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"(...) des gens qui partent, de toute façon, tout le monde connaît ça. Le monde est fait de gens qui partent"

Une femme a vécu avec un homme, de longues années. Elle l'a aimé, et lui aussi. Un jour il a voulu partir, refaire sa vie. Un grave accident l'en a empêché. Le voilà immobilisé, pour de longs mois. L'épouse se prend à espérer : est-il encore possible de reconstruire, de garder son homme auprès d'elle ? Elle n'a pas renoncé. Mais lui? L'accident va-t-il leur permettre un nouveau départ?

Avec mon amie Laure, on a eu envie de lire Laurent Mauvignier. Tout Mauvignier, un mois sur deux. On a fait un planning et tout... Et on a décidé, un peu au hasard, de commencer par "Apprendre à finir".

Mal nous en a pris, enfin en ce qui me concerne. Ce long monologue de souffrance, qui épouse le rythme des méandres de la pensée de cette femme, tantôt enfiévré, ému, tantôt plus apaisé quand l'espoir renaît, est remarquable du point de vue de la forme. Mauvignier est un grand écrivain et un grand styliste. Les sentiments mêlés, haine, tristesse, colère sont admirablement retranscrits et  l'auteur se glisse à la perfection dans la peau de cette femme bafouée, entre amour fou et colère envers celui qui la rejette et auquel elle s'accroche avec l'énergie du désespoir. 

Seulement voilà, malgré ses évidentes qualités littéraires, cette lecture m'a semblé longue (pourtant le livre est court, il ne l'était pas assez pour moi, j'aurais aimé qu'il fasse seulement vingt pages. Une grosse nouvelle, quoi...) pénible, aride... Je me suis perdue, suis raccrochée aux branches, de nouveau égarée... ce fut une expérience fatigante. Je me suis ennuyée, ça m'a agacée, j'ai été agacée de m'ennuyer et d'être agacée, bref, ce n'était peut-être pas le bon moment ou tout simplement pas un livre pour moi. Je l'ai refermé avec un grand ouf... de soulagement. Trop sinueux pour ma p'tite tête bien encombrée. Et pas la moindre empathie pour l'épouse torturée. Quand je me fiche un peu de ce qui arrive aux personnages, c'est souvent le signe d'une lecture ratée...

Je n'ai pas aimé ne pas aimer. Je garde un souvenir tellement marquant de Autour du monde qui m'avait totalement embarquée... Mauvignier en a écrit plein d'autres, des romans, mais celui-là je l'avais trouvé fascinant. 

Laure, en revanche, a apprécié. Pour une fois, on n'est pas tout à fait raccord. J't'aime quand même ma p'tite biche.

Son billet est ici :)

    "Dans ma bouche, tous les mots de colère et de rage qui s'entassaient, ça craquait de partout d'avoir si lourd de mots, un tel chargement qui s'entassait dans la gorge, écrasant les parois,déchirant la chair pour prendre la place et moi j'étouffais-avec cette image aussi de lui assis sur le rebord de la banquette dans la cuisine, près de la porte."