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"Edmund était votre ami. Moi aussi, je regrette beaucoup sa mort. Mais je pense que vous vous en affligez au point de vous rendre malades, et non seulement cela ne l'aide pas, mais cela vous fait du mal. de plus, la mort est-elle quelque chose de si terrible ? Elle vous paraît terrible parce que vous êtes jeunes, mais qui peut dire que son sort est moins enviable que le vôtre ? Ou bien - si la mort est un voyage vers un autre lieu - que vous ne le reverrez jamais ?"
Il a ouvert son lexique et s'est mis à chercher sa marque. "Il ne convient pas de s'effrayer de ce dont on ne sait rien. Vous êtes comme des enfants qui ont peur du noir."

 

Je voulais découvrir Donna Tartt, sans commencer par "Le Chardonneret" dont on parle trop, et dont le sujet ne me disait guère. Mon amie Julie m'a donc gentiment offert "Le maître des illusions". Merci à elle :))

Cela commence par un meurtre. Richard Papen, le narrateur, en fait le récit, bien des années après qu'il ait eu lieu. Il y a participé, ainsi que quatre autres étudiants. Henry, Francis, les jumeaux Charles et Camilla (vrai de vrai ! Pourquoi l'auteure a- t-elle baptisé ses personnages du nom du couple princier...ça ne peut pas être un hasard, elle a sans doute voulu faire de l'humour, or le contexte ne s'y prête guère, j'avoue que je ne comprends pas) ont assassiné leur camarade Edmund, surnommé Bunny.

 Pourquoi? Comment? Dans ce long roman où le suspens est tué dès les premières lignes, (une manie des auteurs contemporains, qui n'en finit pas de m'agacer...)Richard raconte son arrivée à l'Université de Hampden, dans le Vermont, et son intégration quasi miraculeuse au cours de grec très fermé du professeur Julian Morrows (seulement cinq élèves y sont admis). Issu d'une famille peu fortunée et peu aimante, Richard est fasciné par ces gosses de riches, il rêve de se faire accepter, même s'il lui faut mentir pour cela. Dans ce petit groupe d'étudiants lettrés et raffinés, le dénommé Bunny, un garçon lourd et grossier, détonne complètement...

Je suis déçue. Pendant une bonne moitié du livre, j'ai cru tenir dans les mains THE chef-d'oeuvre. Atmosphère inquiétante, glaciale comme la neige du Vermont qui tombe de façon quasi continue, personnages ambigus, (le professeur est trouble à souhait, je m'attendais forcément à quelque chose... qui n'est jamais venu) quelques pages terribles sur la solitude d'un étudiant en plein hiver, ce roman donne également un aperçu très intéressant de la vie sur un campus universitaire américain, entre les cours, les beuveries du week-end, et la drogue dont les étudiants font un usage intensif. Tout cela est réellement passionnant et se lit d'une traite. Et puis les choses se gâtent. Je dirais après le meurtre. ça devient très très long, il ne se passe plus grand chose. Les personnages boivent, dorment, discutent, dorment, boivent, se droguent, discutent, dorment, se droguent... tout un tas de choses annexes et à mon avis sans intérêt viennent court-circuiter l'intrigue principale. Et soudain j'avais hâte que ça se termine. La fin est décevante, (forcément...) et n'est que pur délayage, nous décrivant par le menu le destin de tous les personnages, de la voisine de chambre aux policiers du FBI qu'on croise quelque part dans le roman et dont personnellement je n'ai que faire...

Ce livre souffre également d'un gros défaut (deux en réalité) qui a largement gâché mon plaisir de lecture. La traduction est mauvaise, il n'y a pas d'autres mots. Nul besoin d'être angliciste pour se rendre compte que certaines phrases sont mal traduites, ou alors Donna Tartt écrit comme une patate, ce que je ne peux imaginer. Exemples :

"Lorsque la nuit, dans mon lit, je me retrouve assister malgré moi à ce petit documentaire désagréable..."

ou encore :

"Julian croyait secrètement que la religion était un culte dégénéré poussé jusqu à des extrêmes d'extravagance."

Ou bien :

" (...) nous avons continué à trainer les pieds, les yeux baissés, avec presque peur de lever la tête." ( !!!)

"Les assiettes en carton" sont traduites par "assiettes en papier" (traduction littérale du mot "paperplate"...) Si vous arrivez à manger dans des assiettes en papier, vous êtes fortiches...

Ce problème de traduction plutôt gênant se double de multiples coquilles et fautes de grammaire dans la version Kindle. Exaspérant. Irrespectueux pour les lecteurs qui payent (cher) une version numérique au rabais. Oh que ça m'énerve !

 Et pourtant ça partait bien...

 

Sandrine a lu ce roman et a aimé. Son billet ici

 

Une auteure de plus pour le challenge de Manou

 

96893455