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"Ne pas perdre le décompte des jours. Le temps, c’est la seule chose dont je sois certain. Je ne sais pas où je suis… Je ne sais pas pourquoi je suis ici… Je n’ai aucune idée de ce qui se passe à l’extérieur… Ça ne m’avance à rien d’y penser. 10 juillet, jeudi, le 10 juillet. Tout ce que j’ai comme repères, c’est le jour et la date. 10 juillet." 

 

En 1997, Christophe André, responsable d'une ONG dans le Caucase, est kidnappé au milieu de la nuit. Il ne sait pas pourquoi, ni qui sont les responsables de son rapt. Enfermé dans une pièce vide, menotté à un radiateur, il aura tout le loisir de s'interroger sur les obscures motivations des ravisseurs. Sont-elles financières? Politiques? Sa captivité durera 111 jours, au terme desquels il aura l'opportunité de s'enfuir, ses geôliers ayant pour une fois relâché leur surveillance...

Guy Delisle a rencontré Christophe André, ils ont sympathisé et ce dernier s'est confié à l'artiste, qui a mis en image le récit de ces 111 jours d'enfermement. Nourri de bouillon de légumes et de thé, attaché toute la journée, sans nouvelles de ses camarades, de sa famille, Christophe aurait pu sombrer dans le désespoir ou la folie. Il refuse pourtant de céder et s'accroche à l'idée qu'il va forcément se passer quelque chose. Ses pensées sont  constamment tournées vers les siens, vers sa soeur qui se marie bientôt, vers sa vie d'avant qu'il se repasse avec nostalgie. Passionné d'histoire militaire, Christophe André se remémore les batailles, les noms des généraux avec une précision incroyable, fait travailler sa tête pour garder toute sa lucidité (ne pas se tromper dans le décompte des jours s'avère essentiel) alors que son corps s'affaiblit...

Malgré la répétition des jours et des événements (ou non-événements car il ne se passe rien ou pas grand chose), une situation d'une monotonie absolue au combien déprimante, Guy Delisle fait du drame de Christophe André un document passionnant. Les sentiments éprouvés par l'otage, colère, angoisse, frustration, bonheur même (lorsque l'ordinaire est un peu amélioré par une gousse d'ail, un bout d'omelette ou une petite douche) sont passés au crible. Le travail sur la couleur est tout en finesse, avec ces différentes nuances de gris foncé, clair, bleuté, tirant parfois sur le vert qui permettent de distinguer le jour et la nuit, précieux repères temporels pour celui qui est enfermé. A aucun moment je ne me suis ennuyée, car comme Christophe André, j'attendais qu'il se passe quelque chose et j'étais déçue et frustrée quand il était déçu et frustré. Le récit de sa fuite est un moment d'anthologie, de grande angoisse et de suspense absolu, même si l'heureux dénouement est sans surprise. Magnifique !

Un superbe travail documentaire, littéraire et artistique que ce récit d'un otage. 

 Un grand merci à Marion et Mickael pour ce très beau cadeau :)

         

                 

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