la-liseuse

 J'ai déjà évoqué ici Paul Fournel que j'aime beaucoup et dont les nouvelles sont tellement belles... (Aaaah "Les grosses rêveuses"... tout le monde devrait connaître ce recueil, pour ma part je l'ai lu au moins trois fois. Je rêve d'écrire un jour des nouvelles aussi délicieuses. Il n'est pas interdit de rêver :)) J'étais donc très heureuse de découvrir son roman "La liseuse", réservé depuis quelque temps à la médiathèque. 

Robert Dubois est un vieil éditeur dont la maison d'éditions ne marche plus très bien. Il se voit donc contraint de revendre ses parts à un certain Meunier, jeune blanc-bec dont la littérature n'est pas le principal souci. Robert est sommé de se mettre à la page... numérique, et se voit remettre une liseuse. Vade retro? ou pas?

Ceci est le point de départ de ce roman charmant, doux-amer, plein d'humour et de nostalgie, un roman sur l'amour des livres, et qui pourtant m'a laissé froide. Je serais incapable d'expliquer pourquoi... grande est ma déception de n'avoir pas été davantage emballée. Pourtant l'écriture est malicieuse, les dialogues nombreux et savoureux, c'est du Paul Fournel, intelligent, gourmand, touchant ... mais voilà. Je m'attendais sans doute à autre chose, à un roman davantage axé sur la découverte de la liseuse, comme objet à apprivoiser. Ce thème est secondaire ici, malgré quelques jolis passages et un titre un peu trompeur. Ce qui intéresse surtout Paul Fournel, c'est l'évocation du monde de l'édition, tel qu'il a été et n'est plus. Nostalgie, quand tu nous tiens...

Tout cela est sympathique mais ne m'a pas passionnée.

Tant pis pour moi.

A noter la fin du roman particulièrement émouvante, et des pages pleines de gourmandise, qui méritent de faire figurer "La liseuse" au challenge de Syl.

Et j'allais oublier : en bon Oulipien, Paul Fournel s'est imposé une contrainte tout au long du texte. Celui-ci est écrit sous forme d'une " sextine, forme poétique inventée au XIIe siècle par le troubadour Arnaut Daniel". Explication dans les dernières pages...

Extraits:

"Elle est noire, elle est hostile, elle ne m'aime pas. Aucun bouton ne protude au-dehors, aucune poignée pour la mieux tenir, pour la balancer à bout de bras comme un cartable mince (...)
Je la pose sur le bureau et je couche ma joue dessus. Elle est froide, elle ne fait pas de bruit, elle ne se froisse pas, elle ne macule pas. Rien ne laisse à penser qu'elle a tous les livres dans le ventre. Elle est juste malcommode : trop petite, elle flotte dans ma serviette, trop grande, elle ne se glisse pas dans ma poche. 
En fait, elle ressemble à Meunier, le grand patron. Elle est inadaptée."
 
                                                                    ***
"L'artichaut est un légume de solitude, difficile à manger en face de quelqu'un, divin lorsqu'on est seul. Un légume méditatif, réservé aux bricoleurs et aux gourmets. D'abord du dur, du charnu, puis peu à peu du mou, du plus fin, du moins vert. Un subtil dégradé jusqu'au beige du foin qu'un dernier chapeau pointu de feuilles violettes dévoile. La vinaigrette qui renouvelle son goût au fil des changements de texture. Un parcours que l'on rythme à sa guise. Rien ne presse dans l'artichaut."
D'autres avis chez Laeti, Keisha, Cathulu, Ys, Clara...
 

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