Dans-le-jardin-de-l-ogre

"Les gens insatisfaits détruisent tout autour d’eux".

 

Avec Leïla Slimani, j'ai décidé de commencer par le commencement, même si "Chanson douce" , prix Goncourt 2016  à la place de Gael Faye m'attend depuis sa sortie. "Dans le jardin de l'ogre", d'après moi, vaut sacrément le détour. C'est ce qu'on appelle un livre coup de poing, une oeuvre littéraire moderne dans son écriture et son sujet : une femme bien sous tous rapports, gentiment mariée à un homme honnête et amoureux, maman d'un petit garçon, mais totalement esclave de ses pulsions, ou quand le sexe devient addiction et douleur...

Aucun jugement, aucune tentative d'analyse psychologique dans ce roman : des faits bruts, captivants, extrêmement bien racontés, dans une langue formidable, lapidaire, sans un mot de trop. Aucune vulgarité non plus, malgré un sujet brûlant où le dérapage est attendu à chaque page. C'est cru, mais jamais gratuit. Lecteur voyeur passe ton chemin, ici le sexe est vécu comme un enfer, l'orgasme une tentative de combler la vacuité et d'occulter le profond mal-être du personnage principal. Pas très excitant.. mais fort, très fort.

Adèle fait mal, elle fait peur aussi. Mariée à un homme gentil mais quelque peu atone, qui ne voit rien n'entend rien veut un deuxième enfant et puis c'est tout, elle se donne à n'importe qui au mépris de toute prudence, et j'ai craint le pire... surtout pour son enfant, qu'elle aime mais qu'elle néglige, qui n'est qu'un poids encombrant quand Adèle est envahie par sa libido et la nécessité impérieuse de la satisfaire. Cet aspect là du roman m'a particulièrement mise mal à l'aise, mais Leila Slimani ne fait grâce de rien : la maternité, les relations conjugales, le boulot, tout part en vrille. Jusqu'à la fin qui m'a laissé médusée...

Un premier roman formidable et dérangeant, une vraie claque. J'en redemande.

 

"L’érotisme habillait tout. Il masquait la platitude, la vanité des choses. Il donnait du relief à ses après-midi de lycéenne, aux goûters d’anniversaire et même aux réunions de famille, où il se trouve toujours un vieil oncle pour vous reluquer les seins. Cette quête abolissait toutes les règles, tous les codes. Elle rendait impossible les amitiés, les ambitions, les emplois du temps."

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"Dès qu’elle ferme les yeux, elle entend les bruits, les soupirs, les hurlements, les coups. Un homme nu qui halète, une femme qui jouit. Elle voudrait n’être qu’un objet au milieu d’une horde, être dévorée, sucée, avalée tout entière. Qu’on lui pince les seins, qu’on lui morde le ventre. Elle veut être une poupée dans le jardin d’un ogre."