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"ll fallut qu'elle fut retrouvée pour qu'on se rende compte qu'elle avait disparu".

En 1965, une petite fille de cinq ans est plongée dans la boue d'un marécage par une mère détraquée. Elle est sauvée in extremis d'une mort atroce par un brave garçon, une sorte d'idiot du village au coeur pur. Adoptée par un couple de quakers aimant et bienveillant, Meredith (c'est ainsi qu'il la nomme) deviendra un brillant professeur et une présidente d'université dévouée et compétente. Le lourd passé que ses nouveaux parents tentent d'effacer ne demande pourtant qu'à ressurgir et guette dangereusement Meredith, au point de la faire basculer...

"Mudwoman" est certainement un grand roman, de par ses thèmes nombreux et intelligemment traités: la position fragile des femmes dans un système universitaire mysogine, la guerre en Irak, la maternité, la folie des hommes et le mal qui les possède, sa construction qui alterne brillamment présent et passé (mudgirl succède à mudwoman selon les chapitres), son écriture toujours hallucinante, au couteau, à la fois poétique et crue ( pas toujours facile à lire, la Joyce, mais je l'aime aussi pour ça).

Malgré toutes ces qualités, mon sentiment après lecture (longue, c'est un pavé) reste mitigé. Trop de thèmes, justement, qui menacent de noyer le propos et nous éloignent du portait complexe et fascinant de Mérédith, femme aux identités multiples, qui traîne derrière elle une batterie de casseroles en fonte, comme dirait mon cher Jaenada (fallait bien que je le place)

On aimerait rester concentré sur le destin de cet étrange personnage, que le malheur habite malgré une ressurection apparente et une formidable réussite professionnelle, le privé étant nettement plus compliqué. (l'amant de Mérédith est marié et fuyant comme une anguille) Au lieu de cela Joyce Carol Oates entend faire de "Mudwoman" un roman politique, aux prises de position bien tranchées et même si cela demeure intéressant, (c'est Joyce tout de même) cela ne me passionne pas outre mesure. Les développements, habiles et bien intégrés dans le roman (tu peux compter sur Joyce, elle sait faire) sont malgré tout un peu trop longs et redondants. J'ai en revanche beaucoup aimé les scènes gore (il y en a notamment une, assez fameuse, qui m'a clouée sur place) terrifiantes dont on ne sait si elles appartiennent à la réalité ou aux fantasmes de l'héroïne. Le problème étant que ce jeu entre le rêve et le réel qui plonge le lecteur dans la confusion est formidable un moment... mais pour ma part, le brouillard ne s'est pas vraiment dissipé au fil des pages et  la masse de questions que je me suis posée est restée sans réponse (ou alors je n'ai rien compris, c'est possible aussi). La fin également, très floue, brutale, m'a énervée. Peut-être qu'en effet, je suis passée à côté de ce livre et de son sens profond... ça doit être ça. Ce n'est pas grave, c'est juste frustrant. Je vénère et continuerai à vénérer Joyce Carol Oates, ce génie, cette auteure merveilleuse, malgré cette lecture un peu en dessous...

A quand le prix Nobel pour cette écrivain(e) gigantesque?

L'important était le savoir séculaire, croyaient les Neukirchen, et ce savoir était conservé dans les livres. Lorsque vous lisez, le livre pénètre votre âme, et vous êtes à l'intérieur du livre ; le livre à l'intérieur de l'âme est un aspect de la lumière intérieure, qui est Dieu.
Le reste, le vaste monde chaotique et cacophonique, se déroberait à leur fille, pensaient-ils. Meredith deviendrait probablement professeur - et si elle enseignait au lycée, il serait merveilleux qu'elle vienne enseigner à Carthage !
"Elle pourrait aussi devenir bibliothécaire, tu sais. Elle adore les livres.
- Oui. Mais non. Notre Meredith adore les livres, mais elle aime encore plus réfléchir sur eux. Les bibliothécaires, bénis soient-ils, sont le sel de la terre, mais ils ne rélféchissent pas - pas dans le sens où je l'entends."