images

"Et puis elle avait toujours ce vieux rêve : voir du pays."

Je me suis offert ce livre sur un coup de tête -et coup de coeur- après le passage de l'auteur à la Grande Librairie. C'est la faute à mon François qui sait si bien mettre en valeur les écrivains et leurs bouquins :)) (j'achèterais le bottin téléphonique en allemand si François le recommandait chaudement... vous voyez où j'en suis... bref). 

Aurore et Marine sont deux jeunes femmes liées par une amitié très forte, depuis l'adolescence. Lorsque Marine s'engage dans l'armée, Aurore la suit. Après six mois d'une mission plus qu'éprouvante en Afghanistan, trois jours dans un hôtel de luxe à Chypre leur sont offerts, histoire de "décompresser" avant le retour en France. Entre plage, alcool, drague, soirées où l'on fait mine de s'éclater, les militaires ont droit à quelques séances de débriefing au cours desquelles on revient sur les évènements traumatisants de cette mission. L'Afghanistan a laissé des traces physiques indélébiles mais semble avoir aussi fragilisé définitivement les relations entre les deux femmes. Dans un cadre pourtant paradisiaque, loin de l'épouvante de la guerre, la violence n'est jamais très loin...

Voilà un livre qui m'a fait soupirer dès les premières pages, tant  je trouvais la platitude du style agaçante. Les phrases de Delphine Coulin sont courtes, sèches, sans fioritures. En voilà une qui ne se fatigue pas trop, me suis-je dit en ricanant. (Je ricane souvent quand je trouve l'écriture sans intérêt, avant de jurer et de balancer le livre par dessus mon épaule, là je ne l'ai pas fait car il est sur ma liseuse...) 

Au fil de ma lecture, je n'ai soudain plus eu envie de ricaner, ni de jurer, ni de jeter le bouquin, car j'ai compris.

J'ai compris que cette écriture que je qualifiais de plate (je suis bêêêêêêêêêête parfois) était la plus juste pour aborder ce sujet difficile qu'est la guerre, vécue du côté des femmes. Il ne s'agit pas de platitude, mais d'une extrême sobriété, d'une volonté de coller au plus près à la réalité d'une guerre qui fut catastrophique pour les afghans et les militaires eux-mêmes. Et puis il y a cette amitié malmenée mais si belle entre les deux femmes... Les mots sont choisis, ils raisonnent. 

Certaines scènes sont à la limite du soutenable car Delphine Coulin ne s'embarrasse pas de dentelles. Elle dit les choses et  c'est tout. Et ça fonctionne. L'émotion est là. " Voir du pays"est un roman poignant et fort. Je vous le recommande.

"Son pays n'avait réussi qu'à créer un autre pays avorté, aux valeurs viciées, où des hommes qui ne comprenaient pas sa langue avaient appris à manier ses armes mais n'avaient jamais réussi à adhérer complètement à ses idées inutiles, et où elle avait doublement perdu la bataille, répandant la misère et l'obscurantisme à mesure qu'elle avançait pour soi-disant les effacer, perdant tout y compris ce qui lui était le plus cher. Il ne s'agissait plus de guerre, ni de victoire, ni de défaite. Son pays était désormais une sentinelle empaillée qui gardait ses cauchemars vivants, et les montagnes afghanes lui étaient plus réelles et présentes que les douces collines chypriotes, qui s'effaceraient bientôt de sa mémoire. (...) L'Afghanistan ne s'effacerait jamais."

Clara a écrit un très beau billet sur ce roman.