"Elle est vouée à tout ce qui s'écrit"

9782221202777

Irène Combier enseigne les lettres dans un lycée. Discrète, un peu terne, sans attraits particuliers, elle est sagement mariée depuis des années à un notaire, aimant mais très occupé. Tout oppose Irène à sa collègue, la belle Lisa Desbordes, professeur d'EPS, qui comme son nom l'indique, déborde de vie et de santé. La brève rencontre de cette dernière avec Philippe Mermoz, un séduisant écrivain, dans un salon où elle vient faire dédicacer un livre pour sa mère, va pourtant rapprocher les deux femmes en un pacte à la Cyrano. Irène écrira, Lisa récoltera le fruit d'un échange épistolaire de plus en plus passionné entre Irène et l'auteur...

Oh le gros cliché... N'est pas Edmond Rostand qui veut, n'est-ce-pas ? La belle sportive sans cervelle face à l'intello mal dans sa peau, on a déjà lu ça cent fois, c'est facile et pas cher. Rostand a tout dit sur le sujet et de façon sublime, alors pourquoi en remettre une couche? Et pourtant ce livre dont personne ne parle en cette rentrée littéraire est une incroyable surprise, un bijou de roman qui m'a charmée, émue et que je n'ai pas réussi à lâcher une fois embarquée.

Il est bien sûr question dans ces belles pages de l'amour entre les êtres: le vrai et celui qu'on rêve, celui qui s'éteint et celui qui naît, croit-on, à la faveur de quelques lettres... on y parle aussi, avec tendresse, de l'amour des mots, ceux qui consolent et aident à vivre et ceux qui pourraient bien nous faire mourir... On y croise Cyrano de Bergerac, forcément, mais aussi Balzac et ses femmes de province aux vies grisâtres et trop rangées, ces Eugénie Grandet, Henriette de Mortsauf ou Julie d'Aiglemont condamnées à l'ennui et au désespoir, en lesquelles Irène trouve un étrange écho à sa propre existence... que les lettres d'un inconnu viennent sortir d'une léthargie mortifère.

"Tu seras ma beauté" est un roman mélancolique et doux, profond et intime, écrit d'une plume délicieuse, toute de délicatesse. Et cette fin... qui m'a fait sauter le coeur et émue aux larmes, moi qui ne pleure jamais lorsque je lis.

Je remercie mon amie Pousse, dénicheuse de pépites, pour cette belle lecture commune.

"Cette union épistolaire, c'est sa revanche sur la vie, sur la mauvaise fortune qui l'a jetée dans cette époque pour laquelle elle n'a pas d'aptitude, ni de goût; et sans armure encore, sans guide (...) Il y a ce rêve qu'elle porte en elle maintenant, tous les jours, à chaque instant, ce rêve qui a le visage de Mermoz, les pleins et les déliés de son écriture. Il occupe tout l'espace de sa vie intérieure. Il l'habite."

                           

mailbox-1819966_960_720