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Samir Tahar a tout réussi, du moins en apparence : c'est un avocat brillant, un homme au charme irrésistible, marié à la fille d'un homme fortuné et influent. En Amérique, bien loin de la cité glauque en banlieue parisienne où il a grandi, il est devenu Samuel Tahar, empruntant sans vergogne l'identité juive et l'histoire de son ami d'enfance. Samuel (le vrai) semble au contraire avoir tout raté, à commencer par sa relation avec la belle Nina. Nina et Samir se sont passionnément aimés, par le passé, pourtant Nina est restée auprès de Samuel, pour de mauvaises raisons. Vingt ans après, son souvenir brûlant continue de hanter Samir. Forcément, ces trois là vont se recroiser...

Quel roman étourdissant ! Il m'a été impossible de le lâcher, j'ai été scotchée, embarquée dans cette histoire au demeurant pleine d'excès, d'invraisemblances, c'est paradoxal, je n'y ai pas complètement cru, je me suis souvent dit « là c'est trop », malgré cela, je me suis régalée. J'ai adoré l'écriture de Karine Tuil, son énergie, sa virulence, tous ces mots qui se bousculent, s'entrechoquent, se déclinent à l'aide de barres /. Pourquoi choisir entre les mots? La langue est si riche ! Celle de Karine Tuil foisonne, bouillonne, on en prend plein la figure. Enfin, voilà une auteure qui ne se cache pas derrière son petit doigt lorsqu'elle parle de sexe, de drogue, de fanatisme religieux, de discrimination, de violence dans les banlieues, de la difficulté d'écrire, d'être juif ou arabe aujourd'hui... Oui, tout ça et plus encore, dans un seul roman. Et puis, il y a toutes ces vies inventées, notes en bas de page qui donnent corps à des personnages secondaires et même ultra secondaires, un concierge, une secrétaire, un policier, un videur de boîte de nuit... jubilatoire !

 

Pas tout à fait un coup de coeur comme l'avait été Six mois six jours (l'un des tous premiers de ce blog !) mais du bon, du très bon roman.

"Ecrire, c'était trahir. Il avait toujours considéré que la littérature n'avait pas vocation à être légitime, utilitaire, morale, qu'elle crevait d'être pure, propre sans tâches."

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"C'était dans cet espace là, cette zone ronceuse, hérissée d'épines, où chaque mouvement vous expose à la blessure, aux réactions révulsives, à l'infection généralisée (...) dans la fange, c'était là et pas ailleurs que s'enclenchait le mécanisme de l'écriture, avec ses risques d'explosion, de fragmentation et de destruction, sans déminage possible. Au delà, dans les étendues parfaitement balisées, taillées à la serpe, on vivait bien- mais sans se salir les mains. Ecrire, c'était avoir les mains sales."

Encore une fois, merci à Cuné ! Son billet est ici.

 

Une belle pépite pour le challenge de ma copinaute Galéa

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