"  Le silence n'est pas un espace neutre, c'est un écran sur lequel chacun est libre de projeter ses fantasmes."

 

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Le plus beau roman de la rentrée littéraire, certainement, lu en octobre et que je ne chronique que maintenant, faute à la flemme mais aussi à l'admiration qui laisse parfois sans voix et dans ce cas précis, sans plume...

C'est l'histoire de Naïma, jeune femme française, intégrée, moderne, sociale, pour laquelle l'Algérie, d'où est originaire sa famille, est très abstraite. Son père, arrivé en 1962, n'en parle jamais, de son Algérie natale. Son grand-père, un Harki, est décédé sans avoir levé le voile sur les interrogations possibles de Naïma et sa grand-mère ne parle pas du tout le français. Pourtant, elle est riche et foisonnante, cette histoire familiale, trop riche et foisonnante pour demeurer cachée, et par la magie d'une écriture et d'une maîtrise du récit époustouflantes, Alice Zeniter nous la fait revivre dans ce roman magnifique : depuis Ali, le prospère montagnard cultivateur d'olives, puis son départ-exil vers la France suite aux "événements", en passant par le camp de Rivesaltes, où le fils Hamid subira de plein fouet l'écartèlement entre l'Algérie des origines et le désir d'intégration à la France, jusqu'à Naïma, à la fois centrale et en retrait tout au long du roman, personnage ambivalent qui semble enfin se trouver et "se rassembler" à la fin du roman...

Tout est y est. Zeniter en état de grâce. Rien ne manque à ce livre majestueux, historique, familial, à la fois roman de l'épique et de l'intime. Des personnages qui se cherchent, se perdent, se trouvent, déroutants, attachants, avec mention spéciale pour Yema, la grand-mère, qui malgré l'exil, est restée coincée dans ses souvenirs d'une Algérie qu'elle n'a au fond jamais quittée. J'e l'ai adorée, cette Yema, si authentique et pleine de bon sens... 

De cette lecture me reste des souvenirs peut-être pas très précis sur le déroulement des événements mais une émotion réelle et encore assez vive, émotion qui ne m'a pas lâchée tout au long de ces longues et belles pages... et cette admiration, je le répète, pour une jeune auteure, à la maturité impressionnante, à l'écriture élégante et si vivante, dont la capacité à se renouveler de livre en livre est tout simplement épatante. Si, à seulement 30 ans, elle est capable d'écrire un tel roman, j'attends la suite avec fébrilité... :)

Mais pourquoi donc Alice Zeniter n'a-t-elle pas obtenu le prix Goncourt? C'est le grand mystère littéraire de l'année 2017 sur lequel je ne cesse de m'interroger...  

"Ils on tellement de papiers, tous ces français, commente Yema dans la cuisine en secouant la tête. on se demande bien ce qu'on peut faire ici sans les papiers. Mourir ? Moi je suis sûre que même pour ça , ils te demandent les documents et que si tu les as pas, ils te maintiennent vivant jusqu'à ce que tu les trouves..."

Lecture que je partage avec ma copine Laure, son billet est ici :)