Animal

"Le meilleur moyen de survivre au tigre, c'est de ne pas le rencontrer"

Dans la jungle népalaise, Mara trouve deux enfants, Nin et Nun, ligotés à un arbre. Elle les libère, même si son instinct lui souffle qu'elle n'aurait pas dû, et prend la fuite avec eux.

Bien des années plus tard, en Russie, un groupe d'hommes et de femmes se lance dans une périlleuse chasse à l'ours. Parmi eux, Lior et Hadrien. Hadrien détonne un peu : il ne chasse pas, n'a aucun goût pour le massacre d'animaux, au contraire de Lior, sa femme, qui ne semble vivre que pour traquer la bête. Les sanglantes parties de chasse, dont elle se régale, la rapprochent d'une forme d'animalité qui fascine Hadrien (il est très amoureux donc il suit Lior malgré sa répulsion) et l'inquiète en même temps. Elle a un sacré problème, cette Lior  elle est complètement dingue. Et pour une fois, à Kamtchatka, elle va croiser beaucoup plus fort et bien plus malin qu'elle...

Qui de l'humain? Qui de la bête? C'est une des grandes questions que soulève le dernier roman de l'excellente Sandrine Collette. 

Je résume brièvement une histoire intense, scindée en deux parties distinctes, évidemment pas sans lien l'une avec l'autre, au contraire solidement tissées, même si je me suis faite avoir (dans le bon sens du terme) et n'ai pas vu ce qui semble évident après coup. Là encore, je vous en dis un minimum, Il serait dommage de déflorer le remarquable suspense mis en place par miss Collette, toujours aussi impressionnante de maîtrise et d'efficacité. La construction est très habile, l'intrigue ménage quelques éclatantes surprises, le rythme est trépidant, les chapitres se terminent sur de vrais cliffhangers, l'écriture est alerte, flamboyante. Pas vraiment gênant ce côté un peu "tout much" de l'écriture, car en adéquation avec la nature, sauvage et grandiose, qui occupe une place centrale dans le roman. Donc tout va bien. 

Il m'a pourtant manqué je ne sais quoi pour que ce livre soit davantage qu'un très bon moment de divertissement et d'évasion, comme l'avait été "Juste après la vague", que j'ai lu l'an dernier le coeur battant de la première à la dernière ligne. Sans doute les personnages, pourtant bien campés, manquent-ils de profondeur, de quelque chose qui fait qu'on s'y attache (malgré les drames qui la frappent, Lior est détestable et Hadrien bien fâlot...) tout est en place pour un peu plus d'épaisseur et on reste malgré tout à la surface : cette terrible histoire m'a vivement intéressée, j'étais pressée d'en connaître l'issue (surprenante et terrible, vraiment réussie cette fin !) mais elle ne m'a pas touchée. Une petite absence d'émotion que je ne m'explique pas autrement que par cette impression de survol. Je la regrette même si elle ne m'a pas empêchée d'apprécier ma lecture.  

L'avis de Laure, mon amie et partenaire de lecture, est ici :)

"L’ours ne dort pas pendant l’hiver. Il est très différent de ces petits animaux qu’il trouve parfois lorsqu’il sort au cœur de la mauvaise saison, réveillé par du bruit ou attiré par une journée de soleil timide. Ceux-là, leur état de torpeur et d’insensibilité ressemble à la mort. Les reniflant du museau, il est arrivé que l’ours les fasse tomber de l’arbre où ils étaient recroquevillés, de la cachette où ils se croyaient invisibles ; ils ne se réveillent pas, comme raidis par le gel. Ils tombent et c’est tout"