"On naît ( ) on meurt. Entre les deux une parenthèse à remplir".

9782226400376FS

La maternité est un sujet qui me passionne et que je redoute en même temps, sûrement parce que j'ai peur de trouver dans les bouquins traitant de cette question des choses qui parlent un peu -ou beaucoup- de moi. Tout de même, il arrive que je me laisse tenter, comme l'an dernier avec le terrible Il faut qu'on parle de Kevin ou "Un heureux événement" de Eliette Abecassis, une lecture qui date de quelques années. Je l'avais beaucoup aimé, tant il évoquait avec justesse et sans faux-semblants la difficuté, parfois, à être mère.

Le livre de Françoise Guérin, chaudemment recommandé par Cuné et Cathulu, parle de cela. De cette norme si exigeante qui impose aux femmes d'être maman, d'en avoir le désir, d'être en plus du reste, des super mamans bien dans leur peau, leur tête, d'être épanouies et séduisantes, d'être tout le temps, toujours des mamans aimantes, malgré les couches, les cacas, les nuits blanches, les hurlements. De bonheur il n'est pas question dans ce roman qui n'est que douleur, mal-être et solitude face à l'événement supposé être le plus heureux du monde... J'en ai été bouleversée.

Clara est une femme de chiffres, directrice financière viscéralement attachée à l'ordre, la logique, "la cohérence". Elle est mariée à Frédéric, un homme charmant, aimant, prof de français amoureux des mots, féru de poésie. Lui est sympathique et attachant, elle pas du tout, même si l'on devine, très vite que Clara, derrière sa froideur et ses calculs permanents, a un sérieux problème. La décision d'avoir un enfant (pas la bonne, pense-t-on dès les premières lignes, vraiment pas la bonne) puis la naissance d'une petite fille, vont précipiter Clara dans une abîme de souvenirs et de ressentis envahissants, tellement douloureux qu'ils la conduisent à la lisière de la rupture :  équilibre mental (déjà bien fragile) couple, enfant, tout est menacé de se casser la figure dans un grand fracas. 

Ce livre m'a totalement embarquée mais pour autant, je n'ai pas pu le lire d'une traite. Le sujet est trop fort, ce qui est décrit est trop douloureux, il regorge de passages qui vous retournent, qui vous font pleurer - j'y étais presque, moi qui ne pleure jamais en lisant- comme celui où cette toute petite fille dont on ne connaîtra le prénom que très tardivement hurle... de terreur dans les bras de sa mère, ou encore ce moment où Clara déclare froidement qu'elle est "primigeste" à son médecin médusé (on prend conscience de l'étendue du malaise à ce moment-là )

Je l'ai lu par petits bouts, ce livre, pour me protéger un peu, jusqu'à la fin tellement émouvante...

Je suis encore étonnée de l'empathie qu'a suscitée Clara chez moi, une empathie mêlée de chagrin, pour elle et pour son bébé. 

Un livre d'une force incroyable, que je n'oublierai pas de sitôt.

 "Et de te décliner le poids, la taille, le périmètre crânien et le taux de bilirubine contrôlé hier soir. Les chiffres sont en baisse, les chiffres sont stables. Formidable !

   Des chiffres, encore des chiffres.

  Tu contemples le petit étranger qu'elle vient de te fourrer dans les bras. Un bébé chiffré mais pas déchiffré."

 

Alex a été émue elle aussi, elle en parle  ici