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"J'aurais fait n'importe quoi pour elle (...) : fuir de chez moi, quitter le quartier, dormir dans des granges, me nourrir de racines, soulever la grille d'un égout et descendre à l'intérieur, ne jamais revenir"

J'ai longtemps tourné autour de "l'amie prodigieuse" dont on dit tant de choses. J'avais peur d'être déçue. Alors je repoussais ma lecture, jusqu'au soir où ça m'a pris. Le livre était dans ma liseuse depuis pas mal de temps. Et quand j'ai commencé, je n'ai plus pensé qu'à Lila et Elena...

"L'amie prodigieuse" c'est l'histoire d'une amitié, racontée par l'une d'entre elles, une amitié compliquée, car vorace, entre deux gamines, puis deux adolescentes, que tout oppose, sauf l'intelligence et la réussite scolaire. Elles sont toutes les deux brillantes, en particulier Lila, maigre, sombre, audacieuse, vindicative. Elena, au contraire, est effacée, sous le joug de Lila qui la fascine. Alors que Lila est contrainte d'abandonner ses études et de travailler dans la cordonnerie de son père aux côtés de son frère, Elena poursuit vaillamment sa scolarité au lycée. Son amie n'a pourtant pas totalement renoncé au savoir et à la culture : elle apprend toute seule le latin et le grec, méritant plus que jamais le qualificatif de "prodigieuse"...

Il ne s'agit pas de tout raconter, ce serait trop dommage et je n'ai pas le goût de gâcher. Sachez juste que "L'amie prodigieuse" est un roman, qui, dans une langue pure et superbement traduite (quel régal d'élégance et de fluidité, vraiment !) n'est pas le simple récit de deux parcours féminins qui divergent. Il restitue, comme dans un film, le Naples des années 50, ses îles, son volcan, ses habitants hauts en couleur, du terrible Don Achille (voleur de poupées?!) à l'amoureux maffieux Solara, en passant par l'intellectuel et froid Nino dont Elena est éprise ou encore le mécanicien communiste au grand coeur. Tous ces personnages ne sont pas d'un bloc, ils sont dépeints avec une finesse remarquable, sans facilité, avec juste ce qu'il faut de rudesse et de tendresse aussi. Et puis, Il y a les lieux, il y a Naples, la cordonnerie, la boulangerie, tout un univers odorant et chatoyant qu'il m'a été douloureux de quitter. Oh non, c'est déjà fini ... Il y a heureusement une suite, mais comme je suis maso, je me dis pas tout de suite, c'est trop bon, gardons-la pour cet été, dans la voiture qui me mènera vers les vacances...

Une lecture délicieuse, divertissante, passionnante, qui me rappelle pourquoi j'aime tant lire. (comme si j'avais besoin de piqûres de rappel !) Je lis pour les histoires, ces histoires-là, celles écrites avec le coeur et qui nous aident à vivre.

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"Elle rompait les équilibres seulement pour voir de quelle autre manière elle pouvait les recomposer."

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"Je pensais à Lila et moi, cette capacité que nous avions toutes deux quand nous étions ensemble- seulement ensemble- de nous approprier la totalité des couleurs, des bruits, des choses et des personnes, de nous les raconter et de leur donner de la force."

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"Elle  savait s'emparer des faits, les restituer chargés de tension; quand elle réduisait la réalité à des mots, elle lui donnait de la force et lui injectait de l'énergie".