41k-lLFM+1L"Les yeux de ceux qu'on aime ne sont pas plus transparents, parfois, que ceux des passants qu'on croise"

Cora Salme, trentenaire, épouse de Pierre et maman d'une petite Manon, retrouve le chemin de l'entreprise Borélia après son congé maternité. La compagnie d'assurances qui l'emploie a été rachetée et vise la modernité  : restructuration, nouvelle politique managériale à la dure... La vie de Cora change, comme la société toute entière dont Borélia est le reflet. De plus en plus, Cora est aspirée par un nouveau mode de fonctionnement dangereux pour sa santé, physique, mentale... jusqu'au 8 juin 2012.

Ouchh... ce livre.  Sa lecture fut rude et longue. Les cent premières pages laborieuses, extrêmement détaillées, semblant partir dans tous les sens sauf dans celui qui m'intéressait, à savoir la vie de Cora, m'ont faites tiquer au point de penser à lâcher. En gros, je n'aimais pas ce que je lisais. Qu'est-ce-que j'en ai à faire moi, de l'historique de Borélia, les chiffres, les dates, le vieux patron etc, sur des dizaines de pages? Strictement rien. Soupirs. Exaspération. J'ai déjà abandonné "Défaite des maîtres et possesseurs" du même auteur. Vincent Message n'est sans doute pas pour moi.   

Et puis, il s'est passé quelque chose qui m'a fait poursuivre, un truc personnel, une sorte de défi dont il est inutile de parler ici, qui a relancé la dynamique. Relancer, que dis-je, propulser ! Et là... 

Je ne peux rien dire de plus, mais "Cora dans la spirale" est un grand roman, poétique, dense, un de ceux qui marquent, où tout se tient malgré les apparences de grand foisonnement et les étonnantes digressions, un roman du désespoir qui m'a troué le coeur, c'est le mot. Si si, regardez, j'ai un trou dans le coeur depuis que j'ai terminé cette lecture...

 "Cora dans la spirale" est un roman du désespoir, celui de Cora qui court à sa perte, mais aussi celui d'un monde où seul le profit compte, un monde qui a perdu la capacité de rêver, d'aimer, de regarder et de prendre soin de l'autre (je pense à Nadège, la collègue de Cora, mise au ban car ne faisant plus l'affaire et dont Vincent Message dresse un portrait bouleversant) mais roman lumineux s'il en est : la lumière est bien là quelque part... Dans le beau personnage de Cora, à l'existence fracassée, dans celui de Maouloun, l'exilé, dans ces liens qui tout à coup se révèlent et laissent le lecteur pantois- extraordinaire surprise que je n'ai pas vu venir- dans cette fin magnifique et si émouvante.

Dire que j'ai failli passer à côté.

"Raconter prend ce tour là parfois : retenir aussi longtemps que possible les choses qu'on a du mal à dire, le temps d'essayer de comprendre ce qui les a provoquées, pourquoi elles nous hantent sans répitn et pour finir les révéler, parce que le moment est venu, mais en sachant d'avance que cela ne nous en débarrassera pas."