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"La plupart des gens portent des Chaussures de Plomb depuis leur plus jeune âge et sont condamnés à les garder aux pieds toute leur vie. Ces Chaussures de Plomb, c'est ce qu'on appelle la CONSCIENCE.  Moi je n'en ai pas, ce qui me permet de m'élever bien au dessus du troupeau des Gens Normaux."

 Après quelques lectures un peu trop sérieuses, il me fallait de la légèreté. Façon de parler. Le dernier Stephen King n'est pas léger léger en réalité, mais il est passionnant. C'est vraiment un génie, ce King... J'étais bien contente que Queffelec l'encense l'autre soir à La Grande Librairie, beaucoup moins que Besson s'en prenne aussi violemment à Boris Vian mais c'est une autre histoire, ça m'a mise en colère vous n'imaginez pas 

Ici, Stephen King se frotte au thriller psychologique, sans monstres ni fantômes. Le monstre se prénomme Brady, un jeune homme des plus ordinaires, sauf qu'il est totalement cinglé. (Je ne spoile pas, on connaît l'identité du fou dès le début) Au volant d'une Mercedes, il fonce dans la foule des demandeurs d'emploi du Citycenter. Le bilan est terrible. Et le suspect introuvable. Un an plus tard, le voilà qui revient, toujours aussi fou, par le biais d'une lettre provocatrice adressée à Hodges, un vieux flic et à la retraite et qui fut chargé de l'affaire en son temps. La confrontation entre le policier et Brady le cinglé va être explosive...

Je peux comprendre les reproches qui sont faits à ce nouveau King : Mr Mercedes est un polar classique, voire pépère, le "boss" reste sagement dans les clous, ça manque d'originalité, ça n'est pas super bien écrit etc. Je peux comprendre parce que je suis tolérante contrairement à Philippe Besson, on en reparlera, mais je ne suis pas d'accord. Ce roman est un BON roman, qui m'a saisie de la première à la dernière ligne, avec une intrigue extrêmement bien ficelée, autour d'internet et des réseaux sociaux, donc le cadre est à la fois moderne et vieillot (dans le meilleur sens du terme : on y retrouve l'ambiance particulière des anciens romans, et toujours cette Amérique profonde,  par exemple ces shows à l'américaine que Hodges s'enfile tous les après-midis, s'il y a vraiment un truc que j'apprécie de retrouver de livre en livre, c'est bien cela, cette ambiance...américaine). Les personnages sont hyper construits, triple épaisseur, psychologie fine, empathie immédiate, on les a sous les yeux, là, tout de suite, on les entend aussi. On est dans leur tête...

Bon, il y a bien quelques défauts, on a du mal à croire au trio de la fin  (improbable Holly) et l'histoire d'amour, bof. Rafraîchissante, en tout cas, à défaut d'être crédible. Le suspense, lui, est tout simplement à couper au couteau, on a peur pour tout le monde, le flic, la mère, le chien, les voisins, les gosses qui croisent la route de Brady, ses collègues... le concert des "Roun' Here" on s'y croirait (King a l'air de s'y connaître en boys band) on souffre, on a mal, c'est trop bon. Jusqu'à la fin, très marrante (là aussi façon de parler)

Mention spéciale à ce sens de la formule très kingien absolument unique : "Hodges trouve que c'est un regard de chien qui aurait reçu trop de coups de journal pour avoir fait pipi sous la table de la cuisine"

 Qu'on se rassure, le King est toujours là. (enfin moi je n'étais pas inquiète ;) 

Cuné en a parlé, et renvoie au billet très détaillé et enthousiaste de Gruznamur