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"Ça ne te suffit pas de ressentir les choses, gamin. Non, toi tu veux les ressentir, mais dix fois plus fort."

Ça se passe à Cork, en Irlande. Un homme vient de mourir, sous les coups de Maureen, une vieille dame au tempérament de feu. L'arme du crime? Une statuette religieuse avec laquelle elle lui a fracassé le crâne. L'homme est entré chez Maureen par effraction et à présent il faut se débarrasser du cadavre qui gît dans la cuisine. Jimmy, le fils de Maureen, gangster local dont la dangerosité n'est plus à prouver, est chargé de sortir sa mère du pétrin. C'est à Tony, un alcoolique veuf et déprimé, père de six enfants, qu'il confie la mission de faire disparaître le mort. Tony n'a pas d'autre choix que d'accepter. Parallèlement son fils Ryan, quinze ans, flirte avec la délinquance et vit une folle histoire d'amour avec Karine, une jolie jeune fille de bonne famille qui ne parvient pas, malgré leur passion réciproque, à le remettre dans le droit chemin... Et puis il y a Georgie, une prostituée, ancienne compagne du mort, qui le cherche partout et du coup, devient très gênante. Et aussi Tara Duane, la voisine de Tony, qui lui voue une haine farouche... Tout ce petit monde va se croiser, s'entrechoquer et forcément, ça va faire très mal.

Etonnant livre qui nous raconte l'Irlande des laissés-pour-compte, des chômeurs minés par la drogue, l'alcool, la prostitution. Les héros de ce roman, ou plutôt les anti-héros, ont tout perdu donc plus rien à perdre, ou s'attachent au contraire à démolir alors qu'ils pourraient construire... Ryan est jeune, beau, pas bête du tout, il aime une fille qui l'aime aussi, ce qui ne l'empêche pas de se détruire et de faire le mal autour de lui... Et Tony qui s'enfonce, et Georgie qui voudrait, oh oui, voudrait vraiment arrêter la prostitution et récupérer sa petite fille, confisquée par la famille du père. Pas si facile, quand on est sans ressources... le malheur semble coller à la peau des irlandais de Cork, qui ont pour uniques choix "l'aéroport et la file d'attente du chômage", dans un pays "niqué".

Ces "Hérésies glorieuses" pourraient être tout simplement tragiques, nous faire pleurer du début à la fin et nous faire dire que la vie est trop moche quoi, mais il y a dans le propos une crudité, une truculence, un côté "Tarentino" assez jouissif. On rit parfois de cette ambiance volontiers clownesque, estomaqués ça ou là par un passage, une phrase qui laissent coi... et une complexité des personnages assez inattendue. J'ai redouté une certaine complaisance dans la dinguerie, l'amoralité et m'en suis même agacée à certains moments de ma lecture. Je me suis dit " là c'est trop". Et puis finalement non. J'ai fini le livre hier et je continue à penser à Ryan. 

Un roman hautement recommandable, que je dois à... Cuné. ( Etonnant :)

"La ville fonctionne au niveau macro, mais qu'est-ce d'autre que les souffles, pulsations, déglutitions, sudations, souffrances et extases de cent mille petites vies?"