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                      "Sans le langage, que reste-t-il?"

 

Michèle Seld, dite Michka, est une dame âgée qui perd peu à peu son autonomie, au point de ne plus pouvoir vivre seule. Atteinte d'aphasie, les mots qui ont occupé toute la vie de cette ancienne correctrice lui échappent à présent, sa mémoire lui fait défaut, elle s'affaiblit de jour en jour. Michka doit se résoudre à intégrer un EPHAD. Autour de Michka, il y a Marie, sa jeune voisine, qui veille sur elle avec tendresse, et Jérôme, l'orthophoniste, pour qui Michka n'est bientôt plus une patiente comme les autres. Pour ces trois là, la gratitude n'est pas un vain mot. Jérôme et Marie auront à coeur d'aider la vieille dame à réaliser son voeu : retrouver le couple qui lui a sauvé la vie, lorsqu'elle était enfant, pendant la guerre...

Après la déception des "Loyautés", j'étais à la fois pressée et pas pressée de retrouver Delphine de Vigan. Pressée parce qu'elle fait incontestablement partie de mes auteurs chouchou : je  lui dois quelques coups de coeur mémorables. (J'ai de la gratitude moi aussi...) Mais avec les écrivains qu'on aime, il y a aussi la crainte d'être déçue, plus désagréable  qu'avec des auteurs qu'on attend moins.  Vous me suivez ?

J'ai donc pris mon temps pour découvrir "Les gratitudes" et hourra, j'ai retrouvé MA Delphine. L'écriture sensible, précise, la délicatesse, l'équilibre dans l'émotion, tout y est : on pourrait pleurer en lisant ce récit de fin de vie, de l'impuissance face à la perte inéluctable, mais Michka est si attachante, si drôle quand elle utilise un mot à la place d'un autre (les trouvailles langagières sont délicieuses), qu'on sourit autant qu'on est ému. J'ai aimé ce parti pris d'aller à l'essentiel (le livre est court, on dirait presqu'une pièce de théâtre), de privilégier les dialogues : dans un roman où les mots occupent une place centrale, c'est judicieux.

S'il est reproché à Delphine de Vigan de faire dans "les bons sentiments" ("Le Masque et la Plume" pour ne pas les citer, où les chroniqueurs se sont montrés particulièrement féroces envers le livre...) j'ai envie de dire et alors, pourquoi pas. Quand c'est touchant, bien écrit, ni larmoyant ni dégoulinant. Juste sincère et beau. Et que ça fait du bien. Comme ici. 

"C'est ça qui change tout, tu sais, Marie. C'est d'avoir peur pour quelqu'un d'autre, quelqu'un d'autre que soi. C'est une grande chance que tu as".

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"La fin du corps, on ne sait pas, bien sûr, mais la fin sans la tête, ça a commencé, les mots se font la balle et puis hop."

 

  Lecture commune avec mon amie Laure. Merci à toi copine :) Son billet est ici

Et une nouvelle participation à la rentrée de janvier, chez Joëlle