"Ma vie ne sera plus jamais la même depuis l’usine"

A-la-ligne

C'est l'histoire d'un ouvrier intérimaire, travailleur social dans une ancienne vie, qui a tout quitté pour vivre avec la femme qu'il aime, en Bretagne. Aujourd'hui, il bosse à l'usine : le dos est en miettes, les horaires décalées, les tâches s’enchaînent, harassantes, abrutissantes, se répètent à l'infini, les crevettes, les bulots, les bulots, les crevettes, et puis le travail dans un abattoir... le sang, les viscères, les carcasses, les odeurs, agressives, infâmes... l'homme n'a pas le choix, il faut bien travailler. Il pourrait devenir fou, sombrer dans la dépression ou tout simplement s'écrouler d'épuisement.

Mais cet homme écrit. Les mots sont pour lui comme autant de petites lueurs dans la nuit, de raisons d'espérer et de tenir debout. La littérature -Hugo, Apollinaire, Dumas...- dont il est nourri depuis toujours, transcende la laideur de la tâche, la monstruosité de l'usine. En vers libres, Joseph raconte ce quotidien, éreintant jusqu'à absurde, et nous offre "A la ligne", ce petit livre miracle, tout en rythme, sans point, sans temps mort, juste des mots pour dire la souffrance mais aussi l'amour (pour une épouse, pour une mère) l'amitié, la solidarité... toute la vie de Joseph Ponthus.   

Livre miracle pour l'auteur, qui trouve dans l’écriture une formidable échappée à ses journées sans fin et sans répit mais aussi pour le lecteur, qui ne tient pas souvent entre les mains de tels ovnis littéraires. C'est peu dire que j'ai été touchée par le passage de l'auteur à la Grande Librairie et plus encore par ce bouquin étincelant qui m'a totalement embarquée. En général, les éloges unanimes me rendent méfiante. Force est de reconnaître qu"A la ligne" comme "Le lambeau" l'an dernier, aura du mal à trouver concurrence...

Ce gros coup de coeur pourrait fort bien se passer de commentaires - on va tous dire qu'on aime ce livre et c’est tant mieux !- mais je ne vais pas me priver de vous en livrer quelques extraits, qui valent mieux qu’un long discours :

     

"La vraie et seule liberté est intérieure
Usine tu n'auras pas mon âme
Je suis là
Et vaux bien plus que toi
Grâce à toi
Je suis sur les rives de l'enfance
Pas un mort n'était encore venu obscurcir ma vie
Je suis chez ma grand-mère"

 

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Ce n'est pas du Zola mais on pourrait y croire
On aimerait l'écrire le XIXe et l'époque des ouvriers
héroïques
On est au XXIe siècle
J'espère l'embauche
J'attends la débauche
J'attends l'embauche
J'espère

   

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Attendre et espérer
Je me rends compte qu'il s'agit des derniers mots
de Monte-Cristo
Mon bon Dumas
"Mon ami, le comte ne vient-il pas nous dire
que l'humaine sagesse était tout entière dans ces
deux mots : Attendre et espérer !

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Lecture commune avec mon amie Laure : bon retour sur ton blog !

Première participation au challenge"rentrée littéraire de janvier" de Joëlle