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 "Chez nous, les repas familiaux ressemblaient à une punition, un grand verre de pisse qu'on devait boire quotidiennement"

Une gamine de dix ans jamais nommée vit entre un père violent et sadique et une mère éteinte car terrorisée, dans un lotissement sinistre baptisé "le Demo". Avec son petit frère Gilles, ils s'aiment et partagent tout, se soutiennent dans l'adversité. Jusqu'au drame... qui changera profondément la personnalité de Gilles et convaincra la fillette qu'elle doit sauver son frère du mal qui le possède désormais en remontant le temps... C'est elle qui raconte.    

Je viens, après tout le monde, vous parler de "La vraie vie" et le sentiment que me laisse cette lecture est à l'image du bouquin : étrange... j'ai aimé, beaucoup aimé cette lecture que je redoutais (les critiques unanimement dithyrambiques font parfois craindre le pire) même si elle m'a un temps déconcertée par ses invraisemblances gigantesques... et assumées. Un père violent amateur de chasses lointaines alors que la famille a des moyens modestes, une petite fille exceptionnelle d'intelligence et de maturité, génie des sciences, dont les raisonnements, avec la meilleure volonté du monde, paraissent totalement "incrédibles..." une peinture de caractères non exempte de clichés (père très très méchant, fille géniale, mère très en souffrance, frère très traumatisé CQFD)...

J'aurais pu m'arrêter là, m'esclaffer "c'est quoi ce truc" et reposer le livre d'un geste sec. Que nenni. J'ai tourné les pages, encore et encore, séduite par l'écriture franche et imagée d'Adeline Dieudonné, le suspens très bien mené,(la course poursuite dans la forêt est un sacré moment de lecture) l'empathie que suscite cette petite héroïne à qui il arrive des choses épouvantables (et longuement décrites, faut s'accrocher) et à laquelle je n'ai paradoxalement pas cru. Curieux. Cela dénote un vrai talent chez l'auteure de ce livre inclassable, entre conte cruel et roman noir, le glauque et la lumière, aux frontières du surnaturel... (y'a comme un air de Stephen King qui flotte entre les pages...) Voilà, je me suis laissé avoir (dans le bon sens du terme) par ce très bon premier roman tout plein de défauts et je recommande sa lecture !  

      "Il riait tout le temps, avec ses petites dents de lait. Et, chaque fois, son rire me réchauffait, comme une minicentrale électrique. Alors, je lui fabriquais des marionnettes avec de vieilles chaussettes, j’inventais des histoires drôles, je créais des spectacles juste pour lui. Je le chatouillais aussi. Pour l’entendre rire. Le rire de Gilles pouvait guérir toutes les blessures"