imagesNouvelle-Angleterre, sur le campus de Catamount, dans les années 70.

Gillian Brauer, une jeune fille brillante et passionnée, est amoureuse d'Andre Harrow, son professeur de littérature. Cet homme charismatique et brutal, aux méthodes peu orthodoxes, pousse ses étudiantes à "chercher la jugulaire", en dévoilant leur intimité pendant son cours au travers de leur journal. Les pages ainsi offertes témoignent de leurs obsessions et comportements les plus extrêmes(anorexie, désirs morbides, fantasmes ...). Envoûtée par Andre, Gillian se rapproche de lui en devenant la stagiaire de sa femme, la sculptrice Dorcas. Celle-ci a fait de la laideur son sujet de prédilection...

Un étrange trio se forme, tandis que sur le campus, incendies et alertes se mutiplient, sans que l'on parvienne à découvrir le ou la coupable...

Ce livre est remarquable. Peu de pages mais une densité incroyable qui prouve comme toujours que Oates la géniale ( c'est comme ça que je l'appelle, parfaitement, cette femme est géniale) est aussi à l'aise avec la forme courte que le pavé. Son habileté à écrire le glauque, le malsain, (ce roman n'est pas du genre facile, vous l'aurez compris...), en évitant le sordide, sa plume tranchante comme une lame, la finesse psychologique de ses personnages, pervers, fragiles, détraqués,  font merveille encore une fois dans ces "Délicieuses pourritures". J'ai aimé ce roman pour toutes ces qualités mais, il faut le dire, (je suis fan mais pas aveugle...)il souffre pourtant d'un petit défaut. Le premier chapitre, où nous découvrons Gillian à Paris, en 2001, contemplant une statue de Dorcas exposée au Louvre, est postérieur aux évènements de 1975-1976 développés par la suite. Dommage, ce premier chapitre en dit un peu trop sur le dénouement... qui n'est donc pas vraiment une surprise. Et l'effet de surprise dans un livre, c'est quand même bien bon... 

On lui pardonne. Elle est géniale.( Ben oui, je suis fan donc un peu aveugle :-)

"Lorsqu'on aime un homme marié, on existe dans une relation non déclarée, secrète et singulière, avec son épouse.

"J'avais vingt ans lorsque cela commença. Je croyais que personne ne savait, que personne ne devinait. Je ne voulais pas me déclarer; je n'osais pas.(...) Je décidais de ne plus faire de fixation sur Andre Harrow et de ne plus me laisser distraire par la pensée de son épouse. (...) Ensuite : je sortais de la chapelle et apercevais immédiatement cette femme-Dorcas!- de l'autre côté du campus. Aussitôt, mes résolutions s'évanouissaient. Je me hâtais de suivre Dorcas comme si elle m'avait appelée. Quel choix avais-je?(...)

Je n'étais pas un prédateur à la recherche d'une proie, j'étais moi-même la proie. La victime innocente." (p.14)

Avec ce roman, je participe au challenge "Joyce Carol Oates" de George et j'ajoute deux monstres, Andre et Dorcas, dans le cabas de Za. Si j'osais, j'ajouterais que Joyce Carol Oates a quand même un monstrueux talent...

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De nombreux billets ont été écrits sur ce roman, sur le blog  Les livres d'Eden,  chez Asphodèle, Sharon, et bien d'autres...