"La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, une des plus longues de tous les temps."

 

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Le 14 juillet 1789, le peuple de Paris, affamé, hurle sa colère et prend d'assaut la forteresse de la Bastille. La monarchie sera destituée... La Révolution est en marche.

Eric Vuillard, que je découvre avec ce livre (oh joie ! je vais tout lire de ce monsieur)  traite de cet évènement majeur en scrutant à la loupe la foule des anonymes qui se sont illustrés, quelques instants seulement, parfois un peu plus, parfois pas du tout,- mais ils étaient là !- entre le 13 et le 14 juillet 1789, avant de rejoindre les oubliettes de l'Histoire. Anonymes, ils ne le sont plus, au moins le temps d'un roman, tant est minutieuse la reconstitution de Vuillard. Minutieuse et passionnée. Au coeur de la bataille, il donne des noms, beaucoup de noms, dresse des portraits, il est aux côtés de Boehler, Charron, Branchon, ou Duffaut, Grenot, Guignon... et entraîne le lecteur sur leurs pas.

Je l'ai suivi et ai été totalement emportée ce récit puissant, épique, par le style étourdissant de l'auteur, qui mêle avec bonheur différents registres de langue : moderne, familière, solennelle, empathique... Quel régal ! Cette foule bigarrée, immense, transportée d'enthousiasme, de peur, de fureur, ces petits gens débarquées de leur province à qui Vuillard redonnent vie, ils impressionnent, ils émeuvent, ils ont renversé le pouvoir, sans eux rien n'aurait été possible : on se souviendra de Cholat, le petit marchand de vin qui après des années de parlote derrière le comptoir, se trouve enfin au coeur de l'action, de Rousseau l'allumeur de réverbères, de sa veuve à qui il ne restera qu'un bout de papier et ses yeux pour pleurer... de Tournay, le jeune charron: "il n'est rien pourtant qu'un petit morceau de foule tombé là, tout seul, dans la cour du Gouvernement".... Et de tant d'autres. Ces hommes et ces femmes ont existé, ils ont pour beaucoup perdu leur vie, on a perdu leurs traces, mais Vuillard leur rend enfin justice : ils sont devenus d'inoubliables personnages de roman.

Et les dernières pages...  belles à couper le souffle :

"On devrait plus souvent ouvrir nos fenêtres. Il faudrait de temps à autre, comme ça, sans prévoir, de tout foutre par dessus-bord. Cela soulagerait. On devrait, lorsque le cœur nous soulève, lorsque l'ordre nous envenime, que le désarroi nous suffoque, forcer les portes de nos Élysées dérisoires, là où les derniers liens achèvent de pourrir, et chouraver les maroquins, chatouiller les huissiers, mordre les pieds de chaise, et chercher, la nuit, sous les cuirasses, la lumière comme un souvenir."

Gloups... cette merveille n'est même pas sur la liste des Goncourables??? A n'y rien comprendre. Vous dormez ou quoi? 

Avis très positifs : Clara, Sandrine... c'est un peu plus réservé chez Brize et Laure ( Ben alors les filles!????)

 Décidément cette rentrée littéraire est réjouissante ! ;))