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"On a fait un pacte, quand nous étions petites : la méchante, c'est moi."

Alors que tout le monde se précipite sur le dernier volet de la saga d'Elena Ferrante, je termine tout juste le tome 3. Je vous ai déjà expliqué ma méthode qui consiste à différer me faire souffrir la lecture des épisodes des séries que j'aime, histoire de pouvoir les découvrir et me remonter le moral en cas de coup de mou...

 Un gros coup de mou tout récent m'a donc fait plonger tête baissée dans "celle qui fuit et celle qui reste" et comme à chaque fois, Elena Ferrante est un remède miracle à elle toute seule. Il suffit que je retrouve Elena, Lina et tous les autres pour que le gris semble moins gris et le monde beaucoup moins moche. Quelle merveille, cette saga ! 

 Dans ce volume, les chemins de nos deux héroïnes continuent de diverger, les liens se distendent sans jamais se rompre, même si le seul fil du téléphone permet de les maintenir... Elena a écrit un livre qui a eu du succès, s'est installée à Florence avec son mari Pietro, professeur d'université, avec qui elle a deux enfants. Elle a quitté Naples, sa famille, la pauvreté... Une existence bourgeoise mais totalement asphyxiante, inhibitrice de tout processus de création. Lina, quant à elle, travaille à l'usine, elle a les mains abîmées, la rage au ventre. Séparée de Stefano, elle vit désormais avec Enzo, élève du mieux qu'elle peut son fils Gennaro. Dans le contexte social et politique agité des années soixante-dix, à l'heure où les mouvements féministes et syndicaux commencent à se faire entendre avec violence, les deux jeunes femmes ont une place à prendre et le chemin sera tumultueux...

J'ai beaucoup aimé ce troisième volet, naturellement, même si je l'ai trouvé un petit ton en dessous des deux premiers, tellement brillants que faire mieux relevait de l'exploit. Certaines lenteurs au début du récit m'ont faites tiquer mais ces longueurs ne sont là que pour mieux repartir... La deuxième partie du roman est trépidante, fracassante, la dimension politique qui m'avait un peu freinée au départ se mêle soudain formidablement  à l'intime, et celle qui a fuit (vous comprendrez très vite laquelle) va devoir ruer dans les brancards et prendre des décisions bouleversantes pas forcément au goût de celle qui reste. Le bonheur semble être à ce prix : démolir pour reconstruire. Le destin du pays et celui de la femme sont intrinsèquement liés: c'est la grande force de ce beau livre qui voit les bouleversements sociétaux frapper de plein fouet les humains et les pousser à tout envoyer valser...

Ecriture splendide, psychologie des personnages toujours aussi fouillée, rebondissements variés et passionnants, je m'avoue complètement addict à cette saga. Et puis la fin de ce troisième tome est tout simplement incroyable ! Je vais donc attendre pour le tome 4. Le prochain coup de mou...

"Lina a quelque chose de vivant dans la tête que nul autre ne possède. Quelque chose de puissant, qui bondit en tout sens et que rien ne peut arrêter. Un truc que les médecins ne savent pas voir non plus et dont elle-même, je crois n'a pas conscience, bien qu'elle l'ait de naissance- elle n'en sait rien, et elle ne veut même pas le savoir. Mais regardez un peu l'air méchant qu'elle prend maintenant ! Si vous ne lui revenez pas, cette chose peut vous causer beaucoup de problèmes; mais autrement, elle laisse tout le monde ébahi ! Eh bien moi, cette particularité, ça fait un bon bout de temps que je veux l'acheter. Oui l'acheter ! ! Il n'y a rien de mal à ça, c'est comme acheter des perles et des diamants."