connu Nathan...

"Le coeur régulier" est un livre pénétrant. Je l'ai écouté longuement, en prenant mon temps. Il est très sombre et j'ai eu besoin, souvent, de faire des pauses. Tant de tristesse à haute dose, je n'aurais pas pu. Et puis les phrases longues, percutantes, l'écriture si juste et si précise d'Olivier Adam, les descriptions des lieux, (un Japon très onirique, envoûtant) des gens, se méritent, se dégustent, je me suis repassée plusieurs fois certains passages pour être sûre de ne rien manquer (l'attention se détourne parfois). Ce n'est pas un roman si simple à entendre, il est riche de mots et de sens, et ses retours en arrière peuvent être déroutants. Heureusement la lecture qu'en fait Christine Boisson, de sa voix profonde et grave, est remarquable. Certaines critiques que j'ai pu lire ici ou là reprochent à ce livre de "manquer de virgules". Cela ne se sent pas à l'écoute, (à l'écrit, ça aurait pu me fatiguer) la comédienne y donne du souffle, de la ponctuation, de la force et de la douceur et finit par rendre Sarah attachante. Ce n'était pas gagné, elle a tendance à se regarder le nombril, Sarah, à trop fumer, à oublier que les autres (à commencer par ses enfants) souffrent aussi ("le gentil mari" en prend plein la tête, il est d'une patience)... Pourtant j'ai aimé ce personnage, touchant et vrai. J'ai aimé ce livre et j'aime de plus en plus Olivier Adam :)

"Romain et Anaïs étaient devenus de longs adolescents dégingandés et mutiques, fuyant mes baisers et se soustrayant à mes étreintes comme à mes questions, s’enfermant dans leurs chambres dès que je rentrais du travail, je les regardais il nterdite, me demandant où avaient bien pu passer mes enfants et leurs yeux dévorants, suspendus au moindre de mes gestes à la moindre de mes paroles, me couvrant de leurs lèvres me répétant qu’ils m’aimaient à longueur de journée. J’avais beau les regarder et tenter d’établir une continuité entre mes tout-petits lovés contre moi sur la plage, dans le lit ou le canapé et ces étrangers qui vivaient dans ma maison et n’attendaient plus de moi que des repas chauds, du linge propre, de l’argent de poche et des autorisations de sortie les plus larges possibles je n’y parvenais pas, c’était une chose déchirante et secrète, un sentiment d’une perte impossible à partager, un deuil sans objet qui laissait en moi une nostalgie glacée, un froid polaire, un désert." 
Livre édité par Audiolib (2011)