imagesMaria est une fillus de anima. En Sardaigne, c'est le nom qu'on donne aux enfants échangés par leur famille d'origine contre un peu d'argent. Adoptée par la couturière Tzia Bonaria Urrai,  la jeune Maria va découvrir les étranges pratiques auxquelles se livre sa nouvelle mère, qui n'est pas seulement couturière. Quand la nuit tombe, Tzia se glisse dans les maisons et devient l'Accabadora....

Et si j'en dis plus, je gâche tout alors je me tais. Michela Murgia fait revivre dans ce  court roman une Italie des années 50 au charme ancestral, bruissante du cri des pleureuses dans les cimetières, une Italie magique et colorée, aux parfums de citron, d'amande et de raisin, "gros comme des oeufs de caille" et au "jus aussi noir et sucré que le boudin", que j'ai parcourue avec plaisir pendant 180 pages. Avec plaisir seulement, car malgré la plume délicatement poétique de l'auteur, qui n'est pas sans rappeler une certaine Milena Agus,  "Accabadora" ne m'a pas transportée. Le propos est pourtant loin d'être aussi léger qu'il y paraît, le talent de conteuse de Michela Murgia est certain, certaines scènes sont particulièrement jolies et amusantes (la petite fille qui remplit ses poches de cerises, qui plonge son nez dans la fourrure de la pharmacienne, c'est mignon comme tout) mais voilà... je suis restée sur le seuil. "Accabadora" est un joli roman, juste un joli roman. 

"C'était elle qui se mariait ce jour-là, et non Bonaccatta, car dans ce monde mystérieux composé de reflets, le regard du marié s'était posé sur son visage telle une main sur un amaretto parfumé. Mais la gamine de la glace n'était pas encore une fiancée : sa jeune poitrine pressait contre son chemisier à fleurs délavé avec une grâce que l'étoffe fine ne parvenait même pas à souligner. Obéissant à un élan de rage, elle déboutonna ce corsage à la recherche d'une promesse de féminité plus flagrante. Or ses doigts ne révélèrent qu'une peau au grain doux et encore enfantin, sur laquelle brillait incongrûment la chaîne de baptême, pareille à une blessure dorée. Ils dénudèrent les contours timides des seins pour les suivre jusqu'à leur petite extrêmité, où ils durent s'arrêter. La déception enpêcha Maria de remarquer la grâce de son buste frêle : elle ne vit dans les côtes apparentes, qu'une pauvre esquisse de femme". (p.59)

Retrouvez les billets de Zazy, Clara, Asphodèle... bien plus emballées que moi.

 

Ce livre fait partie de la sélection "Points" :

 

 

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Deux challenges, ceux de Sharon et Litote :

Lecture

 

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