"Adèle sentit immédiatement, instinctivement, sans y avoir réfléchi, qu'elle pourrait trouver dans ce drame où elle avait été projetée presque par hasard, en tout cas par une force qui lui avait échappé, une raison d'être, une densité, une consistance"

 

 

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Le 13 novembre 2015, une série d'attaques simultanées est perpétrée à Paris et à Saint-Denis : la salle de spectacle du Bataclan, où se produit le groupe de rock Eagles of the Death Metal est prise d'assaut par des djihadistes qui tirent en rafale sur les spectateurs, faisant une centaine de morts et des dizaines de blessés. Adèle, une jeune femme solitaire, habite non loin du lieu de l'attentat. A la télévision, elle reconnaît parmi les victimes un certain Matteo, jeune artiste qu'elle a croisé dans le bar où elle travaille. Elle prétend être sa petite amie et devient ainsi une fausse victime collatérale... bientôt sous le feu des projecteurs.

Voilà un roman dont la trame originale, l'écriture fluide et sûre, m'ont totalement séduite. Il s'agit d'un roman choral (pourtant je suis réticente à cette construction dont je me suis lassée parce que tout le monde fait du roman choral, avec plus ou moins de bonheur) qui offre les points de vue de Francesca, la mère de Matteo, d'emblée méfiante lorsqu'elle fait la connaissance d'Adèle, de Saïd, troublé par la personnalité de la jeune femme et par son engagement auprès des victimes des attentats... Adèle, qui passe soudain de l'ombre à la lumière médiatique, est narrée à la troisième personne. Son portrait, d'une belle finesse psychologique, plonge le lecteur dans des sentiments contradictoires, entre pitié et répugnance... Personnage étrange, touchant et haïssable que cette Adèle dont la souffrance jusque là muette fait soudain écho à celle des victimes du terrorisme, dont elle devient le porte-parole... 

Ce premier roman est vraiment très bon, Constance Rivière un écrivain prometteur. J'ai toutefois regretté que le récit commence par la fin, cédant à la tendance du "je dis tout tout de suite et je reviens en arrière", même si le sort d'Adèle, enferrée dans un mensonge de plus en plus criant, est scellé dès le départ. La tension psychologique qui va crescendo n'avait, me semble-t-il, pas besoin d'être tuée dans l'oeuf par une conclusion révélée dès les premières pages.

 

"Elle n'arrivait plus à distinguer le vrai du faux, elle ne savait plus si la vérité, c'était le vécu des autres ou ses mots à elle, ce qui s’était vraiment passé cette nuit-là et ces dernières semaines ou ce qu’elle avait raconté, avec tant de détails, odeurs et couleurs comprises, elle devait choisir, en fait elle avait déjà choisi, les mots étaient sortis avant qu’elle ait eu le temps d’y réfléchir, mentir cela voudrait dire revenir sur son histoire"

 

Un livre des 68 première fois et j'ose le dire, un de mes favoris.

         

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