9791034900169FS

    "Adele avait appris que les soucis des hommes sont mille fois plus sérieux que ceux des femmes"

A Bologne, Dora, la trentaine, handicapée, est mariée à Fabio. Elle rêve d'un enfant et ce désir inassouvi la torture, menace son couple et sa santé mentale. Pendant ce temps, Adele, presque dix-huit ans, va mettre au monde une petite fille, qu'elle s'apprête à confier à l'adoption. Cette décision déchirante semble s'imposer d'elle-même, tant la vie d'Adele est difficile et son avenir bouché... Entre un père en prison et une mère larguée, aigrie, sans le sou, Adele galère et continue d'aimer Manuel, le père de sa petite fille. Manuel, un voyou malmené par la vie, qui rêve de grandeur et n'est pas franchement prêt à assumer sa paternité. Et puis, il y a Zeno, le voisin, le bon élève, l'écrivain secret, amoureux d'Adele, en charge de sa mère malade. A Bologne, au centre et dans les quartiers populaires, on peut toujours en rêver, de cette vie parfaite, à défaut de la vivre... 

 L'an dernier j'ai lu et apprécié D'acier de Silvia Avallone, avec quelques bémols néanmoins. Mon amie Pousse m'a gentiment offert "La vie parfaite" et je m'y suis plongée avec plaisir.

La lecture fut plaisante : Silvia Avallone a une écriture très vivante, elle sait raconter une histoire, faire rebondir les situations (celle-là nous promet un joli twist que je n'attendais pas) construire des personnages très contemporains, pleins de fougue et de passion (on est en Italie, normal). Adele, Zeno et les autres sont empêtrés dans les difficultés, le déterminisme social est souvent en leur défaveur, mais ils ont de l'énergie à revendre. Et  surtout, ils aiment, ils sont fous d'amour, et l'amour les tient debout. 

J'émets toutefois les mêmes critiques que pour "D'acier". Je n'ai pas toujours cru à ce que je lisais. Il faut dire que la mule est quand même bien chargée :  dans "La vie parfaite", on trouve à peu près tout les drames possibles et imaginables : des crimes (même un parricide) des parents toxiques, obèses ou alcooliques ou les trois à la fois, des accidents terribles, du handicap, de la stérilité, des violences conjugales... Je n'ai pas trouvé les personnages très crédibles (cette Dora, franchement, on n'a pas du tout envie de lui confier un enfant. Elle est complètement folle, on a juste envie de partir en courant en la voyant arriver, quant à Manuel, il a lu Dostoïevski et avec mes a priori bien pourris, je n'y crois pas une seconde) ils sont encore une fois trop beaux ou trop laids, trop amochés par la vie, ne me demandez pas pourquoi, mais ça me gêne. Si tout est permis dans la fiction, il faut quand même que le lecteur croit un minimum à ce qui lui est raconté... 

Dommage, car ce livre dit des choses très belles et très justes sur la maternité, le désir d'enfants, le parcours semé d'embûches de l'adoption, (Dora, qui n'est que souffrance pendant tout le roman m'aurait davantage touchée, si elle avait été plus nuancée, moins hystérique: l'arrachage de cheveux des femmes enceintes qu'elle croise, non vraiment...) il décrit de façon très précise et réaliste la vie des familles dans les cités, il se lit bien et facilement, du coup je suis frustrée, d'autant qu'il semble faire l'unanimité. Hélène par exemple l'a beaucoup aimé et elle n'est pas la seule.

Un grand merci à toi, Pousse, pour ce cadeau de fin d'année :)

"Diplômé avec les félicitations du jury [...] il s'était toujours vu comme un progressiste aux idées larges. Mais cette idée d'un enfant qui ne serait pas le sien le taraudait. LE SIEN. Sans oublier l'empreinte génétique. Cette chose primordiale, le sang. Sauvage, furieuse, tyrannique. Le sperme, la transmission héréditaire. Les bijoux de famille qui fonctionnent. Le pouvoir de procréer, marquer un corps, transmettre ton nom et te transmettre, engendrer quelqu'un qui te continuera.
C'était réactionnaire, stupide, primitif, mais c'était ce qu'il ressentait."