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"Je me sens comme une usine d'acier, et mon estomac, c'est mon haut fourneau"

C'est l'histoire d'un représentant de commerce indépendant. Célibataire, âme solitaire, il se déplace beaucoup pour son travail, en particulier dans les différents quartiers de Tokyo, où pullulent sushi-bars, gargottes et autres supérettes bien achalandées. Notre homme a un solide appétit, il est gourmand et gourmet et nous le suivons pendant dix-huit chapitres dans ses pérégrinations culinaires. Pas vraiment de scénario, pas d'intrigue dans cet album, si ce n'est la grande question qui revient à chaque épisode : où va manger le représentant et surtout que va-t-il manger? C'est certes un peu mince, dit comme ça, pourtant "Le gourmet solitaire" est une B.D incontournable pour qui est curieux de cuisine exotique, amateur de saveurs japonaises ( c'est mon cas...) et pour qui souhaite le dépaysement littéraire absolu. Ici, il est question de riz sauce Hayashi, de beignets de poulpe, de haricots sucrés "mamekan", de peau de tofu crue (!) ou encore de viande Shumai, que le personnage est amené à  déguster dans un train...

Je ne vous cache ma délectation à cette lecture, qui a fait voyager mon esprit et mes papilles. J'ai adoré les notes explicatives sur les plats en bas de page, les détails fournis à la fin des chapitres sur la composition des assiettes et leur coût. C'est instructif, insolite et comme toujours, le dessin en noir et blanc est une merveille. Cet homme qui ne pense qu'à se remplir la panse, dont on sait peu de choses au final, si ce n'est que son amie actrice l'a quitté quatre ans plus tôt, est aussi un fin observateur de ses semblables, comme l'était sans aucun doute le très regretté Taniguchi. Dans un restaurant, il fait même le coup de poing avec un patron grossier et agressif, ou s'étonne d'un sushi-bar où la clientèle est exclusivement féminine. Il fait des rencontres, culinaires et autres, commente ce qu'il voit et entraîne dans son sillage le lecteur occidental avide de découvertes.

Notre représentant aime à faire ressurgir les souvenirs lorsqu'il mange, tel Proust et sa madeleine. A Enoshima, où il s'était rendu avec sa copine de l'époque, il déjeune dans un restaurant d"un bol de riz garni" et près de la fenêtre, en bord de mer, un vol de milans lui rappelle "un amour qui n'a pas fleuri". Au fond, est-il heureux, le gourmet solitaire? Ne trompe-t-il pas sa tristesse en en arpentant la ville à la recherche du plat qui le temps d'un repas, lui fera oublier la monotonie de son existence ? 

Un magnifique album, gourmand et nostalgique. Du grand Taniguchi.

                 

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Une gourmandise littéraire et nippone pour ce mois d'avril chez Syl

           

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