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Parfois la nuit, je ne dors pas et je tapote sur ma liseuse. A trois heures du mat' vendredi dernier, saisie d'une insomnie, j'ai regardé un épisode manqué de "La Grande Librairie" (Françoiiiiiiiiiiiis) et j'ai commandé dans la foulée le dernier roman de Yasmina Khadra. Le lendemain, je me suis demandé quelle mouche m'avait piquée. Je n'apprécie que moyennement Yasmina Khadra d'ordinaire. Enfin, il était trop tard pour reculer. J'ai donc lu "Les anges meurent de nos blessures" (quel titre !) et surprise, j'ai adoré. Merci François, merci l'insomnie, merci monsieur Khadra, merci à celui qui me donne des petits coups de pied dans le ventre en ce moment et m'empêche de faire dodo... :)) Je t'aime déjà.

Ca se passe dans l'Algérie de l'entre-deux guerres, entre 1920 et 1960. Le jeune Amayas, alias Turambo (contraction du nom de son village Arthur-Rimbaud) est un gamin des bidonvilles, qui ne connaît que la misère, la galère, la pauvreté, le racisme dans son propre pays. Lorsque son village est englouti par un glissement de terrain, le voilà parti pour Oran, avec son oncle, sa mère et sa jolie cousine Nora. Son destin va prendre une tournure inattendue lorsqu'il est repéré par un entraîneur de boxe : son fabuleux crochet du gauche lui ouvre soudain toutes les portes. Mais Turambo est un tendre, qui rêve d'amour et non de violence...

Oh quel beau roman ! J'ai embarqué immédiatement avec Turambo sans pouvoir le lâcher. Personnage attachant, touchant, entouré de comparses qu'on a plaisir à adorer ou à détester, on rêve pour lui la réussite et surtout l'amour auquel il aspirera toute sa vie. Chaque partie du roman porte d'ailleurs le nom d'une femme que Turambo a aimée, Nora sa cousine, Aïda la prostituée, la belle Irène... Le talent de conteur de Khadra est ici tellement évident que je me demande bien pourquoi j'y étais hermétique jusqu'à présent.

"Les Anges meurent de nos blessures"est à la fois un grand roman d'apprentissage, un roman qui parle divinement d'amour, d'amitié, sans aucune mièvrerie, je précise, mais dans une langue très belle et très poétique. C'est aussi un roman historique qui rappelle très justement et sans détours le passé bien peu glorieux d'une France colonisatrice, un roman qui comporte aussi une bonne part de suspense, même s'il commence par la fin... Cette tendance actuelle des auteurs à tout révéler dès les premières pages m'énerve, mais Yasmina Khadra réussit malgré tout à surprendre. A propos de la fin, tout de même, si je devais émettre une réserve, une toute petite... elle est un peu longue, chargée, et bavarde. Un roman aussi prenant aurait mérité, je pense, une chute un peu moins lyrique, un peu plus tranchée, si j'ose dire... (ceux qui ont lu le roman comprendront mon mauvais jeu de mots :))

Extraits: 

-" C'est quoi, ton vrai nom?

-Amayas.

-Il signifie quoi?

-Guépard, je crois, ou quelque chose comme ça.

-Amayas... c'est beau. (...) En tout cas, il sonne mieux que Turambo.

-Peut-être, mais il n'a pas d'histoire. Turambo raconte ma vie."

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"D'après le Mozabite, l'amour ne s'apprivoise pas, ne s'improvise pas, ne s'impose pas, il se construit à deux. En toute équité. S'il reposait sur l'un, l'autre serait son malheur potentiel. Quand on court après lui, on l'effraie ; alors il s'enfuit, et on ne le rattrape jamais.

L'amour est fait de hasard et de chance. A une bretelle de la vie, il est là, offrande sur le chemin. S'il est sincère, il se bonifie avec le temps. Et s'il ne dure pas, c'est que l'on s'est trompé de mode d'emploi. Je ne m'étais pas trompé de mode d'emploi, je m'étais trompé sur toute la ligne."

Ce roman est à lire, absolument. C'est une pépite de la rentrée littéraire. Galéa ma chérie, tu vas être contente ! 

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