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Je devais être une des rares dans la blogosphère littéraire à ne pas avoir lu "Rien ne s'oppose à la nuit". J'aime pourtant beaucoup Delphine de Vigan, et "Les Heures souterraines" a fait partie de mes vrais et rares coups de coeur de l'année 2010. Malgré tout, j'ai attendu pour lire celui-ci, j'ai tourné autour, guetté vainement la sortie en poche... on en a tant parlé, de ce bouquin, on a tellement dit qu'il était terrible, dur, violent etc. Je crois que j'étais impressionnée, jamais tout à fait prête...

Et puis la médiathèque est arrivéeeeeeee et lorsque je l'ai aperçu dans les rayons, je me suis dit qu'il était temps. 

J'ai enfin lu "Rien ne s'oppose à la nuit". 

Honte à moi d'avoir traîné si longtemps.

Pour les extra-terrestres dont je faisais encore partie il y a trois jours qui n'auraient pas encore lu "Rien ne s'oppose à la nuit", je vais tâcher de résumer un peu et vous recommande vivement de descendre de Mars pour découvrir ce livre magnifique.

Delphine de Vigan, dont la mère, Lucile, s'est suicidée, entreprend de raconter l'histoire de cette femme belle et fascinante, dont l'existence, traversée de crises de démence, fut un long chemin de douleurs. Lucile était bipolaire.

A sa mort, dire enfin "sa Lucile"apparaît à l'écrivain comme une impérieuse nécessité.

"Avais-je besoin d'écrire ça? Ce à quoi, sans hésitation, j'ai répondu que non. J'avais besoin d'écrire et ne pouvais rien écrire d'autre, rien d'autre que ça. La nuance était de taille !"

Grâce à l'éprouvant travail de reconstitution auquel Delphine de Vigan s'attèle, sur la base des différents témoignages récoltés auprès des proches de Lucile, nous voici chez les Poirier, imposante et joyeuse famille que la mort, les suicides, les désastres en tout genre n'ont pourtant pas épargné. 

L'histoire mouvementée de cette tribu, l'enfance de l'énigmatique Lucile,  un "rempart de silence au milieu du bruit", dont la beauté peu commune s'affiche très tôt sur des buvards et dans les magazines, m'ont passionnée. J'ai lu toute cette partie comme on lirait un roman, peuplé de personnages fantasques et attachants. Il est vrai que la frontière entre fiction et réalité est ici très floue, les choses qui nous sont racontées relèvent de l'intime et pourtant, la qualité de la narration, la beauté de l'écriture, permettent d'éviter le malaise du lecteur "voyeur".  Du reste, je n'ai jamais été choquée par ce qu'on pourrait qualifier d'impudeur. Point de cela ici. Au delà de la colère qui éclate par moments, ce livre rempli d'amour, de respect, est juste un hommage vibrant à la femme extraordinaire qu'était Lucile. 

 Puis Lucile adulte, la maladie de plus en plus présente, la plongée terrifiante dans la folie, sont elles aussi superbement évoquées, en phrases courtes, nerveuses. La souffrance affleure, c'est fort, parfois difficile à lire, mais jamais cru ni sordide. L'écriture de Delphine de Vigan est tellement juste, précise, si dépourvue de la moindre vulgarité ou de la plus petite trace de pathos. Un sans faute.

Enfin, les chapitres consacrés à l'auteure elle-même ne sont pas moins passionnants. Le lecteur découvre le livre en train de se faire, les doutes, les difficultés d'une entreprise indispensable et ô combien douloureuse. Delphine de Vigan n'enjolive rien, se montre telle qu'elle est, pétrie d'angoisse devant la tâche, décidée malgré tout à aller jusqu'au bout. La réconciliation est à ce prix.

Il faut un sacré courage.

 

"Sans doute avais-je envie d'offrir à Lucile un cercueil de papier car, de tous, ce sont les plus beaux, et un destin de personnage. Mais je sais aussi qu'à travers l'écriture, je cherche l'origine de sa souffrance, comme s'il existait un moment précis où le noyau de sa personne eût été entamé d'une manière définitive et irréparable et je ne peux ignorer combien cette quête non contente d'être difficile est vaine.

C'est ainsi que j'ai interrogé mes frères et soeurs sans relâche sans poser jamais cette question à laquelle ils ont pourtant répondu : est-ce que la souffrance était déjà là ?"

                                                                               ***                                                                                      

"J'écris ce livre parce que j'ai la force de m'arrêter aujourd'hui sur ce qui me traverse et parfois m'envahit, parce que je veux savoir ce que je transmets, parce que je veux cesser d'avoir peur qu'il nous arrive quelque chose comme si nous vivions sous l'emprise d'une malédiction, pouvoir profiter de ma chance, de mon énergie, de ma joie, sans penser que quelque chose de terrible va nous anéantir et que la douleur, toujours, nous attendra dans l'ombre."

 

Deux challenges, celui de Litote et celui de Sharon


 

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Lecture

 

 

 

 

 

Je ne vais pas pouvoir citer toutes les copinautes qui ont lu et chroniqué ce livre.

Je vous renvoie donc sur les billets de Philisine, Sylire, Litote... mais il y en a plein d'autres.