416ESDdD9xL    " Sur les rayons des bibliothèques je vis un monde surgir de l'horizon"

J'aime mieux prévenir. Ce billet ne sera sans doute pas à la hauteur de ma passion pour Martin Eden, rencontré il y a quelques mois. Oui, il s'agit bien d'une rencontre, un sublime coup de foudre entre une lectrice et un homme... je veux dire un personnage de roman... non je n'ai pas perdu la boule, elle est toujours là, bien posée sur mes épaules. Ceux qui ont lu et rencontré Martin comprendront. Ce personnage, quand il est entré dans votre vie, n'en sort jamais tout à fait. Je suis sûre que dans trente ans, je n'aurai pas oublié Monsieur Martin Eden.

 Nous sommes en Amérique, au début du XXe siècle. Martin Eden (qui serait l'alter ego de Jack London) est un jeune et beau marin, un peu beaucoup bagarreur, sans aucune culture car issu d'un milieu plus que modeste, mais doté d'un formidable enthousiasme, d'une intelligence et d'une énergie peu communes. Il aime passionnément la jolie et très bourgeoise Ruth Morse et ne rêve que de littérature et d'écriture. Alors  il écrit, il écrit, Martin, des nouvelles, de la poésie, fiévreusement, il dévore les livres dans tous les domaines avec un appétit d'ogre.

(...)"Le poids, l'étreinte de la vie, ses fièvres et ses angoisses et ses révoltes sauvages, voilà ce qu'il fallait écrire ! Il voulait chanter les chasseurs de chimères, les éternels amants, les géants combattant parmi la douleur et l'horreur, parmi la terreur et le drame, qui faisaient craquer la vie sous leur effort désespéré"

Martin ne croit pas au déterminisme social, persuadé, l'entêté, qu'il va sortir de sa condition misérable à force de travail et que la réussite est au bout d'un chemin semé d'embûches, d'espoirs fous, de déceptions cuisantes. Sa bien-aimée n'y croit guère. Un travail de bureau pour Martin et un gentil mariage, bien dans les clous, c'est ce à quoi elle aspire.

"Ce qui était grand, puissant, original en lui, elle ne le voyait pas ou - pire - elle ne le comprenait pas. Cet homme d'une matière intellectuelle si souple, qu'il était capable, lui si grand, de vivre dans n'importe quel trou de souris, elle le jugeait borné, parce qu'elle ne pouvait le forcer à vivre dans son trou de souris à elle, le seul qu'elle connût."

Tout porte cependant à croire que Martin a raison. Son obstination portera ses fruits et le but de sa vie sera finalement atteint. Mais à quel prix... le plus amer qui soit, celui de la désillusion:

"Je vous dirais que la lune est un fromage vert, que vous applaudiriez, ou du moins que vous n’oseriez pas me contredire, parce que je suis riche. Et je suis le même qu’alors, quand vous me rouliez dans la boue, sous vos pieds".

 Magnifique, tragique, passionnant, bouleversant... Je me suis dis mais quelle idiote d'avoir attendu tant de temps pour lire ce bouquin incroyable, tellement beau, tellement riche... Quelle leçon nous donne Jack London sur l'ambition, sur le prix à payer pour réaliser ses rêves ! Chaque phrase de ce roman est un bijou qui fait sens. On voudrait souligner chaque mot, apprendre le livre par cœur, le faire découvrir aux gens qu'on aime et même à ceux qu'on aime moins... C'est THE roman, le roman total, celui qui vous éclaire, vous émeut, vous fait réfléchir à l'humaine condition, vous fait aimer l'amour et aimer d'amour (oui je t'aime Martin), vous fait adorer encore davantage la littérature, vous fait espérer et pleurer, vous fait vibrer et hérisser le poil...  Et quel final... Les dernières pages de Martin Eden sont parmi les plus belles et les plus douloureuses jamais écrites. Je pèse mes mots. Je les ai relues à l'occasion de ce billet et j'en ai encore les yeux qui piquent...

"La vie volait haut. Sa fièvre ne retombait jamais. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. Et en lui était la vraie vie"

Une tendre pensée pour l'auteur de cette merveille, disparu il y a cent ans cette année.

 Lecture commune avec ma chère copine Laure ! Merci merci:))