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"J'ai toujours voulu être quelqu'un d'autre en plus de moi-même. Vivre une seule vie ne me suffisait pas."

Cinquième édition de notre challenge consacré à Almodovar : je rappelle à cette occasion que nous visionnons un film du maître espagnol par mois, selon un programme bien défini par Pousse et moi-même, mais open à tous les amateurs, dans l'ordre ou le désordre, plus on est de fous plus on rit  :) Pour le moment, on est deux et on rit déjà pas mal, imaginez si nous étions trois ou même quatre (soyons fous!), qu'est-ce-qu'on rigolerait !

Plus sérieusement, "Etreintes brisées" (2009) fait partie des grands films d'Almodovar, un de ces films où la passion crève l'écran, où la passion amoureuse et la passion du cinéma éclatent à chaque image.

Un écrivain-réalisateur à la double identité, Mateo Blanco/Harry Caine a perdu la vue et Léna, la femme de sa vie, (sublime Penelope Cruz) dans un terrible accident de voiture. Des années après le drame, Harry/ Mateo continue à vivre et à écrire. Il tente d'oublier le passé et semble y parvenir grâce au soutien sans faille de Judit, son amie productrice et du fils de celle-ci, Diego, qui écrit lui aussi des scenarii. Un jour, Harry apprend la mort d'un certain Ernesto Martel et cette nouvelle ne semble pas le laisser indifférent. Dans le même temps, un jeune homme au curieux pseudonyme ,"Ray X", vient lui proposer un scénario que Harry refuse catégoriquement. Le passé refait ainsi surface...

Dans"Etreintes brisées", Almodovar joue la carte de la sobriété. Point de travestis, de pédophiles dépravés, de religieuses en goguette, mais des amours brisées, des liens rompus pour toujours, et à nouveau cette ambivalence des personnages : l'écrivain est double, Léna quant à elle, apparaît tantôt comme une jolie secrétaire discrète, une prostituée occasionnelle, une maîtresse vénale, une amoureuse passionnée et fragile que Matéo tente de protéger de son vieil amant possessif et violent, une actrice aux multiples facettes (saisissante scène ou Léna devient Audrey Hepburn ou Marylin Monroe, par la magie du cinéma, art ambivalent et protéiforme par excellence). Leurs étreintes seront brisées de manière brutale, mais le titre du film fait aussi allusion aux liens rompus, involontairement et volontairement, entre pères et fils. Le septième art permet de recréer l'étreinte, de faire revivre les disparus qu'on a aimés, de rapprocher les êtres : Diego propose un scénario rocambolesque à Mateo, qui l'écoute, amusé et intéressé... une affectueuse complicité unit les deux hommes autour de la table. Le cinéma, l'écriture, sont le ciment de leur entente. C'est parce qu'elle rêve de devenir actrice que Léna fait la connaissance de Mateo, l'amour de sa vie, c'est par le cinéma qu'elle est ressuscitée, le temps d'un film qu'on croyait définitivement loupé. 

Les références cinématographiques sont nombreuses dans "Etreintes brisées" et n'étant pas spécialement cinéphile, je pense avoir manqué pas mal de choses: les liens vers les propres films d'Almodovar (je ne les aies pas tous vus, je suis en pleine découverte !) mais aussi vers d'autres oeuvres telles "Ascenseur pour l'échafaud" de Louis Malle (pas vu...) Malgré la beauté formelle du film (couleurs outrées avec dominante de rouge, c'est visuellement somptueux), un scénario solide avec utilisation intelligente de flashes-back qui perd le spectateur mais pas longtemps- Almodovar fait bien les choses- je n'ai pas adhéré totalement à ce que je regardais. Je suis restée un peu à l'extérieur tout au long du film, et j'ai eu du mal à éprouver de l'empathie pour les deux amants que sont Léna et Mateo... 

"Etreintes brisées" est un film passionnant sur le plan esthétique, mais l'esthétique a pris le pas, en ce qui me concerne, sur l'émotion. Regarder un film dans le cadre d'un challenge oblige naturellement à l'analyse et au décorticage et il y aurait encore beaucoup à dire, notamment sur le procédé, récurrent chez Almodovar, du film dans le film : Léna filmée par Ernesto junior, caméra au poing, Léna et Mateo regardant  " Voyage en Italie", serrés l'un contre l'autre, Léna rêvant à voix haute de mourir dans les bras de son amant, Ernesto père regardant un film où sa bien-aimée lui annonce crûment qu'elle le quitte, Mateo visionnant son propre film "Filles et valises" des années après la mort de Léna, et cet étrange Ray X au pseudonyme imagé si évocateur...

Un film très riche et très intense. Pas suffisant cependant pour me faire vibrer...  

Pousse en parle ici.

Le mois prochain (rejoignez-nous, ne soyez pas timides) on regarde "Parle avec elle".

Le programme complet de notre challenge est 

Nb : Almodovar sera président du Festival de Cannes cette année :)) Chouette !

                  

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