"Les mères n’aiment point à entendre parler des défauts de leurs enfants"

 

thAgnès a dix neuf ans. Pour aider sa famille dans le besoin, elle décide de devenir gouvernante. Elle est engagée par la famille Bloomfield et malgré la volonté d'Agnès de transmettre à ses jeunes élèves de bons principes, c'est un échec. Les enfants sont horribles et les parents pas mieux... elle tente sa chance auprès d'une autre famille où les jeunes filles à éduquer se révèlent d'abominables pestes. Elle restera à leur service deux longues années, supportant sans broncher bien des choses, et fera la connaissance d'un aimable vicaire du nom d'Edward Weston. Elle en tombe amoureuse et se demande si l'attirance est réciproque... Je lui plais, je lui plais pas? mais non j'suis pas assez bien, il préfère l'autre, la jolie... il m'a regardée, il m'a souri, mais non en fait c'est pas moi qu'il regardait... à moins que... peut-être que je lui plais, il m'a quand même prêté son parapluie ??? Telles sont les questions que se pose la gentille Agnès, jeune fille du XIXe siècle, dont les atermoiements amoureux n'ont pas pris une ride. C'est le point positif. L'histoire est plaisante, l'intrigue amoureuse plutôt mignonne et l'on espère une issue heureuse. Elle est gentille cette pauvre Agnès, entourée d'affreux :  

  " J'avais cloué Tom dans un coin, lui disant qu'il ne s'échapperait point de là avant d'avoir accompli la tâche que je lui avais donnée. Pendant ce temps, Fanny s'était emparée de mon sac à ouvrage, et mettait au pillage le contenu et crachait dedans par dessus le marché(...) Brûle-le Fanny", s'écriait Tom, et elle se hâtait d'obéir. Je m'élançai pour l'arracher au feu, et Tom courut vers la porte."Mary-Anne, jette son pupitre par la fenêtre,"criait-il,et mon précieux pupitre, contenant mes lettres, mes papiers, mon peu d'argent et tout ce que je possédais, allait être précipité par la fenêtre de la hauteur de trois étages"

Le roman m'a paru en revanche très daté au niveau du style (la traduction numérique y est sans doute pour quelque chose et mériterait d'être rafraîchie). L'abus du subjonctif imparfait, de mots anglais sortis de nulle part (pourquoi utiliser le mot partner au lieu de partenaire? Et mistress... c'est pas un peu vieillot? Bizarre...) ont gêné ma lecture, mais moins que l'inertie d'Agnès à qui on a envie de crier de se secouer un peu, de distribuer quelques baffes, de faire quelque chose, quoi... on se dit qu'à ce rythme là, le vicaire va lui passer sous le nez et les enfants l'achever...(cf la scène d'apocalypse ci-dessus ) Ce n'est pas possible d'être aussi molle ! 

 Enfin, la cruauté des enfants dont Agnès a la charge, la coquetterie pathologique de Rosalie (à ce stade là, c'est une maladie...), la stupidité des parents Bloomfield m'ont semblé... surréalistes. On a le sentiment de lire un récit volontairement édifiant, des extraits d'un manuel des conduites à ne suivre sous aucun prétexte. C'est sûrement l'objectif, mais cette absence de nuances m'a dérangée.        

Agnès Grey, ce n'est pas Jane Eyre et le vicaire Weston, ce n'est pas Rochester, on l'aura compris. Il leur manque la fougue, la passion, la folie que l'on trouve dans les livres de Charlotte et Emily. "Agnès Grey" est un roman sage, tellement sage mièvre... On est plutôt dans l'univers de la comtesse de Ségur, avec ses bonnes dames qui visitent les pauvres, panier au bras, remercient le Seigneur et cousent des chaussettes le soir à la veillée. J'adore la comtesse de Ségur, mais j'ai été surprise de la retrouver dans le roman d'une des soeurs Brontë ... qui m'ont habituée à plus de sauvagerie :)

Agnès est une sainte, mais elle sonne creux qu'on lui colle une auréole et on n'en parle plus  

Lecture commune avec ma partner Laure ;) dont le billet est ici