"L'amour n'a rien à voir avec la vérité"

 

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Je ne vais pas faire comme d'habitude : résumer le livre en quelques lignes et donner mon avis ensuite.

Parce que "Les enténébrés" est un roman absolument pas résumable. En tout cas, moi je n'y parviens pas.

Je vais moi aussi y aller de mon topo sur le chef-d'oeuvre : il n'est pas question pour moi de lire uniquement des livres d'un tel niveau. Je ne le recherche pas. Tout simplement parce que le bonheur s'apprécie quand il est rare... et aussi parce que mon pauvre coeur ne tiendrait pas le choc.

 Ce roman est tout. Il est surtout une rencontre frontale dans une vie de lecteur, comme il y en a peu. D'accord l'image du lecteur qui se cogne le front contre un livre est un peu bizarre. Mais c'est pourtant ce qui s'est passé -à peu près- dans la vraie vie. Dès les premières lignes, j'ai su que ce livre allait me mettre par terre... et que j'aurais du mal à en parler.

"Les enténébrés" est une oeuvre monumentale.

De quoi parle-t-il, ce livre? Mais de tout ! Il parle absolument de tout ! D'amour, de vie, de mort, de musique, d'hommes et de femmes qui s'aiment à en perdre la raison, de la folie du monde, de sa fin probable, du mensonge qui habite les êtres et qui les aide à survivre au pire, il nous emmène pendant plus de 300 pages en Autriche, en Afrique, en Italie... c'est tumultueux, grandiose, absolument terrible et mémorable.

L'histoire de Sarah, psychologue, écrivain, compagne de Paul, maman d'une petite fille, maîtresse de Richard K, musicien de renom, qu'elle aime à la folie -passion partagée et destructrice-, de son ascendance maternelle pathologique, se mêle à la grande Histoire, celle d'hier mais aussi celle d'aujourd'hui, et les sublimes premières pages - Sarah est en Autriche et mène une enquête sur des réfugiés- ont vu mon coeur s'emballer (je vous parle beaucoup de mon palpitant dans ce billet, mais il faut dire qu'il a été sollicité comme rarement tout au long de cette lecture...)

L'écriture de Sarah Chiche est d'une totale beauté, jusqu'à en perdre le souffle, la ponctuation disparaît, les événements se croisent, les époques se mêlent -parfois dans le même paragraphe- et pourtant le lecteur persévérant (dont je suis, je m'en félicite avec des oeuvres exigeantes comme celles-là, je suis largement récompensée) ne se perd à aucun moment car l'architecture du roman est impeccable, rien n'est jamais laissé au hasard. Là est le plus extraordinaire : cette alliance parfaite entre la rigueur de la construction, la profondeur avec laquelle les sujets sont abordés- Sarah Chiche est-elle à la fois historienne, musicienne, journaliste...? On le croirait, devant tant de maîtrise-  et la poésie des mots, la puissance phénoménale de l'émotion, dans chaque ligne et même entre les lignes...

Total coup de coeur, immense gratitude et admiration pour l'auteure de ce chef-d'oeuvre.

J'ai surligné surligné surligné encore et encore sur mon écran de liseuse. Les extraits que je propose sont merveilleux, mais il y en a plein d'autres, à toutes les pages :

 

"On ne se remet jamais de son enfance. On apprend simplement, sur fond de brume et de brouillard, dans la vie partagée avec d'autres, à faire semblant de la laisser non pas de côté, non, sur un bas-côté, (...) sans vous poser de questions"

                                                 ***

"Nous avons beau nous mettre en route vers le monde, sur le chemin de la vie, arrive toujours un moment, une station de notre voyage, où nous sommes menés à cette question : mais de quoi sommes-nous la faute?"

                                                 ***

"(...) Tu ne sais pas encore. C'est merveilleux de ne pas savoir encore. C'est une promesse. Le jour où ça viendra, le jour où tu sauras lire, tu ressentiras une joie immense, la joie de te rendre compte que l'instant d'avant, tu ne connaissais pas encore une chose, et que soudain, tu l'as trouvée.

 

Encore merci ma chère Laure pour cette mémorable lecture commune.

Et une 3e participation au challenge de Joëlle pour la rentrée littéraire de janvier !

             

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